Nous devons refuser les 30 deniers
S’intéresser au récit de Pâques, c’est aussi se replonger dans le récit d’une trahison multiple. Chronologiquement, avant la Croix et la victoire de la Résurrection, la fête la plus importante du christianisme met en lumière une corruption profonde: celle de Judas, certes, mais surtout celle d’une élite religieuse qui, par fanatisme et soif de pouvoir, sombre dans une dérive littéralement «antichristique». Pour éliminer celui qui les dérange, ces chefs religieux n’hésitent pas à s’acoquiner avec l’occupant romain et fomenter un complot. La fin justifie les moyens. Et la corruption du cœur s’accompagne, comme toujours, d’une corruption financière – les trente deniers de Judas restant à jamais le symbole de ce troc de l’âme.
Quand la religion sert des intérêts politiques
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Cette tentation de récupérer la parole de Dieu pour servir des intérêts terrestres n’est pas l’apanage des pharisiens d’autrefois. Elle traverse les âges et notre époque n’est pas épargnée. Alors que les tensions mondiales s’exacerbent, nous assistons près de chez nous à une polarisation où les extrémismes simplistes et radicaux gagnent du terrain.
En France, le climat s’alourdit. Le lynchage de Quentin, militant d’extrême-droite à Lyon, par des individus proches de l’ultra-gauche mi-février – dont l’assistant parlementaire d’un député du parti La France Insoumise – n’augure rien de bon. La haine engendre la haine. Des deux côtés, ces mouvements aux extrêmes des extrêmes – sans vouloir systématiquement les mettre dos à dos – font l’apologie de la violence et cultivent un antisémitisme de plus en plus décomplexé.
Radicalisation et confusion idéologique aujourd’hui
Mais ce qui inquiète tout particulièrement, c’est la porosité croissante entre certains milieux chrétiens et ces mouvements radicaux. Jadis, un «barrage républicain» (certes parfois arbitraire et détourné comme un instrument de censure) permettait de distinguer clairement la droite conservatrice de l’extrême-droite. On peut déplorer qu’à l’autre bout du spectre politique, une telle exigence n’ait pas toujours été de mise, même si cela s’explique autant par l’histoire que par les dynamiques politiques. Toujours est-il qu’aujourd’hui, cette digue semble avoir sauté et son absence totale crée désormais une confusion dangereuse.
On voit aujourd’hui d’authentiques néonazis (littéralement) fréquenter des chrétiens conservateurs (ou se revendiquer comme tels), formant une alliance contre-nature, encouragée par une certaine presse d’opinion financée par des milliardaires. Propres sur eux, ils prétendent agir pour le «bien commun» et tentent de se racheter une piété en soutenant des agents du chaos dont le but est de diviser davantage une société déjà fragilisée.
Une foi sans compromis: le modèle du Christ
La religion pour le pouvoir ou la religion au service du pouvoir, voilà ce qui est réellement «antichristique». Fermer les yeux sur des proximités idéologiques mortifères (de tous bords) l’est tout autant, par lâcheté, par confort ou pour trente deniers. A Pâques, Jésus incarne l’ultime vie sans compromis. Pour lui, l’argent n’est jamais une fin, et son pouvoir ne sert qu’à relever le faible, à soigner le malade et à sauver le pécheur. Pâques encourage à retrouver cette pure fidélité en dépit des conséquences sociales ou financières: ne pas avoir peur de perdre le peu que l’on possède ici-bas pour vivre la vie éternelle dans la joie du Ressuscité.
Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Avril 2026
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