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Taïwan: vers la liberté religieuse malgré une Chine menaçante

© Istockphoto - La chapelle protestante commémorative Luce, située au cœur du campus de l’Université de Tungha à Taichung, Taïwan. En 1949, Henry R. Luce, fondateur des célèbres magazines américains Time et Life, a financé la création de cette chapelle en l’honneur de son père missionnaire, Henry W. Luce.
Bien décidée à devenir un modèle de liberté, l’île de Taïwan évolue malgré les tensions de plus en plus fortes en mer de Chine concernant son appartenance. Analyse.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, deux gouvernements revendiquent une autorité sur la Chine continentale et divers territoires: la République de Chine situé à Taïwan et la République populaire de Chine, communiste. Taïwan, où s’était réfugié le gouvernement du général Tchang Kaï-chek, n’est reconnu que par quinze Etats, tandis que son puissant voisin est membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Les tensions en mer de Chine méridionale concernant Taïwan sont de plus en plus fortes. Les démonstrations de force de Pékin cachent de moins en moins son souhait d’envahir l’île pour réunifier la Chine, même si le Président Xi Jinping a déclaré en octobre 2021 souhaiter une réunification pacifique. Au-delà des questions géopolitiques, il existe une inquiétude concernant la liberté religieuse.
Tandis que la Chine communiste, l’un des pays les plus répressifs en matière de cultes, est classée à la 17e place sur l’Index Mondial de Persécution des chrétiens 2022 par l’ONG Portes Ouvertes, Taïwan est l’un des champions de la liberté religieuse. En 2019, l’ex-Formose a accueilli deux sommets sur cette thématique en moins de trois mois. Le premier, le Forum régional sur la liberté religieuse, s’était tenu en mars et avait été organisé avec les Etats-Unis en faveur de la liberté de croyance dans la région indo-pacifique. En mai et juin, Taïwan avait hébergé le Forum international sur la liberté religieuse, organisé par l’Eglise presbytérienne locale, l’Association taïwanaise pour les Droits de l’homme en Chine, la conservatrice Heritage Foundation et l’ONG chrétienne China Aid qui informe sur la persécution religieuse. La présidente taïwanaise y était intervenue le 30 mai et avait souligné le rôle des groupes religieux, surtout des presbytériens, dans la sortie du pays de la dictature.

Modèle de liberté religieuse

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Dans son discours, Tsaï Ing-Wen rappelait le temps où le gouvernement taïwanais interdisait la prédication dans les langues autochtones autres que le mandarin et déportait des croyants. La présidente a également dénoncé le sort des Eglises chrétiennes, des bouddhistes tibétains et des musulmans ouïghours en Chine continentale. Avant d’ajouter que «la communauté internationale doit montrer son inquiétude et s’exprimer sur ces évolutions».
Selon elle, «Taïwan est prêt à partager ses expériences sur la voie de la liberté religieuse avec le reste du monde. Nous devons utiliser notre moralité et notre courage pour nous tenir aux côtés de ceux qui souffrent d’oppression religieuse.» Dans cette veine, Radio Taiwan International a lancé Voice of International Religious Freedom, une chaîne dédiée à la persécution religieuse, et un groupe a été créé pour soigner les victimes de ces oppressions.
Si l’île de Taïwan veut être un modèle de liberté religieuse dans la région, ce n’est pas seulement parce qu’elle a su développer un modèle qui lui est cher, mais également pour afficher sa différence par rapport à la République populaire de Chine. Ainsi, la présidente avait rencontré le 23 mai 2019 des militants chinois qui avaient manifesté sur la place Tiananmen trente ans auparavant.

Hong Kong de plus en plus privée de ses libertés

Le sort de Hong Kong donne une parfaite idée de celui qui attendrait l’île si la Chine communiste venait à l’annexer.Depuis fin juin 2020, les Hongkongais vivent sous une nouvelle loi de sécurité nationale, adoptée par le Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, le plus haut corps législatif chinois. Cette loi interdit les tentatives de sécession, de subversion, de terrorisme et d’intelligence avec l’étranger.
Ces crimes sont à comprendre au sens large et peuvent concerner la pratique religieuse. Le texte va à l’encontre de l’accord sino-britannique de 1984 selon lequel Pékin s’engageait à respecter l’autonomie et le mode de vie de l’ancienne colonie britannique durant cinquante ans après sa rétrocession en 1997. Un mois avant l’entrée en vigueur de la loi, un groupe de pasteurs chrétiens et de fidèles de Hong Kong a publié une déclaration exprimant leur opposition: «Au moment où “les ténèbres recouvrent la terre et où une obscurité épaisse recouvre les peuples”, nous déclarons sans crainte et solennellement la confession et la promesse suivantes à notre société, y compris notre adhésion totale à l’Evangile du Royaume, notre repentir sincère envers les manquements de l’Eglise, notre refus absolu d’un gouvernement autoritaire et notre détermination à marcher ensemble avec la société de Hong Kong.» Le pasteur Wang Fengfu avait expliqué que vivre sa foi devait conduire à un engagement politique contre les injustices: «Quand un voisin est opprimé, vous dites que vous aimez votre prochain alors que vous vous taisez, ce qui est insensé!»

Dans les jours précédant l’adoption de cette loi, diverses chancelleries occidentales, Londres et Washington en tête, avaient dénoncé un texte contraire aux libertés fondamentales et aux Droits de l’homme. Cinquante experts auprès des Nations unies ont publié une déclaration selon laquelle ce texte «imposerait de sévères restrictions aux droits civils et politiques dans le territoire autonome». Pékin entend imposer à Hong Kong le même contrôle des cultes que dans le reste de la Chine où a lieu «l’horrible oppression religieuse la plus tyrannique depuis quarante ans», selon un rapport de l’organisation China Aid.

Bien que la Constitution chinoise garantisse la liberté religieuse, l’Etat méconnaît son propre droit fondamental. Ainsi, tout en prétendant s’attaquer aux structures illégales, le gouvernement communiste discrimine les Eglises chrétiennes, démolit leurs bâtiments ou les croix qui les ornent. Des chrétiens sont arbitrairement arrêtés et torturés en prison. La Chine est, par ailleurs, signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et aux Nations Unies qu’elle méconnaît allègrement. En 2019 et 2020, les Eglises avaient milité, parallèlement aux manifestations massives, contre l’amendement de la loi d’extradition qui devait permettre au régime communiste d’interférer avec le droit hongkongais. Un combat qui n’est pas sans rappeler celui des presbytériens à Taïwan en faveur de la démocratie. A Hong Kong, le gain de cause n’a été que temporaire. Quid de Taïwan en cas de réunification par la force? 

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Février 2022

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