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Quel regard porter sur la transidentité?

© Istockphoto
Luc Olekhnovitch est pasteur et président de la Commission d’éthique protestante évangélique. Il livre ici quelques pistes de réflexion à propos du débat transgenre. Entretien.
Nicolas Fouquet

L’usage du terme «genre» est-il approprié?

La notion de «genre» établit une distinction entre la construction sociale d’une identité, masculine ou féminine, et la réalité du sexe biologique. D’une part il faut résister au remplacement systématique du mot sexe par la notion de genre, comme si le sexe biologique était un mythe; d’autre part il y a des contextes dans lesquels ce concept est tout à fait pertinent. L’appellation transgenre me semble ainsi plus juste que celle de transsexuel. La personne transgenre qui se fait opérer va bien changer son genre social et le mettre en adéquation avec sa perception psychologique, mais elle ne va pas changer son sexe biologique. Si vous êtes né XX ou XY, vous le resterez!

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Quelle est la perspective biblique sur la question transgenre?

Il ne faut pas aller chercher un texte par-ci par-là. Mais plutôt aborder le sujet au moyen des grands thèmes bibliques.
Premièrement, celui de la Création. Les personnes qui souffrent d’une dysphorie de genre ont une difficulté à recevoir psychologiquement ce corps donné par Dieu. Mais en passant du malaise au refus, elles nient la distinction des sexes créés par Dieu. Deuxièmement, le thème de la rédemption. Nos corps génèrent d’autres souffrances que la psychologie. Il y a la maladie, le vieillissement, etc. Où vais-je chercher la délivrance finale de mes souffrances? En Christ ou bien dans la technique? C’est l’attitude transhumaniste.
Troisièmement, le thème de la glorification. Le but de l’être humain, c’est de glorifier Dieu. Il y a quelque chose de très violent dans les traitements chirurgicaux et hormonaux pour modifier son apparence. Nous sommes des êtres de relations. Or cela blesse aussi nos relations.

Est-ce un phénomène qui est nouveau?

De tout temps, il y a eu des personnes avec des problèmes d’identité sexuelle. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est cette idéologie qui veut déconstruire le sexe biologique pour dire que chacun peut choisir son destin, être homme ou femme. Avec un côté nietzschéen. Une fois que l’Occidental se coupe de l’identité en Dieu, il va chercher à construire son identité lui-même. Cette exaltation de l’individu et de son choix, ça, c’est nouveau.

Est-ce que l’Eglise est prête à faire face à ce sujet?

Les chrétiens sont confrontés à de nombreux défis. Mais, comme pour l’environnement, souvent, ils ne se posent la question que quand ils sont touchés directement. Certes le Saint-Esprit équipe chaque croyant mais il nous aide surtout à trouver la parole juste par rapport à la personne qui se trouve face à nous. Mais nous avons aussi besoin d’étudier la Bible et les écrits de nos contemporains pour trouver des réponses adaptées. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur un travail théologique rigoureux.

Quel conseil donneriez-vous aux chrétiens?

En éthique, il faut distinguer les niveaux. Il y a le niveau des idées, le niveau de la loi et puis il y a les cas particuliers. En tant que chrétien, nous devons être attachés aux principes bibliques mais nous ne devons pas oublier que nous avons des personnes en face de nous, pas juste des concepts. L’éthique chrétienne n’est pas simplement une éthique de la loi, c’est une éthique de la relation. Certains chrétiens se placent très rapidement sur le plan des idées et assez vite sur le plan du jugement. A l’extrême inverse, d’autres ne se placent que sur le plan des personnes et du coup tirent des généralités des cas personnels. Aucune des deux approches n’est juste. Il nous faut cependant accepter que tous les chrétiens, même bibliquement fidèles, n’auront pas la même façon de répondre à ce défi.

La temporalité a-t-elle aussi son importance?

Oui, elle est essentielle. Il faut distinguer le temps du soin du temps de la morale. La guérison du paralytique en Jean 5 est très éclairante sur ce sujet. Jésus commence par prendre soin de l’infirme. Ce n’est que plus tard qu’il dit: «Va et ne pèche plus.» Quelqu’un qui arrive dans l’Eglise et qui est cassé a d’abord besoin de compassion avant d’entendre des leçons de morale. Si on le renvoie directement à la norme, on le renvoie à un mur. Quel chemin de guérison lui propose-t-on?

Concrètement, quel pronom utiliser pour désigner une personne transgenre?

Une communauté peut être mise au défi par des gens qui demandent à ce qu’on les appelle Madame alors qu’on les a toujours connus comme des hommes. Et inversement. Le défi est de tenir à la fois l’amour et la vérité. Si on dit tout de suite «non» à la demande de la personne, on peut couper la relation. Sur cette question, j’ai trouvé une remarque d’Andrew Walker assez pertinente dans son ouvrage intitulé Dieu et le débat transgenre (éd. BLF). Plutôt que d’utiliser un pronom, il encourage à utiliser le prénom que la personne se donne. Un prénom est plus personnel et ne correspond pas nécessairement à un sexe.

Comment aborder ce sujet avec les jeunes?

Il est essentiel d’avoir des lieux où les jeunes peuvent discuter librement, sur cette question et sur d’autres. Il y a un enjeu au niveau de la formation des responsables de jeunesse. Les jeunes vont plutôt écouter leurs pairs que leur père. Parfois aussi il est plus facile de se confier à des chrétiens que l’on ne connaît pas lors de rassemblements que dans le village qu’est l’Eglise. En tout cas, l’important c’est de partir des questions. Il ne faut pas imposer le débat sur le genre à des enfants. Si les enfants sont troublés par ce qu’ils entendent à l’école ou ailleurs, il faut réagir. Les parents, d’abord, mais aussi l’Eglise, ont un devoir de protection.

Quelle perspective pour une personne transgenre convertie?

L’Eglise accueille les personnes dans l’état dans lequel elles arrivent. Mais elle essaie aussi de les accompagner vers une guérison. C’est pour cette raison qu’il faut lutter contre un passage à l’acte prématuré par la chirurgie. Il y a un côté irréversible. Cependant, l’eunuque éthiopien du livre des Actes a bien été baptisé et a été le fondateur de l’Eglise dans son pays. Dieu peut se servir de nous malgré nos mutilations. Mais il ne peut pas se servir de nous si nous persistons dans le péché.

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Décembre 2021

Dossier: Transidentité

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