Être «le meilleur des voisins» face à la détresse humaine
«Il y a un monsieur sur le toit!» En bouclant ce numéro de Christianisme Aujourd’hui, j’ai vécu un moment aussi insolite que bouleversant. «Vite! Il y a un déséquilibré sur le toit, il dit que des gens veulent le tuer!» m’interpelle mon épouse alors que je faisais une courte pause à la maison.
Sur le toit en tôle du petit atelier attenant à notre maison, un homme d’origine africaine est prostré. En me voyant, il pose un doigt sur ses lèvres et me murmure: «Ils sont là, ils peuvent nous entendre. Des gens veulent me tuer.» Autour de nous, le calme est total. Pourtant, pour lui, le danger est partout.
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Je me suis rapproché pour tenter de le rassurer et j’ai cherché une échelle pour le faire descendre afin qu’il soit en sécurité. J’ai fini par apprendre son nom: Moussa, un réfugié guinéen ayant traversé la Méditerranée en 2017, et autant de drames pour fuir son pays. Il a obtenu le statut de réfugié en France et, depuis quelques mois, se sentait poursuivi par un gang, m’a-t-il raconté ainsi qu’aux policiers qui ont fini par venir. Il était visiblement en état de choc et dans une psychose paranoïaque. Nous étions tous démunis: lui, sans domicile et terrifié; les policiers, qui l’avaient déjà croisé le matin même aux urgences d’où il avait été renvoyé; et moi, spectateur impuissant de sa détresse.
Cette rencontre a percuté mon programme de l’après-midi. Je m’apprêtais à interviewer Pierre Bader, coordinateur de l’Equipe de soutien d’urgence (ESU) du canton de Vaud. Avec ses équipes, il a notamment accompagné les annonces de décès lors du drame de Crans-Montana, même si, en raison des directives du canton du Valais, il n’a pas eu l’autorisation de le mentionner directement dans l’entretien. En décalant notre appel pour m’occuper de Moussa – lui offrir un verre d’eau, un peu de nourriture, une chaise, le contact d’une structure d’accueil et prier avec lui – une phrase de notre échange a pris tout son sens: «Comment, en tant que chrétien, puis-je être le meilleur des voisins?»
C’est là toute la question d’un Evangile pratique, incarné, mais aussi collectif. Je me suis senti frustré, triste pour cet homme, démuni face à sa souffrance que seule une prise en charge psychiatrique lourde semble pouvoir apaiser. Comme le souligne le docteur Philippe Narang, les besoins psychiatriques sont criants dans nos pays. Et les communautés chrétiennes devraient – suggère-t-il – s’impliquer davantage dans ce domaine.
Que veut dire être le meilleur des voisins? Comment être une épaule pour ceux qui souffrent? Le lendemain, cette réflexion sur la fragilité humaine a pris une tournure encore plus sombre avec l’annonce du décès violent du fils d’un ami. Une vie fauchée, une tragédie pour toute une famille. On comprend alors, brutalement, l’immensité du besoin d’amour, de solidarité et de liens resserrés. De Crans-Montana aux drames invisibles qui se jouent sur nos propres toits ou à l’intérieur d’une chambre d’ado, la douleur est partout.
Synchronicité miraculeuse, cette même semaine, Alliance Presse et JC2033 décidaient de préparer un numéro spécial du Quart d’heure pour l’essentiel. C’est un projet que nous vous invitons chaleureusement à soutenir, qui s’adressera précisément aux personnes en deuil et à celles qui souffrent. Pour pleurer avec elles, leur dire qu’elles sont aimées et leur apporter une espérance.
Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Février 2026
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