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L’implanteur de Bussigny tire sa révérence

Après quarante-cinq ans de service pastoral, Jean-Pierre Junod part à la retraite. Retour sur le parcours atypique d’un homme engagé.
Rébecca Ebersold

Jean-Pierre Junod prend sa retraite. Le premier pasteur de l’Eglise Lazare de Bussigny achève sa carrière dans la communauté de Ballens, le dimanche 24 mars. Retour sur les prémices de son engagement.

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Piégé par la foi

A l’âge de dix-huit ans, il travaille à Conforama et entretient déjà une relation avec Brigitte Monayron, qui deviendra sa femme. Tout part d’un simple T-shirt qu’un apprenti de seize ans porte au travail: il arbore fièrement un «Jésus t’aime». Jean-Pierre Junod confie: «Même si on se moquait de lui à cause de ses croyances, avec Brigitte on le trouvait sympa et beau. Nous étions étonnés. Ce n’était pas l’image que nous avions des chrétiens.»

«Nous avons pourtant décidé de le faire sortir de cette religion. Pour cela, nous avons commencé à lire l’Evangile: l’objectif était de noter toutes les erreurs et les contradictions. Mais Dieu nous a pris dans notre folie, puisque nous sommes rapidement “tombés amoureux” de Jésus.» Un jour et malgré sa lecture assidue de la Bible, Jean-Pierre Junod a l’impression de ne plus avancer dans sa foi. Il en parle donc à son collègue chrétien – qui ne fréquentait aucune Eglise – et celui-ci en conclut qu’il doit se faire baptiser. Ils font alors couler un bain et le nouveau chrétien se fait baptiser par ce même jeune homme. «Ce soir-là, je me suis vraiment converti dans mon cœur», témoigne-t-il. Après s’être d’abord moquée d’eux, Brigitte Junod demande aussi le baptême quelques heures plus tard.

Pasteur malgré lui

Brigitte et Jean-Pierre Junod perdent de vue ce jeune chrétien. Ils essaient de rejoindre un groupe de maison, mais les participants sont assez «extrémistes et sectaires». «Nous étions livrés à nous-mêmes: une Bible, Brigitte et moi. C’est tout.» Il confie encore: «J’ai témoigné à mon travail. Je lisais la Bible à toute mon équipe au moment de la pause. Une fois, j’ai été convoqué par le directeur parce que nous collions des textes bibliques dans le magasin et nous disions aux gens de se repentir.»

Jean-Pierre Junod n’a que vingt ans lorsque sans le prévoir, le couple crée sa première Eglise. Ils improvisent des réunions chez eux et les convertis amènent leurs amis et leur famille. Malgré leurs incompréhensions des textes bibliques, il témoigne que «Dieu bénissait». «J’ai beaucoup appris. Ça ne veut pas dire que Dieu cautionne, mais il accompagne.» Ce pasteur s’est formé de manière autonome en lisant des livres de théologie. Il a aussi appris à jouer du piano et de la guitare pour louer Dieu lors de ces réunions.

Comme la communauté grandit en nombre, les membres décident de chercher un local dans la région lausannoise. Par opposition à toutes les dénominations existantes, ils se nomment «les chrétiens tout court». Il s’agit aujourd’hui de l’Eglise Lazare à Bussigny.

Pour l’amour de l’Église

S’il fait partie d’un groupe de rock chrétien et écrit plusieurs chants, il se consacre surtout à la vocation pastorale. Après treize ans de service pour l’Eglise Lazare, le couple fonde une Eglise à Vallorbe (FREE). «Dieu m’a montré que mon ministère serait d’implanter des Eglises.» C’est à l’Eglise évangélique de Ballens (FREE) qu’il tire sa révérence. Heureux, il affirme: «Je termine ma carrière officielle et j’ai toujours de l’amour pour l’Eglise.»

Avec les années, il est néanmoins devenu plus prudent. En effet, le futur retraité affirme qu’à vingt ans, il se croyait capable d’expliquer l’Apocalypse, un exercice auquel il ne se risquerait plus à présent. De plus, il se dit moins charismatique que dans sa jeunesse, où il prophétisait beaucoup. «Je sais qu’on a le droit à l’erreur, mais il faut se rendre compte qu’on parle au nom de Dieu. Cela peut être très manipulateur. Dans ce domaine, je n’ai pas reculé, mais j’ai évolué.»

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