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La brûlante question du nationalisme chrétien

© Istockjhoto
A l’approche d’échéances électorales en Italie, au Brésil et aux Etats-Unis, le nationalisme chrétien a le vent en poupe. Le phénomène n’est pas nouveau, mais semble se pérenniser dans le paysage politique des états à majorité ou de culture chrétienne. A l’heure du pluralisme et de la sécularisation, serait-ce le dernier soubresaut d’une chrétienté dominante? Pourquoi ce nationalisme chrétien - soit la fusion de l’identité des chrétiens et des citoyens, de sorte qu’être un «vrai» citoyen, c’est être chrétien - séduit? Quels sont les risques d’une telle idéologie? Autant de questions auxquelles ce dossier tente de répondre.
David Métreau

Enjeux

Le nationalisme chrétien est toujours un problème brûlant avec lequel les évangéliques se débattent aujourd’hui, déclarait le secrétaire général de l’Alliance évangélique mondiale Thomas Schirrmacher lors de son discours inaugural en février 2021. Il soulignait alors que l’AEM en 1846 était «le tout premier grand corps religieux à se prononcer pour la liberté religieuse». Avant de poursuivre: «Et cela signifiait se prononcer contre les Eglises d’Etat et contre le nationalisme chrétien.»

S’il semble séduire de nombreux chrétiens américains et même ailleurs, selon des enquêtes de New York Times, de CNN et du New Yorker parues cet été, comment définir ce nationalisme chrétien? «Le nationalisme chrétien identifie la nation avec la volonté et l’action de Dieu dans le monde; confond l’identité nationale et l’identité chrétienne et confond le service rendu à la nation avec le service rendu à Dieu», propose l’historien méthodiste David W. Scott. «Le nationalisme chrétien fournit une caution morale aux actions, même inappropriées, entreprises dans la poursuite d’objectifs nationaux ou politiques.»

En des temps incertains marqués par l’étiolement des valeurs traditionnelles et familiales, la perte de ce que les sociologues appellent les «Grands récits» et parfois une certaine mollesse de la part d’Eglises à s’engager dans la cité, cette tentation nationaliste chrétienne semble avoir de beaux jours devant elle. Si des responsables évangéliques comme Thomas Schirrmacher dénoncent volontiers ce nationalisme chrétien, il semble que le «peuple» évangélique soit davantage attiré par cette option. Car les nationalistes chrétiens et autres populistes «appellent un chat un chat», adoptent un «franc-parler» et osent dénoncer (de manière parcellaire et orientée) certains maux de notre société. Ils sont parfois chrétiens-prophètes (pour reprendre l’expression du dossier du mois de juillet-août) quand les élites sont trop souvent chrétiens-médecins. Or le peuple se plaît dans une certaine forme de radicalité (dans le sens d’intégrité et non d’intégrisme) et est motivé par l’action.

J’ose alors une hypothèse et une interpellation. Et si le meilleur moyen de lutter contre le nationalisme chrétien - qui est en grande partie nourri par la peur - était de voir des responsables (et pas que!) d’Eglises oser se lever pour annoncer l’Evangile, sans crainte de nommer le péché ni d’être calomnié? Et si au lieu de se préoccuper de la pérennité de son pays comme nation chrétienne, nous ne nous intéressions plutôt au salut des peuples? Dans la grande moisson, il y a de la place pour des chrétiens prêts à quitter leur nation.

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Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Octobre 2022

Dossier: Le mirage du nationalisme chrétien
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