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Cette fois, ce sera sans nous!

L'édito de l'édition de novembre
David Métreau

A vec les Jeux Olympiques, le Tour de France et les grands événements relatifs à la vie de la famille royale britannique, la Coupe du monde de football est l’événement en direct le plus suivi à la télévision. Habituellement, cette grand-messe du sport et de la surconsommation a lieu tous les quatre ans au début de l’été. Pas cette année, puisqu’elle se déroulera du 20 novembre au 18 décembre dans le petit émirat du Qatar; une première dans un pays arabe. Le choix du pays, qui a eu lieu en 2010 en même temps que la nomination de la Russie pour héberger la Coupe du monde 2018, était déjà entaché par de forts soupçons de corruption. Il a aussi marqué l’accélération d’une tendance, celle de l’afflux de pétrodollars (et de gazodollars) dans le milieu du football. Corrompant encore davantage, si cela était possible, le sport collectif le plus pratiqué dans le monde. A bien des égards, cette Coupe du monde au Qatar est une aberration, pour ne pas dire une abomination. Et c’est un fan de foot qui vous le dit!

Tout d’abord, c’est une folie au niveau environnemental. Pour les seuls besoins de la Coupe du monde, sept nouveaux stades climatisés ont été construits en plein désert et à moins d’une heure de la capitale, qui compte déjà le sien. Et ceci en sachant qu’avec plus de trente tonnes de CO2 par an et par habitant, le Qatar est le pays qui pollue le plus. Soit six à sept fois plus que les Suisses et les Français, qui figurent déjà en première partie de tableau. Vous avez dit sobriété?

De plus, ce n’est pas un scoop, ce rassemblement des idoles (oui c’est bien le mot) mondiales du foot est un moyen pour le Qatar et son régime autoritaire de pratiquer une forme d’influence diplomatique. Il le fait déjà en vendant du gaz et en achetant des armes françaises comme le Rafale. Cette influence se diffuse aussi via ses médias d’Etat, réussissant le grand écart d’être un canal de propagande islamiste avec la chaine de télévision Al Jazeera, tout en se revendiquant progressiste, féministe et LGBT-friendly sur AJ+, son média sur les réseaux sociaux destiné aux jeunes occidentaux. Une hypocrisie flagrante pour un pays où les femmes sont sous tutelle et ont besoin de l’autorisation d’un homme pour voyager. Enfin et surtout, 6500 ouvriers étrangers sont morts sur les chantiers de la Coupe du monde, selon The Guardian. Un chiffre sous-estimé, selon plusieurs sources. Nombreux sont ceux qui sont morts de crise cardiaque à moins de trente ou quarante ans, écrasés par la chaleur et l’effort physique. Ces travailleurs permettent pourtant au pays de fonctionner. Ils sont réduits à des situations de quasi-esclavage, reclus dans des zones industrielles en périphérie. Beaucoup sont considérés comme du bétail.

Pour cette raison principale et toutes les autres, je ne regarderai pas la Coupe du monde au Qatar. Et nous ne traiterons pas cette actualité dans nos colonnes. Une façon bien modeste et limitée de dénoncer cette injustice et de nous mettre du côté des affligés. Le temps gagné à ne pas regarder ces matchs pourrait être consacré à prier et plaider pour la justice de ces «malheureux opprimés» et ces «pauvres qui gémissent». «Car, et maintenant, dit l’Eternel, je me lève, j’apporte le salut à ceux contre qui l’on souffle» (Ps. 12, 5).

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Novembre 2022

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