Donald Trump contre le pape: vers un double schisme catholique et évangélique?
Moins d’un an après son élection, Léon XIV, premier pape étatsunien de l’Histoire, se retrouve paradoxalement dans le collimateur de la Maison-Blanche. Son crime? Avoir rappelé en janvier qu’une diplomatie de consensus vaut mieux qu’une diplomatie de la force. En critiquant la «doctrine Donroe» – l’actualisation par l’administration Trump de la doctrine Monroe (la domination du continent américain par les Etats-Unis) –, l’évêque de Rome s’est attiré les foudres du Pentagone.
Cela a entraîné des pressions sur les diplomates du Vatican ainsi qu’une menace plus ou moins voilée: l’instauration d’une «papauté alternative» ou d’un antipape, sur le modèle des papes d’Avignon, rapporte The Free Press dans un article début avril. Ce chantage fait écho au Grand Schisme d’Occident du 14e siècle, quand la Couronne de France «domestiquait» l’autorité papale en Avignon. Dans une Europe marquée par la Guerre de Cent Ans, deux courants politiques rivaux, dont les papes à Rome et en Avignon se succédaient simultanément, se sont excommuniés réciproquement de 1378 à 1417.
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La fracture du catholicisme identitaire
Si l’on pense immédiatement aux évangéliques (20% du corps électoral) lorsqu’on évoque la religion aux Etats-Unis, les catholiques occupent des positions d’autorité stratégique. La majorité des juges conservateurs à la Cour suprême sont catholiques, tout comme le vice-président J.D. Vance. Une fracture semble donc s’ouvrir entre, d’une part, un catholicisme «classique», papal, universaliste, qu’incarne Léon XIV avec une dimension «évangélique» au sens littéral du terme, et un catholicisme identitaire, marqué par la force, s’imbriquant dans la mouvance MAGA («Make America Great Again», mouvement politique propre à Donald Trump) et le nationalisme chrétien. Cette deuxième tendance, dont J.D. Vance est l’une des figures, montre sa défiance envers la première et se rapproche de nombreux «évangéliques» – cette fois‑ci au sens politique, sociologique et étatsunien du terme.
Un schisme évangélique en miroir
Une fracture similaire semble traverser les mouvements évangéliques. Alors que Pete Hegseth, Secrétaire à la Défense, déclarait le 8 avril que les attaques en Iran avaient été «menées sous protection de la providence divine», Paula White, conseillère spirituelle de Donald Trump, n’a pas hésité, à Pâques, à comparer ce dernier à Jésus, lui aussi «trahi, arrêté et accusé à tort» et… «ressuscité». Des propos qui relèvent pour beaucoup de l’hérésie. La figure biblique du «Serviteur souffrant» est, pour certains croyants, aux antipodes d’un milliardaire grossier et impulsif, dont la soif de domination et les outrances désacralisent chaque jour un peu plus la fonction présidentielle. La dernière en date – une publication sur Truth social le 13 avril le présentant en Jésus guérisseur – a choqué nombre de ses propres soutiens.
Dieu n’est le général d’aucun empire
Si ce double schisme – catholique et évangélique – se confirme, quelle sera son influence sur les fidèles? Le peuple suivra-t-il ces nouvelles voies? Existera-t-il encore des ponts entre ces courants? Face à ce «nationalisme chrétien», une ébauche de réponse se trouve peut-être dans l’Ancien Testament. Lorsque Josué rencontre le chef de l’armée du Seigneur devant Jéricho, il lui demande: «Es-tu pour nous ou pour nos ennemis?» La réponse de l’ange est cinglante: «Ni l’un, ni l’autre.» Dieu n’est le général d’aucun empire. Et son nom ne saurait être domestiqué. Ni en Avignon, ni à Rome… ni à Washington.
Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Mai 2026
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