De Gaulle et la foi des premiers chrétiens
«Vous ne me demandez pas de vous faire confiance, vous me demandez la foi des premiers chrétiens», lance le général de Gaulle à Jean Moulin dans le récent diptyque cinématographique «La Bataille De Gaulle», réalisé par Antonin Baudry. Ce à quoi le résistant répond: «Mais ne l’avez-vous pas eue quand vous avez commencé, seul?» Que cet échange soit historique ou fantasmé, il illustre la démesure de la tâche qui incombait alors à Jean Moulin: unifier sous le joug de l’Occupation des parlementaires de tous bords, qui se détestaient et s’accusaient mutuellement de la débâcle, pour mettre en place en urgence le Conseil national de la Résistance. Face à un tel défi, il fallait un saut dans le vide, une confiance absolue et une folie lumineuse.
Au-delà de la formule, n’avons-nous pas besoin de retrouver cette foi des premiers chrétiens, celle qui les a conduits à espérer contre toute espérance? L’été caniculaire que nous venons de traverser a renforcé une certaine désespérance. Conséquence de ces sécheresses estivales, partout dans le monde, et particulièrement en France et en Espagne, des feux de grande ampleur ont ravagé des forêts. Face à ce constat, le sentiment d’impuissance domine et les promesses politiques déçoivent. Nous-mêmes, n’avons-nous pas un mal fou, individuellement et collectivement, à restreindre nos modes de vie?
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Face au dérèglement climatique
La tentation du désespoir est immense, celle de murmurer que tout est fichu. C’est au cœur de cette difficulté que l’attitude de Charles de Gaulle, marchant avec une détermination sans faille vers ce qu’il croyait juste, doit nous interpeller. Là où le général plaçait une confiance inébranlable dans l’avenir de la France, ne devrions-nous pas, en tant que chrétiens, puiser une foi plus grande encore dans les promesses de Dieu et dans le changement que peuvent apporter celles et ceux qui agissent avec courage? Nous ne sauverons pas le monde par nos propres forces, mais nous sommes porteurs d’une Bonne Nouvelle qui réconcilie l’être humain avec Dieu et, par là même, transforme les personnes, les relations et les sociétés. Cette vision chrétienne de la personne humaine a profondément inspiré le développement des hôpitaux, de nombreuses universités et, plus largement, une culture de la solidarité qui a influencé nos institutions sociales.
Et si, face au changement climatique et à la sauvegarde de notre environnement, nous choisissions l’espoir plutôt que la résignation? Comme l’écrit l’apôtre Paul, dans un monde en souffrance, «la Création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu» (Rom. 8, 19).
Au lieu d’être à la traîne, dans le scepticisme ou sur la défensive, les chrétiens peuvent être à l’avant-garde de cette prise de conscience et de la nécessaire repentance qui l’accompagne. Pardon pour notre approche utilitariste de la merveilleuse Création que Dieu nous a confiée, pardon d’avoir gaspillé notre temps, nos savoirs, nos ressources et nos âmes pour des choses futiles.
Charles de Gaulle croyait que la France n’était pas morte. En s’accrochant à cette conviction, il a contribué à la faire renaître. Les chrétiens portent une espérance plus grande encore: le Royaume de Dieu vient, mais il est déjà à l’œuvre parmi nous. A nous de vivre dès aujourd’hui comme les citoyens de ce Royaume.
Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Septembre 2026
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