Apprendre à réagir aux mots blessants en ligne
Plusieurs assurances santé mettent en garde contre les effets négatifs du numérique sur la santé mentale. «Sommeil de mauvaise qualité, exposition au cyberharcèlement», peut-on lire sur le site de l’assurance MAIF. «Troubles de l’attention, anxiété, stress, dépression», ajoute CNP Assurances. Combien plus les commentaires négatifs et haineux peuvent affecter l’état psychologique des internautes! Perte d’estime de soi, sentiment de rejet, colère, sensation d’injustice, tristesse pouvant aller jusqu’à la dépression, retrait de la vie sociale, angoisse…. Typhanie Kouakou, psychologue, explique: «Les effets dépendent de plusieurs choses. Premièrement, la durée des interactions: est-ce quelque chose d’isolé ou de récurrent? Puis, la proximité de la relation, si c’est un membre de la famille ou une connaissance, par exemple. Et enfin, notre caractère et l’interprétation qu’on fait de la situation.»
Nul homme n’est une île
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L’humain est un être social avec un besoin d’appartenance.«Une étude américaine de l’université de Californie démontre que se sentir rejeté provoque une réaction cérébrale comparable à celle provoquée par une blessure physique. Les chercheurs ont découvert que les deux situations activent les mêmes régions du cerveau», informe Typhanie Kouakou. Il peut aussi arriver de se faire arnaquer et d’en être affecté financièrement. C’est le cas de Rédouane, auteur et scénariste de fiction: «Il y a quelques années, j’ai rencontré une fille très sympa sur les réseaux sociaux. Elle était dans le besoin, alors je l’ai aidée financièrement. Mais c’était un faux profil. Derrière l’écran, c’était un homme. C’était tellement bien fait…»
Revenant aux mauvais commentaires, le premier conseil que donne la psychologue est de ne pas répondre tout de suite. Pour relativiser, il faut d’abord être lucide sur le fait que ces choses peuvent arriver. «Lorsque je crée un compte, que je rejoins un groupe, que je fais une publication, il faut que je sois conscient du but que je recherche. S’il y a un besoin de reconnaissance derrière, il faut trouver un accompagnement. S’il y a un objectif concret (créations, mode, parler de sa foi, etc.), il faut également être conscient que cela ne fera pas l’unanimité et regarder surtout les commentaires positifs», conseille-t-elle.
Une occasion de rentrer en soi
Il s’agit aussi de s’introspecter: pourquoi cela me fait-il si mal? Est-ce que je cherche à remplir un besoin d’amour par les réseaux sociaux? Typhanie Kouakou explique que si nécessaire, «ce travail peut se faire avec l’accompagnement d’un spécialiste en santé mentale et/ou d’un aîné de confiance». Une aide extérieure sincère peut effectivement aider à faire la part des choses.
Il est par ailleurs toujours judicieux de limiter les écrans, voire de faire une «pause de réseaux sociaux» et, si besoin, de trouver du soutien social non virtuel. Il s’agit de garder en tête qu’un commentaire ou l’exclusion d’un groupe est toujours un acte subjectif. Typhanie Kouakou souligne que «n’ayant pas la personne en face, l’imagination [de l’internaute qui répond] peut aller loin et avec elle, une mauvaise interprétation». Il est bon aussi d’être vigilant sur la nature des commentaires, notamment s’ils sont discriminatoires ou relèvent d’une incitation à la haine et dans ce cas, les signaler.
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