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Et si jouer était une attitude spirituelle?

Plateau de jeu, cartes, dés et pions colorés vus de dessus
© Thomas Buchholz – Unsplash
Le philosophe Jean-Philippe Pierron, dans «Savoir jouer : mettre du jeu dans une société grippée» (éd. de l'Atelier), invite à desserrer l'étau d'une société obsédée par la maîtrise. Rencontre.
David Métreau

Dans votre ouvrage, Vous dites notre société «grippée». De quoi souffre-t-elle?

On dit qu’une serrure est grippée lorsqu’il n’y a plus de «jeu» en elle. Cette métaphore mécanique illustre la manière dont nous sommes rattrapés par une rationalité purement instrumentale. Nous vivons dans la culture des procédures, des protocoles et des démarches qualité. Pour rendre le monde le moins inquiétant possible, on cherche à tout maîtriser, à tout planifier à travers des indicateurs et des données statistiques. C’est le propre des «sociétés du risque», qui ont peur de toute surprise et l’envisagent d’emblée comme une mauvaise surprise. Or, un monde sans surprise est un monde immobile et mortifère. La société grippée est celle où la gestion des moyens a pris le dessus sur les rêves, l’imagination et l’événement.

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