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La disgrâce de Sam Allberry interroge les évangéliques sur la culture de l’effacement

Capture d'écran de la page vide de Sam Allberry sur Evangile 21, avec un grand titre «Eh bien, c'est embarrassant» (placeholder générique pour une page non trouvée), symbolisant le silence embarrassant autour de la disgrâce du pasteur
© Evangile 21 (Capture d'écran)
Après la disqualification du pasteur britannique Sam Allberry par son Eglise, son œuvre a disparu de la circulation. Un pasteur tombé en disgrâce doit-il chuter dans l'oubli?
David Métreau

La chute de Sam Allberry a provoqué une onde de choc qui dépasse les frontières de son ministère. Pasteur reconnu, conférencier apprécié et auteur de nombreux ouvrages – notamment sur les tensions entre foi chrétienne et homosensibilité, une réalité que le Britannique vivait lui-même dans le choix de la chasteté –, il a officiellement été déclaré disqualifié pour le ministère pastoral. C’est ce qu’a annoncé début mai le conseil des anciens de son Eglise Immanuel de Nashville, invoquant une «grave violation de confiance» après de nouveaux éléments sur une relation «inappropriée» avec un homme adulte.

Une suppression éclair des contenus

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Au-delà de la tristesse légitime de voir une figure estimée «chuter», la violence et la rapidité de certaines réactions interrogent. En plus de la vague de moqueries sur les réseaux sociaux, l’empressement à supprimer toute trace de ses contributions est frappant. Le site The Gospel Coalition (et sa version francophone Evangile 21), pour lequel il était un contributeur régulier, a retiré l’intégralité de ses articles en moins de 48 heures. Effacé d’un clic. Si cette décision peut s’expliquer par une volonté de protection éditoriale, elle n’en demeure pas moins un acte symbolique radical: celui de l’effacement pur et simple. Sam Allberry était d’ailleurs prévu pour être orateur de l’événement «Il règne» organisé par Evangile 21, du 13 au 16 mai à l’Institut biblique de Genève. Sa venue a été annulée.

C’est comme si, par l’onde de choc de cette révélation, tout ce qui avait été produit auparavant était devenu subitement obsolète ou frappé d’infamie. Pourtant, dans leur communiqué, les anciens d’Immanuel soulignent que Sam Allberry «s’est montré repentant, humble et coopératif».

Une «culture poubelle» propre au monde évangélique?

Cette situation interpelle sur une forme de violence propre à certains milieux: une volonté d’effacer l’homme et son œuvre sitôt que la chute – parfois le désaccord – survient. Pourtant, d’après les éléments rendus publics, nous parlons ici d’une faute morale – un péché, une rupture des règles communautaires – et non d’un crime ou d’un système de prédation. N’y a-t-il pas besoin de nuance et de retenue?

Cette affaire s’ajoute à tant d’autres scandales récents touchant des figures chrétiennes, surtout outre-Atlantique. Là-bas, la révélation de ces dérives – moins polémique qu’en Europe francophone – s’explique autant par une culture de la transparence plus marquée que par une presse chrétienne plus audacieuse, dotée d’une maturité qui lui permet d’assumer son rôle de contre-pouvoir sans craindre de «nuire à l’Eglise». Mais cette efficacité a ses travers: elle alimente parfois une «culture poubelle» où, parce qu’une personne tombe, nous décidons de tout jeter.

Vers un ministère de la restauration

Sans aborder ici la question de fond qu’elle soulève – l’accueil des personnes homosensibles dans l’Eglise  – cette affaire doit pousser à réfléchir. D’abord, sur le risque de surexposer des personnalités fragiles (nous le sommes tous). Ensuite, sur cette tentation de l’annulation totale. Faut-il, pour protéger l’institution, effacer jusqu’à la mémoire de celui qui a servi? S’il est impératif de protéger les victimes le cas échéant et de sanctionner les faillites morales, qu’en est-il de l’après? Dans un milieu qui prône la réconciliation, comment relever celui qui est à terre? Sans tomber dans une utopie naïve, un «ministère de la restauration» resterait à développer: un chemin qui permettrait de traiter la faute avec sérieux sans pour autant exclure définitivement (si possible) l’individu de la famille humaine et spirituelle.

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Juin 2026

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