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Les braconniers du Seigneur défient l’ordre établi

Les braconniers du Seigneur défient l’ordre établi
 
23.10.17 - Les évangéliques semblent vouloir faire fi des chasses gardées des temps modernes. La dynamique de conversions, moteur pour les uns, religieusement incorrect pour les autres. Le point.
Les convertis rebattent les cartes. C’est une des raisons de l’émoi périodique suscité par les renouvellements actuels du protestantisme. On croyait le jeu bien distribué? Et vlan, un vif coup de vent met tout par terre.
La faute au Saint-Esprit? Aux fenêtres mal fermées? Le fait est que la dynamique prosélyte des évangéliques n’en finit pas de faire des vagues, obligeant l’excellent Régis Debray à sortir du bois, à la rentrée 2017. Son essai du jour? Le néoprotestantisme et sa vague mondialisée.

Braconnier et braconnier
Au 16e siècle, au moment de la Guerre des paysans, les gueux convertis à l’Evangile entendaient pouvoir chasser et pêcher sur les terres des Seigneurs (cf.
encadré). Aujourd’hui, le rejet des chasses gardées se comprend plutôt comme une métaphore éclairante, sur le terrain de la compétition religieuse.
Le mot de braconnier perd alors son sens péjoratif, pour devenir l’étendard d’une liberté. «Braconner», c’est braver les Césars immobiles, campés sur le périmètre grillagé de leur héritage. C’est traduire l’expression fameuse de Luther, Gedanken sind zollfrei (les pensées sont sans frontière).

Plus récemment, on pense aussi au terme de contrebandier utilisé en 1968 par Frère André, fondateur de Portes Ouvertes, pour décrire son activité d’évangélisation: les braconniers et contrebandiers du Seigneur franchissent les frontières. Ils jettent leurs filets sur tous les terrains, des méandres du web jusqu’aux banlieues chaudes de Bruxelles, Genève ou Strasbourg.

Le nouveau pouvoir
Régis Debray s’exprime et pose son regard sur ce qu’il appelle cette vague mondialisée. Ces convertis, priés de s’accommoder du préfixe néo, sont regardés sans haine, mais tout de même pointés du doigt comme apôtres d’une machine à formater (dans la transparence). Aux yeux de l’auteur, le néoprotestantisme serait aujourd’hui cette matrice conquérante, à la source du «nouveau pouvoir» défendu en France par un certain Emmanuel Macron. En un sens, quel honneur fait au protestantisme!

Certains esprits facétieux n’ont pas manqué le parallèle entre le tocsin sonné face aux néoprotestants et ce verset du livre des Actes des Apôtres: «Ces gens, qui ont bouleversé le monde, sont aussi venus ici..
(...)
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«Les autorités protègent le gibier pour nous bafouer»

«Jusqu’à ce jour régna la coutume qu’aucun pauvre manant n’avait le droit de capturer le gibier, les oiseaux ou les poissons des rivières, ce qui nous paraît entièrement illégitime et contraire à la fraternité et égoïste et opposé à la Parole de Dieu. En outre, les autorités en maints endroits protègent le gibier pour nous bafouer et pour notre plus grand dommage, alors que notre bien - que Dieu a laissé fructifier pour que l’homme en profite - est en pure perte dévasté par les bêtes sauvages et nous devons le supporter et y assister en silence, cela est contraire à Dieu et à l’amour du prochain. Car quand le Seigneur créa l’homme, il lui a donné pouvoir sur tous les animaux, sur les oiseaux dans les airs et sur les poissons dans l’eau.»

Les douze articles, programme de mars 1525 diffusé par les paysans souabes, cité dans Müntzer contre Luther, Marianne Schaub (éd. A l’enseigne de l’arbre verdoyant)
 

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