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La tentation eugéniste revient en force

La tentation eugéniste revient en force
 
24.10.16 - Troisième épisode d’une série d’articles sur les enjeux du
protestantisme évangélique à l’échelle de la francophonie. Une contribution de l’historien Sébastien Fath.
V ae Victis, malheur au vaincu! Dans la mythologie celte, cette expression latine a la vie dure. D’après l’historien romain Tite-Live, elle aurait été prononcée par le roi Brennos vers 390 avant Jésus-Christ, lors d’un siège victorieux. Elle résume encore aujourd’hui le sort que les forts sont tentés de réserver aux plus fragiles. Tant pis pour eux! S’ils doivent s’écarter, ou se voir éliminés, c’est qu’ils ont rencontré meilleurs, ou plus dignes qu’eux. Le plus fort, le plus beau ramasse la mise.

De la science-fiction?
Continent riche et puissant, l’Europe est-elle en passe de se réapproprier cette ligne de conduite sur le terrain de la vie à naître? En raison des progrès foudroyants de la génétique, il devient aujourd’hui possible de sélectionner les embryons avec une précision stupéfiante. De calculer leur risque de malformation, de trisomie 21, d’accident cardiaque, de propension à l’obésité, etc. On peut savoir si l’enfant sera garçon ou fille, blond ou châtain, athlétique ou non.
Ce qu’annonçait le film Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nichols (1997) est peu à peu en train de se réaliser sous nos yeux. «Je ne comprendrai jamais ce qui a poussé ma mère à placer sa confiance dans les mains de Dieu plutôt que dans celles de son généticien local»: c’est ainsi que le héros du film résume son drame. Vincent, interprété par Ethan Hawke, est ce qu’on appelle un «enfant de la providence», conçu naturellement par ses parents. Mais il a grandi dans un monde où la génétique est reine. Seuls les meilleurs y ont le droit de naître.

Le souci des faibles
L’Europe n’en est pas (encore) là. Mais on s’approche à grands pas d’un tel monde. Dans ce contexte, les Églises pèsent peu. Le christianisme est devenu minoritaire dans une Europe sécularisée. Que dire alors des évangéliques, petite minorité parmi la minorité? Leur voix est bien fragile. Mais elle a des choses à dire. Pourquoi? Parce que dès ses origines, le christianisme s’est distingué par son attention aux plus petits. Dans le monde gréco-romain, la culture s’accommodait de l’élimination des plus faibles. Selon l’historien Plutarque, on aurait pris l’habitude, dans la cité grecque de Sparte, de sacrifier les enfants les moins robustes... Légende, rumeur honteuse?
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Illustration/Photo: © IStock
 
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L’eugénisme, quèsaco?

Le mot eugénisme vient du grec eu (bien) et gennân (engendrer). Étymologiquement, il signifie «bien naître». Par extension, le terme désigne une doctrine, parfois présentée comme une science, qui vise à améliorer l’espèce humaine en écartant, si possible par la génétique, les plus faibles.
C’est un cousin de Charles Darwin, le psychologue et physiologiste anglais Francis Galton (1822-1911), qui a pour la première fois utilisé le terme d’eugénisme au sens contemporain. En Europe, le régime nazi a poussé la tentation eugéniste à l’extrême. Depuis 1945, les doctrines qui se réclament de l’eugénisme sont plus discrètes, mais l’intention eugéniste demeure. Elle se renforce aujourd’hui sous les effets conjugués de la société de consommation et des progrès spectaculaires de la génétique.

 

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