Faisons attention à nos noms!
Avons-nous conscience des mots que nous utilisons? Qu’est-ce que je dis de moi lorsque je nomme l’autre? Quel lien est dévoilé? Nommer, c’est identifier. Dans Genèse 1:26, Dieu nomme l’homme Adam, du mot Adama («la terre»). Ensuite, Dieu lui confie la tâche de donner un nom à son tour aux autres vivants. «Adam donna à sa femme le nom d’Ève (“vie”): car elle a été la mère de tous les vivants» (Gen. 3:20).
Des noms pas anodins
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Dieu donne parfois un nouveau nom. Abram («père élevé») devient Abraham. Ainsi, d’homme sans enfants, il sera «père d’une multitude de nations» (Gen. 17:5). Dieu transforme Saraï («ma princesse») en Sarah («princesse» au sens large). Il en fait «l’origine de nations, d’elle proviendront les rois de plusieurs peuples». Jésus change le nom de Simon («qui écoute») en Céphas («rocher», «pierre»). Les appellations sont des actes structurants qui révèlent la place et le rôle. Elles verbalisent le regard et le projet de Dieu.
Dans le Cantique des Cantiques, le couple se donne des noms tendres comme «mon amour», «mon bien-aimé», «ma beauté», «ma colombe», «mon ami». Ce sont des mots doux, passionnés et aimants, à l’image de la relation dans ce couple. Quels sont les autres surnoms amoureux d’aujourd’hui? «Mon trésor», «ma perle», «ma reine», «mon chéri»… Nous sommes dans le registre de la grande valeur.
Ce que révèlent les noms qu’on se donne
D’autres surnoms existent, alimentés par la culture familiale et l’environnement social, comme «chaton», «bouchon», «ma petite», «ma puce». Là c’est le registre régressif. Le partenaire est qualifié de mignon. Derrière le côté presque enfantin se cache le besoin de retrouver le premier attachement sécurisant. Dans Quand on tombe amoureux, on se relève attaché (éd. Odile Jacob), le neuropsychiatre Boris Cyrulnik écrit: «Les premiers gestes, les premiers mots du couple amoureux rappellent les premières interactions entre une mère et son bébé. On se regarde dans les yeux (…) on se dit des petits mots (…) La sécrétion d’ocytocine (…) créant ainsi une sensation de familiarité sécurisante.» Ces mots peuvent pourtant, parfois, contenir une notion de dépendance, de déséquilibre des forces. Une «puce» ou un «chaton» ne signalera peut-être pas facilement un désaccord avec une autorité.
Dans la même veine régressive est arrivé le nom «bébé» dans le couple. À l’arrivée d’un enfant, un couple peut garder l’habitude de s’appeler «bébé» tout en étant devenus les parents d’un bébé. Quelle est alors la signification de ce mot dans cette famille? De quel lien parle-t-on?
De jeunes parents disent «maman» ou «papa» en parlant à leur enfant de leur conjoint. Cela se fait souvent automatiquement pour clarifier les rôles en s’adressant à un tout-petit. Lorsque le père dit: «Maman arrive», l’enfant sait qu’il s’agit de sa maman à lui. Dans ce contexte, des couples peuvent s’habituer à se nommer mutuellement «maman» ou «papa». L’épouse dira «papa» en s’adressant à son mari. Grandissant, l’enfant va comprendre que sa mère a aussi un papa, qui est son grand-papa à lui. Alors, si sa mère lui dit: «Papa est malade», de qui parle-t-elle, de son papa à lui ou de son papa à elle? Cela induit une confusion de places et de rôles dans la famille.
Identité et sexualité
Ces noms peuvent alimenter une confusion des rôles également dans le couple. Les surnoms que l’on choisit montrent l’identité que l’on reconnaît chez l’autre. Appeler «maman» la mère de ses enfants, mais aussi sa propre mère, dévoile un regard changé sur sa conjointe. Elle n’est plus vue comme une partenaire désirable mais comme celle qui procrée et prend soin de la famille. Lorsqu’une femme passe de «mon chéri» à «papa», elle se positionne différemment dans la constellation familiale et projette sur son partenaire un rôle désexualisé. La question du désir est importante dans le couple. Comment vivre une sexualité équilibrée lorsqu’on partage son lit avec Bébé, Maman ou Papa?
La Bible nous invite à penser à l’usage des mots, à leur teneur, leur signification. La manière dont nous nommons révèle la place et le rôle de l’autre. À garder en mémoire lorsque nous posons des surnoms sur notre conjoint ou conjointe, et sur nos enfants.
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