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Liberté risquée…

La chronique mensuelle d'Hugues Not, qui jette un regard doux-amer sur le protestantisme et la société.
Hugues Not

Les chrétiens sont les plus discriminés dans le monde. Le rapport de l’Aide à l’Eglise en détresse, publié fin octobre, confirme ce que l’on savait déjà. Triste bilan de la situation sur notre terre, où tout le monde parle de liberté et exalte la démocratie, mais qui tolère des actes proches de ceux des nazis à quelques heures d’avion de chez soi. Dans maints pays, l’intolérance et la persécution religieuse et politique font penser aux camps de concentration dont on disait «plus jamais ça».
Il nous faut parfois des témoignages épouvantables pour briser nos léthargies et pour que sursautent un tantinet nos consciences. Alors que des chrétiens emprisonnés dans des conditions inhumaines rêvent de nos pays, nous gaspillons notre liberté au profit du ventre mou de nos obésités. Dans un élan de courage facile et de lucidité égoïste, nous remercions Dieu de cette liberté en nous posant peut-être la question de savoir pourquoi tous nos frères ne peuvent pas en bénéficier. Pour toute réponse, nous n’avons qu’un souffle de soulagement parce que nous sommes dans des pays libres.
Or, voilà que le doute me surprend: il est facile de faire une distinction entre pays libres et pays opprimés, de localiser la persécution, qui semble loin de chez nous. Cependant, la liberté n’est-elle pas un risque pour la foi et une excellente ruse qui, sournoisement, nous éloigne encore plus sûrement de la vraie spiritualité que les programmes de répression mis en place par des régimes autoritaires? En Corée du Nord, en Irak et en Erythrée, être chrétien, témoigner de sa foi, changer de religion pour devenir disciple du Christ, n’est rien d’autre qu’endosser la robe du martyr. Et pourtant, dans ces pays, des hommes et des femmes veulent vivre leur foi avec une obstination redoutable, jusqu’à déstabiliser leurs bourreaux.
Chez nous, la liberté d’opinion et de religion fait que nous nous dispersons dans des querelles de clochers; que nous nous détruisons par des guérillas internes; que nous nous égarons dans des doctrines nouvelles et parfois tellement fantaisistes que l’on peut se demander si les chrétiens lisent encore leur Bible ou s’ils suivent des modes orchestrées par des néo-leaders autoproclamés. Que faisons-nous de nos Bibles pour demeurer dans nos frilosités et dans nos craintes de témoignages, alors que des Eglises souterraines et clandestines se partagent quelques pages des Evangiles récupérées miraculeusement et recopiées avec vénération?
Finalement, la liberté nous rend de très mauvais services lorsqu’elle permet à n’importe qui de dire et d’enseigner n’importe quoi, lorsqu’elle éloigne les croyants de la vraie foi et les entraîne dans un confort qui, avant de les tuer, les endort paisiblement, tandis que l’oppression ramène toujours la foi à l’essentiel, à Jésus. Certes, il serait malsain d’espérer un réveil de l’Eglise occidentale qui passerait par l’abolition des libertés. Pour que le monde change, en même temps que nos pays, il suffirait que nous devenions dignes de la liberté que Dieu nous offre, comme un talent à faire fructifier.

Hugues Not

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Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui – décembre 2012

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