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Le chrétien et la louange

© chorale Alsace Gospel Choir - Youtube
Missionnaire et observateur de la vie des Églises évangéliques en francophonie,Timothée paton souhaite que celles-ci renouent avec l’annonce de l’évangile. Et cela passe notamment par la louange. Deuxième volet d’une tribune en trois parties. Opinion.

Au précédent numéro du Christianisme Aujourd’hui, je mentionnais l’importance d’avoir régulièrement dans nos réunions d’Eglises des hommes, des femmes et des enfants qui prennent la parole pour témoigner de leur conversion à Jésus. Aujourd’hui, je voudrais aborder le contenu de nos chants.

Des refrains simples au message clair

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Les chants de louange sont l’expression de nos cœurs reconnaissants envers Dieu, l’expression de cœurs déjà régénérés. Si les chants de louange sont excellents et font beaucoup de bien au peuple de Dieu, il nous faut également retrouver (et composer) des chants qui interpellent ceux qui n’ont pas encore donné leur vie à Christ. Ce qui devrait caractériser les chants d’évangélisation (qui ont pratiquement disparu de nos répertoires), c’est qu’ils s’adressent au cœur du pécheur.

Le point en commun avec des chants bien connus tels que: «Tu peux naître de nouveau, tu peux tout recommencer, balayer ta vie passée» et «si tu veux le bonheur, le vrai bonheur, laisse entrer Jésus dans ton cœur», c’est qu’ils s’adressent à ceux qui ne connaissent pas Jésus. Le Saint-Esprit se sert souvent de ces simples refrains pour travailler les cœurs. Combien de fois ces chants ont-ils réussi à faire fondre les plus résistants? Ces cantiques sont devenus aussi les meilleurs alliés du prédicateur. Ils lui faciliteront la tâche quand viendra le moment d’annoncer l’Evangile. Le cœur, comme de la terre endurcie, vient d’être travaillé par les chants. Il est alors souvent prêt pour la graine qui sera déposée pendant la prédication. L’Evangile chanté a pour vocation de préparer les auditeurs à l’Evangile prêché.

Maryvonne, une retraitée, me racontait récemment comment elle s’est convertie en 1992, dans l’est de la France. Elle est entrée sous un chapiteau où se tenait une campagne d’évangélisation. Avant la prédication, une chorale a entonné le cantique «Attaché à la croix pour moi». Alors qu’elle écoutait ce chant pour la première fois, elle a aperçu sur l’estrade une vision du visage de Jésus crucifié. Cette dame fut bouleversée. A la fin du cantique, son cœur était déjà prêt à écouter l’Evangile prêché. Ce soir-là, quand l’invitation a été lancée, elle s’est avancée pour donner sa vie à Dieu.

Le contenu des chants a changé

Si l’on observe de près l’histoire de l’Eglise, on s’aperçoit que les chants d’appel au salut ont beaucoup contribué à la conversion des masses. Tous les grands évangélistes et les revivalistes avaient compris l’importance des chants d’évangélisation pour interpeller les auditoires quant à leur condition de pécheurs: de George Whitfield au 18e siècle à Kalevi Lehtinen au 20e siècle. De John Sung en Chine à Johann Marsbach aux Pays-Bas. Ils sont nombreux, les témoignages de ces «pécheurs notoires» qui ont justement été convaincus et terrassés au moment où l’Evangile était chanté.

Si le style de musique change en effet au fil du temps, le principe de chanter l’Evangile devrait rester. Que Dieu lève de nouveaux compositeurs qui écriront pour les auditoires d’aujourd’hui des chants d’invitation au salut! Depuis les célèbres «Tel que je suis» et «Tu peux naître de nouveau», ils se sont fait rares les compositeurs qui ont pris la relève. Pour je ne sais quelles raisons, certains grands thèmes de la Bible ont été retirés de nos répertoires de chants. Le retour de Jésus, l’enfer et l’appel à la mission, par exemple. Si l’on avait le malheur de passer une minute en enfer, les contenus de nos chants, de nos prédications, de nos livres chrétiens et de nos conférences ne ressembleraient pas à ce qu’ils sont aujourd’hui. Certaines Eglises n’ont pas mentionné le retour de Jésus depuis tant d’années que plusieurs de leurs membres seront les premiers surpris quand la trompette sonnera et que Jésus apparaîtra!

Toutes les mêmes?

Un missionnaire suisse, qui sert en France depuis longtemps, me confiait: «Je constate depuis quelques années que dans nos Eglises tout s’est uniformisé: le contenu de nos cultes, les instruments et nos chants. Il n’y a plus d’originalité. Toutes les Eglises se ressemblent.» Vers l’an 2000, il me semble qu’il y a eu comme un grand tournant dans le monde de la musique chrétienne francophone. De nombreux artistes ont abandonné ce qui faisait leur ADN. Au lieu de chanter pour ceux qui ne connaissent pas Jésus, ils se sont tournés exclusivement vers la louange. Ces artistes ont cessé leurs tournées d’évangélisation. Les concerts de louange ont remplacé les réunions d’évangélisation. Si la louange a évidemment sa place, elle ne doit en aucun cas effacer de nos Eglises ces artistes que Dieu a appelés à chanter l’Evangile.

Ce qui caractérisait les groupes comme Jude 25, Image ou le couple Danie et Moïse, c’est que non seulement ils chantaient pour des auditoires composés de non-chrétiens, mais ils avaient aussi leur propre style de musique. Comme l’a fait remarquer cet ami missionnaire suisse: «Nous avons fini par tous nous uniformiser.»

Récemment, je me trouvais avec deux amis missionnaires dans un restaurant. La conversation a tourné autour de la question: «Quel est le meilleur moyen pour atteindre les Français avec l’Evangile?» Le lendemain, j’ai peut-être trouvé un élément de réponse. Mon épouse et moi avons pris la route pour le village de Bergheim, près de Colmar. L’Eglise catholique en cette fin d’après-midi s’est vite remplie. Nous étions là pour assister au concert de la chorale Alsace Gospel Choir (photo), un ensemble de plusieurs dizaines de choristes chrétiens évangéliques, sous la direction de Don Grigg. Quelle soirée! Pendant près de deux heures, 350 personnes ont pu écouter la Bonne Nouvelle.

Le curé a relevé qu’il n’avait jamais vu autant de monde dans sa paroisse! Tous les chants en anglais étaient traduits en français sur un grand écran. Si chaque groupe gospel en faisait autant, les auditeurs pourraient ainsi lire l’Evangile. Don Grigg a sans aucun doute trouvé une clé: présenter Jésus au travers du gospel, un style de musique qui passe très bien en France. Au cours de la soirée, l’onction du Saint-Esprit était palpable. J’ai été ému jusqu’aux larmes par la beauté des chants, mais aussi de voir tant de Français - la plupart âgés - entendre la Bonne Nouvelle. Après les chants et leur contenu, j’aborderai, dans le prochain numéro du Christianisme Aujourd’hui l’importance de la prédication pour proclamer l’Evangile.

Timothée Paton

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Octobre 2022

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