Peste, Ebola, antisémitisme: les chrétiens face au retour des pestes
Le 2 octobre, Daria Chipilova, laborantine qui travaillait pour l’Institut de lutte contre la peste à Irkoutsk (Sibérie), est décédée d’une pneumonie non identifiée. Si les autorités russes démentent tout cas de peste ou de fuite de laboratoire, la presse indépendante du pays livre des informations contradictoires et évoque des mises en quarantaine dans plusieurs établissements de la région.
Le retour des masques, des quarantaines et le spectre de possibles confinements suffisent à réveiller les mauvais souvenirs de la crise du Covid. Et à alimenter divers fantasmes. D’autres épidémies bien attestées continuent de sévir dans une relative indifférence. C’est le cas d’Ebola, une crise oubliée, sans doute parce qu’elle ne touche pas notre continent. Elle frappe l’Afrique, au cœur de pays eux-mêmes déchirés par des guerres que l’attention publique a cessé de suivre, là où les besoins humanitaires restent pourtant immenses.
Publicité
La «peste brune», elle, n’est jamais vraiment partie et ses résurgences sont vertes, rouges et rouge-brun. L’antisémitisme n’a pas disparu d’Europe. Qu’il puise ses sources dans l’islamisme, dans une gauche radicale instrumentalisant le soutien à la Palestine, dans certains milieux confusionnistes alimentés par des idéologues comme Alain Soral ou encore dans une droite réactionnaire – allant parfois jusqu’à chercher une justification dans la tradition chrétienne –, cette peste-là menace constamment de refaire surface.
Les chrétiens dans les grandes épidémies
Face aux grandes pestes et épidémies qui ont fait tant de morts au fil des siècles, les chrétiens ont historiquement été en première ligne. Comme l’a démontré le sociologue des religions Rodney Stark dans L’Essor du christianisme (éd. Excelsis), lors des grandes épidémies des IIe et IIIe siècles, l’attitude des premiers chrétiens tranchait radicalement avec celle du monde païen.
Alors que beaucoup fuyaient les villes en abandonnant les mourants, les chrétiens restaient pour soigner leurs prochains. En apportant des soins élémentaires (de l’eau et de la nourriture) et une solidarité sans faille, ils ont réduit de manière drastique la mortalité au sein de leurs communautés. Paradoxalement, cette exposition aux malades, vécue dans l’entraide, leur a permis de développer une meilleure immunité collective, entraînant un taux de survie nettement supérieur à celui des autres sujets de l’Empire romain.
La peste noire qui a décimé l’Europe au XIVe siècle a mis au défi un christianisme cette fois hégémonique. Si des milliers de religieux se sont héroïquement sacrifiés pour soigner les pestiférés, une partie du peuple a cédé à la haine en faisant des Juifs les boucs émissaires de l’épidémie, accusés notamment d’empoisonner les puits. Il a alors fallu toute la lucidité et le courage du pape Clément VI pour tenter d’endiguer cette folie meurtrière. Dès septembre 1348, menaçant d’excommunication quiconque s’en prendrait aux Juifs, il rappelle dans une bulle solennelle l’absurdité du complot: le fléau ravage des contrées «où aucun Juif n’habite» et, là où ils vivent, «les frappe eux-mêmes tout autant que les chrétiens». Face aux pestes de notre temps, l’appel à soigner, à bénir, à aimer, à laver les pieds de nos contemporains demeure. Et à chercher inlassablement la paix, la justice et la vérité.
Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Novembre 2026
Pour poursuivre la lecture, choisissez une des options suivantes :