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Adoption: Guérir de la «blessure primitive»

L’adoption est un acte complexe, à la fois pour les parents mais surtout pour l’enfant, qui subit un déchirement puis une greffe.
serezniy – Depositphotos

En Europe, pendant des siècles, l’adoption répondait principalement au besoin d’assurer une descendance et de transmettre ses biens. Aux XIXe et XXe siècles, l’attention se déplace vers l’enfant: lorsqu’un couple ne peut pas en avoir, il en adopte un pour lui offrir une famille, une filiation et une seconde chance. Dans les années 1980, l’adoption internationale devient ensuite un phénomène de société et ce sont les travailleurs sociaux qui définissent les critères des «bons parents». En 1999, l’UNICEF et, en France, la CAF, mettent en avant la «politique de soutien à la parentalité». Puis dès 2004, on prend davantage en compte les ressources psychologiques et émotionnelles nécessaires pour accompagner l’enfant adopté et faire face aux traumatismes qu’il a pu subir. Malgré ces évolutions, au sein d’une même famille, le vécu des adoptés peut différer.

Pauline explique: «Moi je le prends bien, mais pas mon frère. Pourtant nous avons été choyés, avons eu les mêmes camarades, mais quelque part il ne s’en remet pas, avec toujours un vide intérieur incompréhensible.» Sandrine raconte également que pour elle, tout va bien, mais que pour son frère – avec qui elle a trois ans d’écart – «tout a toujours été très compliqué quand il était enfant. Adulte, il est devenu boulimique». «Quelques semaines avant mon anniversaire, j’ai comme une angoisse, un stress incompréhensible, comme si on allait m’oublier», détaille pour sa part Léa.

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Une séparation précoce qui marque à vie

L’arrivée d’un enfant, biologique ou non, ainsi que son éducation ne sont pas une mince affaire. Chacun aura sa sensibilité, son caractère, sa personnalité. Comme l’écrit Nancy Newton Verrier, thérapeute et conseillère en adoption, «le climat intra-utérin et la relation précoce à la mère biologique participent à la construction psychique de l’enfant». Selon son approche, la mère biologique s’inscrit dans l’histoire inconsciente de l’enfant. La séparation précoce pourrait alors constituer une blessure spécifique chez certains adoptés. Nancy Newton Verrier propose une notion intéressante: la «blessure primitive».

Ce mal-être est-il le propre des enfants adoptés? Finalement, leur est-il spécifique ou concerne-t-il chaque individu? À l’adolescence surgissent les conflits identitaires liés à la recherche de qui l’on est. Certes, ils peuvent être plus aigus pour l’enfant adopté qui, par exemple, ne sait toujours pas à qui il ressemble et surtout n’a pas connu cette «connexion génétique». D’où, sans doute, le sentiment qu’il lui manque quelque chose, sans toujours savoir quoi.

La thérapeute explique aussi qu’un bébé séparé de sa maman à la naissance n’a jamais eu «la sécurité de cette phase de vie, quand ses sentiments sont compris dans une danse symbiotique fluide avec la mère». Tout cela est difficile, douloureux voire cruel, comme en témoigne Carla: «J’ai toujours eu peur d’être abandonnée par ceux que j’aime. Mais au-delà de la douleur, il y a un chemin, si on a la volonté de s’en sortir – quitte à se faire aider par un spécialiste.»

Changer d’état d’esprit

Par ailleurs, Nancy Newton Verrier encourage à «se débarrasser de ce sentiment de victime». Il semble important de se choisir et désirer prendre la responsabilité de soi-même. Pour l’adopté, il est capital de faire le deuil de ces besoins d’enfant qui n’ont pas été comblés, «de l’aspect irrémédiable de ce que nous avons manqué», selon le psychothérapeute David Richo. Ce sont donc des étapes à franchir.

Sophie confie à ce sujet: «Psychologie et spiritualité me conviennent parfaitement. Sans honte, j’avoue avoir eu recours à des séances avec quelques psys pour faire le point et mieux rebondir. Ensuite, c’est une certitude, ma foi me sauve. Elle me donne un espoir, une envie de continuer. Dans ce qui m’arrive, j’essaie de faire un pas de côté, de positiver. Après, je reste une personne aux multiples failles et donc fragile. Je constate que l’amitié et l’amour des uns et des autres sont assurément mes meilleurs antidotes aux virus que sont parfois mes idées noires.» Elle conclut: «Comme une pièce de monnaie ne peut servir qu’une fois, je n’ai qu’une seule vie et je compte bien l’utiliser. Le passé est passé. Je refuse qu’il gâche mon avenir. Puisque Dieu a permis que je sois adoptée, alors autant en profiter.»

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