Trouver sa place dans une famille recomposée
«T’as rien à dire, t’es pas mon père!» La réplique, qui résonne dans de nombreux foyers recomposés, dit beaucoup de la difficulté pour un beau-parent de trouver sa place auprès d’enfants qui ne sont pas les siens. Si Bertrand n’a jamais entendu cette remarque de la part des deux enfants de sa conjointe, il reconnaît que sa place de beau-père est «inconfortable». «J’ai conscience qu’en cas d’incompatibilité forte entre ses enfants et moi, ses enfants passeront forcément avant moi. En tant que beau-père, on doit accepter d’être assis sur une sorte de siège éjectable», explique-t-il.
Une position délicate que Nathalie a également connue quand son compagnon et son fils se sont installés chez elle, sept ans après leur rencontre: «On vient de milieux différents et forcément, ça frotte un peu… L’équilibre est difficile, parce qu’on veut faire front avec son conjoint, mais il y a un conflit de loyauté pour les enfants.»
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Quand l’amour devient un choix
Pour Françoise Caron, présidente de la Fédération nationale des associations familiales protestantes, «l’enfant peut se sentir pris dans une loyauté impossible: si j’aime ce beau-parent, est-ce que je trahis mon père/ma mère? Le beau-parent, lui, peut se sentir rejeté. Il entre dans une histoire déjà écrite, parfois douloureuse. Il n’est ni un remplaçant, ni un figurant, mais un adulte qui choisit d’aimer sans avoir donné la vie. Sa vocation première est de soutenir son conjoint dans sa parentalité et d’offrir à l’enfant d’être un adulte fiable, bienveillant.» Bertrand, complétant son premier propos, confie que «cette légitimité en tant que nouveau compagnon et pas en tant que remplaçant du père» a été plutôt naturelle: «Nous avons eu des discussions en famille assez ouvertes sur le sujet.»
«L’autorité ne peut jamais précéder le lien»
La question de l’autorité a cependant été plus délicate, et il admet «laisser passer énormément de choses» qui le font tiquer. «Mon rôle n’est pas de travailler sur l’éducation, c’est le job des parents, mais je suis garant des règles de savoir-vivre au sein de mon foyer autant que la mère.» Françoise Caron confirme d’ailleurs que «l’autorité éducative reste d’abord celle du parent biologique. Le beau-parent vient en appui. Dans une famille recomposée, l’autorité ne peut jamais précéder le lien. La présence, les attentions, l’écoute sincère constituent le socle affectif indispensable. Car quand l’enfant se sent sécurisé affectivement, il devient possible de poser un cadre sans violence.»
Le conjoint est pourtant un être décisif, car il peut aussi agir comme un passeur de lien et médiateur en cas de problème de communication. Françoise Caron rappelle ici qu’être beau-parent, «c’est souvent aimer dans l’ombre, avec patience et espérance», sans vouloir aller trop vite dans l’autorité, l’intimité ou le besoin de reconnaissance. «La tendresse respecte les places, les rythmes, les blessures. Elle sait attendre.»
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