A-t-on vraiment des «amis» sur Facebook?
«Les réseaux sociaux sont devenus une partie intégrante du tissu même de notre société», affirme Jamie Schneider Domm, formatrice de «missionnaires d’internet» et stratège numérique. En effet, à la fin de l’année 2020, Facebook comptait 2,85 milliards d’utilisateurs actifs par mois et 1,88 milliards d’utilisateurs actifs par jour dans le monde. Des chiffres qui augmentaient encore début 2021, selon Le Journal du Net. Avec des réseaux sociaux comme celui-ci, «nous pouvons instantanément nous connecter avec des amis et de la famille du monde entier, partager nos idées et embrasser ce que signifie être humain». Mais peut-on réellement cultiver de véritables amitiés sur Facebook?
Des amitiés… virtuelles?
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Pour sa part, Chanté, 62 ans, ne croit pas que l’amitié sur Facebook ait une vraie valeur: «Être “amis” sur Facebook, pour moi, ça ne signifie pas grand-chose. Ce n’est souvent qu’un échange de photos, de mots et parfois d’hypocrisie. Les véritables amis, on ne les trouve pas là.» Pour Tamara, 28 ans, la plateforme reflète également davantage des connexions superficielles que des amitiés véritables. «En général, les personnes qui ont beaucoup d’amis sur Facebook ne parlent même pas aux trois quarts de ces gens-là», assure-t-elle. «Alors peut-on vraiment les appeler des amis? Sinon, un soi-disant “ami” est peut-être simplement là pour en augmenter le nombre… et booster son estime de soi.» Elle souligne en parallèle l’importance du temps et de l’intention pour qu’une relation virtuelle devienne une amitié authentique.
Guy, 36 ans, utilise le réseau pour rester en contact: «À mes yeux, l’amitié est très importante. J’entretiens et j’apprécie chaque interaction sur Facebook. Par contre, le plus important à mes yeux, c’est de communiquer sur Messenger. Avoir des amis sur Facebook me permet de ne pas perdre le contact avec des êtres chers et de retrouver des amis perdus en cours de route. Je prends le temps de les apprécier.»
Pour répondre à un besoin universel d’amour
Le spécialiste de l’approche philosophique des technologies numériques Stéphane Vial rappelle qu’au départ, «il s’agissait de développer des contacts entre étudiants [de l’université de Harvard, ndlr], mais ils ont voulu provoquer un attachement plus fort, plus affectif, et l’histoire leur a donné raison! Les usagers se sont précipités pour inventer toutes sortes de liaisons, allant de la camaraderie à la relation forte.» Facebook, comme tous les réseaux sociaux, continue de prospérer parce qu’il répond à un besoin universel: se connecter. Une recherche de 2018, menée par l’Université de Berkeley, montre en effet que les amitiés nouées en ligne peuvent être tout aussi profondes et significatives que celles vécues en personne, particulièrement lorsqu’elles reposent sur des intérêts communs.
Cependant, les témoignages montrent des perceptions contrastées. Certains y voient un moyen réel de préserver une relation, d’autres dénoncent des communications vides, et ces différences reflètent surtout les attentes individuelles envers l’amitié. Facebook reste pourtant un espace où chacun cherche un lien humain. Jamie Schneider Domm confirme: «Les humains, par nature, racontent des histoires, désirent une connexion et partagent des expériences et des idées. Les plateformes de médias sociaux ont saturé nos vies parce qu’elles répondent à ces besoins humains fondamentaux.»
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