L'article

«Les mots bleus», de Christophe

«Les mots bleus», de Christophe
 
22.06.20 - Ces Hits entrés dans l'histoire.
En nous quittant en avril dernier, Christophe nous a laissé une discographie étonnante, éloquente et variée, dont l’essentiel est très éloigné des succès doucereux de ses débuts, tels Aline. Son plus grand tube est certainement Les mots bleus, sorti en 1974 et écrit en collaboration avec Jean-Michel Jarre, dans lequel il livre une évocation poétique des peines de l’amour.
Mais ce texte détonne des bluettes des chanteurs à succès de l’époque. Pas d’amourette estivale, pas de plage ensoleillée, pas de femme fatale.
L’histoire se situe dans un contexte banal, familier. Tout le monde a connu le genre de vague à l’âme que décrivent les paroles. Un square plutôt vide en fin de journée dans une banlieue parisienne ou dans une ville de Province. Un vent froid qui souffle encore en avril. Un train de nuit. Un quai presque vide dans une gare anonyme.
Et qui est la fille extraordinaire qui fait battre le cœur de l’amoureux timide? Une employée de mairie. C’est elle qui réduit au silence l’éloquence du poète. Celui qui fait d’habitude virevolter les mots dans ses chansons se retrouve hésitant («Je m’élance et puis je recule») et privé de son vocabulaire habituel («Il faudrait que je lui parle à tout prix»). Il lui reste alors «les mots bleus», ceux «qu’on dit avec les yeux», c’est-à-dire la communication du regard et de la présence.
La plupart d’entre nous ne sommes pas des beautés qui orneront les couvertures des magazines ou des vedettes qui attirent les flashes des photographes. Nous sommes comme cette employée de mairie qui prend le train pour rentrer chez elle dans le vent du soir. Serions-nous néanmoins capables d’inspirer un amour tellement grand que le poète, celui qui fait normalement des prouesses avec ses mots, est réduit au silence en nous contemplant de son regard d’amour? En fait, c’est arrivé. Même le «plus petit» d’entre nous, le plus insignifiant, compte tellement aux yeux du Christ qu’il s’est tu, à Pâque, «comme un agneau que l’on mène à la boucherie».
Et comme le poète amoureux dans la chanson de Christophe, il nous attend, espérant notre attention, pour nous dire les mots «qui rendent les gens heureux». 

Jonathan Hanley

Commander ce numéro S'abonner

Alliance Presse est un groupe de presse indépendant, spécialisé dans la presse chrétienne.

Pour accomplir sa mission d'information de façon professionnelle, Alliance Presse dépend de la générosité de celles et ceux qui apprécient ses magazines et ses sites internet.

Je manifeste mon soutien à Alliance Presse en ajoutant un don de
    
 
Une faute d'orthographe, une erreur ou un abus dans les réactions: signalez-le à la rédaction.


Pas de réactions pour l'instant: soyez le premier à réagir sur cette page.

Saisir votre réaction

Se connecter/S'inscrire pour réagir
 
Crédits
Illustration/Photo: © DR
 
En savoir plus

Christophe: Les mots bleus

Il est six heures au clocher de l’église
Dans le square les fleurs poétisent
Une fille va sortir de la mairie
Comme chaque soir je l’attends
Elle me sourit
Il faudrait que je lui parle
A tout prix

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu’on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m’élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Qui briserait l’instant fragile
D’une rencontre, d’une rencontre

Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Je l’appellerai sans la nommer
Je suis peut-être démodé
Le vent d’hiver souffle en avril
J’aime le silence immobile
D’une rencontre, d’une rencontre

Il n’y a plus d’horloge, plus de clocher
Dans le square les arbres sont couchés
Je reviens par le train de nuit
Sur le quai je la vois
Qui me sourit
Il faudra bien qu’elle comprenne
A tout prix

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu’on dit avec les yeux
Toutes les excuses que l’on donne
Sont comme les baisers que l’on vole
Il reste une rancœur subtile
Qui gâcherait l’instant fragile
De nos retrouvailles, de nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Une histoire d’amour sans paroles
N’a plus besoin du protocole
Et tous les longs discours futiles
Terniraient quelque peu le style
 

Facebook
 
éditeur

Un site
d'Alliance Presse



 

x