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Covid-19 : Amour et vaccination, 9 raisons pour ne pas les confondre

La vaccination est-elle vraiment un acte d'amour ?
© iStock
Engagé dans un ministère au sein du monde évangélique, Jean Rama*, diplômé en immunologie et en théologie, réagit à la tribune du 5 août du Comité d’éthique protestant évangélique. Il remet en cause l'affirmation d'un lien de nécessité entre le commandement divin «d’aimer notre prochain» et l’action de «se faire vacciner contre le SARS Cov-2». Parti pris.
Jean Rama

[Article mis à jour le 15/08]

Ces derniers temps, de nombreux croyants, certainement bien-pensant, ont affirmé les choses suivantes: 

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«Oui, aujourd’hui, se faire vacciner est un acte qui relève de l’amour de Dieu, car il relève de l’amour du prochain : les deux commandements sont semblables. L’amour ne fait pas de mal au prochain» dit Paul. Or ne pas se faire vacciner, c’est être aujourd’hui une menace potentielle réelle pour notre prochain.»

«Lorsqu’il faudra lutter contre d’inévitables pandémies futures, contre le dérèglement climatique, contre les inégalités béantes entre populations de la Terre, l’exercice dissident de son propre libre arbitre ne sauvera aucun voyageur se décrétant passager clandestin pour mieux s’affranchir des nécessités et lois communes assumées par les autres.

Des nécessités et des lois communes ? Lesquelles ?

La réponse est simple.

Tu ne tueras point.

Tu te vaccineras.

Ou de façon moins biblique et plus républicaine, se faire vacciner, c’est être protégé et protéger les autres. Être vacciné c’est être «le gardien de son frère».

Être vacciné pour être enfin libre.»

Est-ce justifié?

Mais est-ce que de telles conclusions sont justifiées ou justifiables? Ne représenteraient-elles pas une approche caricaturale d’un problème pour lequel nous devrions être bien plus nuancés en tant que disciples du Christ?

Nous croyons malheureusement que de telles affirmations sont source de confusions pour les croyants et pourraient devenir une «menace potentiellement dangereuse» pour l’unité du corps du Christ.

Cette courte réflexion, certainement bien imparfaite, a pour but d’encourager un débat sur cette confusion actuelle entre l’action de «se faire vacciner contre le SARS Cov-2» et le commandement divin «d’aimer notre prochain». Par souci de clarté, nous le disons dès le début de notre réflexion, nous sommes «pour» la liberté de se faire vacciner ou de ne pas se faire vacciner. 

Une courte analyse critique

Notre réflexion se veut donc être simplement une courte analyse critique (ouverte à tout débat) des récentes communications qui affirment de façon bien trop péremptoire que le fait de «se faire vacciner» serait une conséquence nécessaire de notre «amour envers notre prochain». 

Pour être encore plus précis et mettre en lumière dès le début de notre argumentaire ce que nous croyons être le nœud d’une telle confusion, il est important de saisir que la validité de telles affirmations repose sur une prémisse que les auteurs n’ont pas pris le soin de démontrer de façon rigoureuse. Cette prémisse est un lien de nécessité exclusive qui existerait entre le fait d’«aimer son prochain» et le fait de «se faire vacciner». Dit autrement, afin de légitimer leurs affirmations, il aurait fallu que les auteurs démontrent deux choses implicites et nécessaires à ce «lien de nécessité exclusive»:

  1. La nécessité : La vaccination actuelle contre le Covid-19 est une conséquence «nécessaire» à la pratique de l’amour de notre prochain. C’est-à-dire que l’action d’aimer notre prochain doit produire de façon immanquable la vaccination, ou dit d’une autre manière, qu’en toute logique, l’amour de notre prochain, de nos jours au sein de cette épidémie, ne peut exister sans la vaccination (lorsque celle-ci est accessible à la personne).
  2. L’exclusivité : La vaccination contre le Covid-19, dans le contexte de la question épidémique, est l’unique conséquence «nécessaire» de notre amour vers le prochain, il n’existe pas d’autres conséquences «nécessaires» alternatives.

Or, pour démontrer cela, il faudrait alors au minimum deux choses:
a) Démontrer scientifiquement que le seul fait de ne pas être vacciné représente un potentiel danger sanitaire envers notre prochain. 

b) Démontrer rationnellement que nous ne possédons aucun autre moyen alternatif (autre que la méthode préventive du vaccin) pour empêcher le caractère inévitable de ce danger. 

Au travers des 9 points suivants, nous allons malheureusement voir que ce lien de nécessité exclusive n’est en fait pas démontrable objectivement. 

1. Il est impropre, voire mensonger, de déclarer à notre prochain que seules les personnes non vaccinées seraient une «menace potentielle réelle» pour lui

Assigner une «potentialité», concernant la dangerosité liée à la transmission de la maladie du Covid-19, exclusivement aux non-vaccinés est tout simplement faux. Les dernières études scientifiques (comme le souligne par exemple le CDC dans ses dernières directives à l’égard des vaccinés) démontrent que les vaccinés transmettent eux aussi le virus lorsqu’ils tombent eux aussi malades. En effet, comme le souligne le Conseil d’état ou le Vidal, le risque de tomber malade (avec des formes peu graves) est aussi une réalité pour les vaccinés. C’est donc une erreur de logique d’affirmer que seuls les non vaccinés peuvent être malades, et seraient donc les uniques «transmetteurs» potentiels du virus SARS Cov-2. Et c’est ainsi une erreur de parler de «menace potentielle réelle» uniquement pour les non-vaccinés. A l’heure actuelle, vaccinés et non-vaccinés sont concernés par ce «danger». Il est donc évident qu’une personne vaccinée pourrait être elle aussi une «menace potentielle réelle» vis-à-vis de son prochain.

Pas tous égaux face à cette maladie

Mais au-delà de cela, est-ce que l’expression «menace potentielle dangereuse» ne serait pas disproportionnée? En effet, non seulement nous ne sommes pas tous égaux face à cette maladie qui touche principalement les personnes âgées et les personnes ayant des comorbidités, mais en plus de cela, il est important de le rappeler, la létalité moyenne du Covid-19 serait (selon le Pr Loannidis) de l’ordre de 0.15 %.

Nous sommes donc face à une réalité létale mesurée qui n’a rien à voir avec, par exemple, le virus Ebola qui possède une létalité moyenne de 50%. Il nous semble donc que la «dangerosité» de ce virus devrait être ainsi plus nuancée face au spectre large des maladies virales respiratoires actuelles et ainsi nous encourager à la prudence dans les mots que nous utilisons. Ceci devrait donc pousser les rédacteurs des avis cités au début de notre réflexion à user de plus de nuances dans les termes utilisés.

2. Il n’est pas sage de vouloir faire croire à notre prochain que les vaccins ARN actuels jouissent d’une parfaite efficacité et d’une parfaite innocuité

Les vaccins Pfizer et Moderna sont actuellement en phase 3, une phase qui se terminera en 2022-2023. C’est pour cela qu’ils ne jouissent que d’une autorisation de mise sur le marché conditionnelle. Il est donc erroné de vouloir faire croire à nos frères et sœurs que ces vaccins jouissent actuellement d’un recul équivalent aux vaccins contre le BCG par exemple. De plus, la pharmacovigilance actuelle n’est qu’à ses débuts et de plus en plus d’effets secondaires sont notifiés; d’ailleurs, certaines choses (comme la génotoxicité) n’ont pas été testées. De plus, il serait caricatural d’affirmer que ces derniers représenteraient l’unique solution au sein de notre arsenal médical actuel pour lutter contre cette maladie.

3. Il n’est pas sage d’inciter notre prochain à prendre des décisions disproportionnées : L’acte vaccinal est un acte médical important qui se doit d’être bénéfique pour le patient et proportionnel à la dangerosité hypothétique contre lequel il désire lutter (balance bénéfices-risques)

Dans tout acte médical, la ligne de conduite se doit toujours de suivre cette devise si importante à la médecine «primum non nocere» («en premier ne pas nuire»). Cette ligne de conduite nous encourage donc à toujours bien observer une juste et saine proportionnalité entre les outils médicaux utilisés vis-à-vis du problème auquel nous désirons remédier.

Lorsque nous incitons une personne à se faire vacciner «pour protéger l’autre», une telle démarche est malheureusement bien trop réductionniste : cela pourrait être un acte dangereux (pour sa santé) alors déguisé en un acte altruiste.

Réflexion sur la question de l’altruisme

Il est vrai que la bible ne nous encourage pas à dénigrer l’intégrité ni de notre corps ni du corps de notre prochain. Cependant, nous ne sommes pas responsables de la même manière pour chacune de ces deux choses.

En fait, la question de la balance «bénéfices-risques» (dans le cas de la vaccination) se révèle être une équation à deux variables d’importance différente:

  • La variable de «l’intégrité de mon corps» : Cette première variable est une variable de premier ordre qui implique une responsabilité directe. Dans le contexte de la question de la santé, nous sommes directement responsables de l’intégrité de notre corps car l’ensemble de nos actions possède des conséquences directes sur notre corps. La vaccination fait ainsi parti de ces actions dont nous sommes directement responsables vis-à-vis de l’intégrité de notre corps.
  • La variable de l’intégrité du corps de mon prochain dans mes interactions avec lui : Cette seconde variable, dans le cadre de la vaccination, est une variable de second ordre qui peut «potentiellement» impliquer une responsabilité, mais une responsabilité indirecte. Dans le contexte de la question de la santé, nous ne sommes potentiellement alors qu’indirectement impliqués dans la question de l’intégrité du corps de notre prochain. En effet, c’est avant tout notre prochain qui est premièrement responsable de l’intégrité de son corps, et cela alors qu’il évolue dans un contexte où s’entremêle une somme de facteurs plus ou moins directs (dont ma présence). Ce sont ces facteurs qui peuvent alors avoir une incidence plus ou moins élevée sur la santé de notre prochain, des facteurs vis-à-vis desquels il peut lui-même avoir plus ou moins de contrôle (d’où la question de potentialité).

De plus, chacune de ces variables dépendent de l’âge, de l’arrière-plan médical, du lieu de vie et du lieu de travail du patient etc.

Il est donc réducteur et inconsidéré de vouloir affirmer à l’ensemble des chrétiens (composé de personnes de différents âges, de différents arrière-plans médicaux, de différents lieux de vie, de différents lieux de travail…) que s’ils désirent marcher dans l’amour du prochain, il se doivent de se faire vacciner. Ceci est une grave erreur qui ne prend pas la réalité compliquée de cette «équation» que nous venons de décrire. Par exemple, est-ce qu’un jeune croyant de 13 ans sera obligé de se faire vacciné s’il désire «aimer son prochain»? Qu’en est-il des effets indésirables liés à sa classe d’âge et sa condition médicale actuelle? 

4. Aimer son prochain ne consiste pas à approuver ou conforter ses peurs lorsque celles-ci ne sont pas rationnelles 

Aimer son prochain n’est pas un acte dans lequel Dieu me demande de répondre favorablement à l’ensemble des craintes de mon prochain. En effet, les craintes de mon prochain liées à mon statut vaccinal sont irrationnelles (puisqu’un vacciné peut tomber lui aussi malade du Covid-19). Ce n’est donc pas un acte d’amour de l’encourager dans une peur irrationnelle qui le mènerait à considérer les non-vaccinés comme des personnes malades.

5. Aimer notre prochain ne consiste pas à l’encourager à croire au mensonge qu’une protection complète lui serait offerte par le vaccin actuel

Comme nous l’avons souligné au point n°2, le vaccin n’offre ni une efficacité complète ni une parfaite innocuité. Notre responsabilité chrétienne est de toujours marcher dans la vérité en évitant les approximations afin de pouvoir diriger la décision de notre prochain. La vaccination est un acte médical qui nécessite un consentement «libre» et «éclairé». La «lumière»  est ce qui doit définir le peuple de Dieu, y compris dans le domaine de l’éthique médicale. Il aurait été bienvenu que les auteurs des textes cités au début aient exprimé de façon claire et limpide que les vaccins actuels ne fournissent en aucun cas une efficacité complète et qu’ils peuvent entrainer des effets secondaires.

6. Aimer notre prochain c’est le laisser libre dans l’exercice de sa responsabilité

Il est vraiment dommage que certains croyants aient à ce point négligé la liberté que possède chaque croyant de se faire vacciner ou non. En effet, comment pouvons-nous parler encore de liberté lorsque nous citons un «commandement biblique» pour justifier un «acte médical»? Comment un croyant respectueux de la Parole de Dieu ne se sentirait pas «obligé» de suivre une telle chose ? N’y aurait-il pas là une forme de chantage ? (voir point n°8)

7. Aimer notre prochain c’est ne pas lui offrir une perspective biaisée et réductrice de la façon dont il peut exercer son amour et sa responsabilité au sein de l’épidémie actuelle

Tout d’abord, lorsque nous discutons de la vaccination contre le SARS Cov-2, il est important de ne jamais affirmer que le débat se réduirait simplement à «pour» ou «contre» la vaccination. Ceci est une grossière erreur. En effet, dans une approche scientifique, nous nous devons de nous poser de nombreuses questions telles que : Quel type de vaccin? Quel genre d’immunité recherchée? Quels composants sont utilisés? Quelles sont les contre-indications? Quel est le profil du futur vacciné? Son âge? Son arrière-plan médical? Son lieu de vie? etc.

De plus, il serait tout autant réducteur de dire que le vaccin est l’unique solution pour lutter contre cette maladie (auto-confinement et gestes barrières, traitements précoces, traitements lors des premières phases de la maladie …) .

Une preuve «possible» de mon amour

En fait, il est important de réaliser que la vaccination pourrait être en fait une preuve «possible» de mon amour, mais alors une possibilité parmi d’autres possibilité pour manifester mon amour envers mon prochain. En effet, mettre un masque FFP2 lorsque je vais visiter des personnes âgées ou immunodéprimées, être consciencieux dans le respect des gestes barrières, veiller à la santé psychologique et physique de mon prochain, m’auto-confiner si je tombe malade (tout en consultant mon médecin généraliste et en suivant sérieusement ses prescriptions) sont autant de manifestations possibles de mon amour envers mon prochain.

Cela aurait été donc plus juste, et pastoralement plus avisé, de pouvoir décrire un ensemble de choses « possibles » à faire, au sein de cette épidémie, afin de démontrer mon amour pour le prochain (lorsque je suis alors bien-sûr animé de saintes motivations). Cela aurait été bien plus préférable et profitable que de limiter cela de façon assez tyrannique à une seule chose : Le vaccin. Il aurait été alors mieux d’affirmer que la vaccination est une preuve «possible» mais «non nécessaire ni suffisante» de mon amour envers mon prochain.

8. Aimer notre prochain c’est de ne pas lui faire croire que la «vaccination» serait aussi importante que l’observance d’un commandement divin au sein de sa vie de piété

«Aimer son prochain» est un «ordre» de notre Seigneur qui se doit d’être nécessairement manifesté dans la vie des croyants. Une personne qui refuserait de le faire avec persistance démontrerait alors une incompréhension de l’évangile et de l’obéissance qui en découle. «Aimer son prochain» se définit comme une manifestation nécessaire d’une juste compréhension de l’évangile du Christ. 

Ainsi, si le fait se faire vacciner est équivalent à «aimer son prochain» (un commandement), est-ce que cela impliquerait alors que le fait de ne pas se faire vacciner serait un péché? Et si c’est le cas, et que la personne ne se repent pas (elle ne désire toujours pas se faire vacciner après de multiples exhortations fraternelles), est-ce que cela veut dire qu’elle serait dans une position d’apostasie? Devrait-elle alors être disciplinée dans son église locale? 

Nous voyons là, au travers d’un raisonnement par l’absurde, la limite de cette affirmation qui voudrait rendre égal le fait d’«aimer son prochain» et de «se faire vacciner». 

L’acte vaccinal pas éthique «en soi»

Cette limite souligne qu’un tel raisonnement est potentiellement, voire réellement, dangereux et toxique à la fois pour l’unité du corps de Christ mais aussi pour la juste conception de notre marche dans la sainteté. Puisque, à l’heure actuelle, il ne peut être établi scientifiquement que la vaccination actuelle me protège complètement (sans effets secondaires graves) et qu’elle protège complètement mon prochain d’un danger réel et actuel pour lui (tout le monde ne développe pas une forme sévère et des personnes âgées vaccinées peuvent développer des formes graves), nous nous devons alors de bien comprendre que l’acte vaccinal (l’injection vaccinale en tant qu’acte médical préventif) ne peut pas constituer «en soi» un acte éthique démontrant notre amour du prochain. 

Quelles intentions ou ambitions derrière l’acte vaccinal?

De plus, et ceci est le fondement de notre marche chrétienne, nous nous devons de souligner que ce sont les «intentions» et les «ambitions» derrière cet acte vaccinal ou ce non-acte vaccinal qui possèdent de façon bien plus profonde une dimension éthique. Une personne pourrait se faire vacciner, ou ne pas se faire vacciner, avec des bonnes ou des mauvaises intentions et c’est précisément cela qui sera louable ou répréhensible aux yeux de Dieu… et non le seul acte de vaccination ou de non-vaccination. 

Si une personne responsable décide de ne pas se faire vacciner avec de bonnes raisons (pour des raisons scientifiques, médicales etc…), et que cette même personne est aussi une personne «responsable» en cas de maladie (auto-confinement, prise de traitements précoces etc …); et bien, ce n’est pas en se vaccinant qu’elle obéira plus à Dieu (aimer son prochain). Son obéissance ne dépendra pas de son statut vaccinal. Sa sainteté ne dépendra pas de son statut vaccinal.

9. Le labyrinthe moral de la vaccination: Est-ce que la vaccination est nécessairement un acte éthique binaire?

Cette question dépasse notre argumentation portant sur le lien de nécessité exclusive entre l’acte vaccinal et l’amour du prochain. Cependant, bien qu’elle s’en distingue, nous ne croyons pas que, en tant que disciple du Christ, nous devions les séparer.

Tout d’abord, il est peut-être intriguant, à première vue, de conférer une caractéristique éthique à l’acte vaccinal. Cependant, la vaccination est un acte accompli par des personnes morales envers des personnes morales. La vaccination, comme tout acte médical, peut alors revêtir une dimension éthique autant chez celui qui accompli l’acte médical que chez le patient qui reçoit cet acte à la suite d’un consentement libre et éclairé. 

En ce qui concerne le patient, puisque la décision prise par ce dernier de se faire vacciner ou non implique une responsabilité directe vis à vis de l’intégrité de son corps et une potentielle responsabilité indirecte vis à vis de l’intégrité du corps de son prochain (voir point n°3), la dimension éthique de celle-ci pourrait être décrite selon les deux dimensions suivantes :

  • [Dimension éthique personnelle] Si le patient a été convenablement informé à propos de (1) la maladie dont il désire se protéger, et (2) des bénéfices et des risques médicaux du vaccin par rapport à ses propres antécédents médicaux : Est-ce que le patient a pris une décision cohérente et rationnelle au vu de ces informations? Est-ce que cette décision honore sa responsabilité de veiller sur l’intégrité de son corps?
  • [Dimension éthique interpersonnelle] Si le patient a été convenablement informé à propos des bénéfices et des risques (découlant de son acte vaccinal) vis-à-vis des personnes qui l’entourent dans son lieu de vie et de travail: Est-ce que le patient a pris une décision cohérente et rationnelle au vu de ces informations? Est-ce que cette décision honore à la fois sa responsabilité première de veiller sur l’intégrité de son corps (risques encourus au travers de ses contacts au sein de ces différents lieux) et sa responsabilité secondaire sur l’intégrité du corps de son prochain (risques qu’il peut faire encourir aux personnes présentes dans ces différents lieux où il est présent)?

Réflexion sur l’inégalité de ces deux dimensions

Bien que nous puissions comprendre les intentions altruistes louables de ces auteurs égalant alors «vaccination» et «amour du prochain», il est important de toujours nous rappeler que la vaccination est un acte médical dont les premières répercussions immédiates sont pour le vacciné qui est alors en «bonne santé». 

L’intégrité du corps de notre prochain n’est qu’une seule des deux variables, et c’est une variable qui ne peut être placée au même niveau que celle de l’intégrité de notre corps. Comme nous l’avons vu au point n°3 avec la question de variable directe/indirecte, les conséquences sur l’intégrité du corps de notre prochain sont plus de l’ordre de la potentialité (question de la contagiosité potentielle qui est soumise à plusieurs facteurs indépendants), alors que les conséquences de notre acte vaccinal sur notre corps font parties de la dimension de la nécessité (nous vivrons nécessairement les conséquences de cet acte médical, bonnes ou mauvaises). L’équation éthique de notre décision ne peut être alors résolue que lorsque ces deux variables sont prises en compte de la bonne manière, et en particulier en ne les mettant pas sur un pied d’égalité.

Réfléchissons avec une seule dimension

Si un traitement médical possède une balance bénéfices-risques positive pour moi, alors que je fais face à une certaine pathologie, il est donc «sage» que je suive ce traitement à la lumière des informations qui m’ont été données. Cependant, si la balance bénéfices-risques est mauvaise, ce sera aussi faire preuve de sagesse de ne pas suivre ce traitement. 

Maintenant, face à une maladie dont nous ne sommes pas encore atteints et dont les risques sont faibles pour une personne de notre âge et de notre condition physique, si un traitement vaccinal nous est proposé et que la balance bénéfices-risques ne nous est pas favorable, serait-ce «insensé» de refuser le vaccin? Nous ne le croyons pas. 

Prenons ensuite le cas où non seulement la balance bénéfices-risques du traitement soit négative mais les symptômes de cette maladie dont je suis atteint soient aussi très éprouvants : Serait-il alors «insensé» de vouloir prendre le «risque» de suivre ce traitement? Nous ne pouvons répondre de façon catégorique à cela, car il s’ajoute à ces cas plusieurs autres facteurs à prendre en considération (comme dans le cas de traitements expérimentaux pour des maladies orphelines). 

Réfléchissons avec les deux dimensions

Si la balance bénéfices-risques de «notre» vaccination est réellement négative pour nous mais les répercussions indirectes qui en découlent pour notre prochain sont potentiellement positives, serait-ce «insensé» de refuser le vaccin? Nous ne le croyons pas. Nous croyons que «l’actualité» d’un danger (pour la personne considérant la vaccination) doit avoir la priorité sur la «potentialité» d’un danger (pour le prochain). 

Maintenant, si la balance bénéfices-risques de «notre» vaccination est négative pour nous mais les répercussions indirectes qui en découlent pour notre prochain sont réellement positives (comme dans le cas d’un conjoint immunodéprimé), serait-ce «insensé» de refuser le vaccin ? Il est difficile d’y répondre, car qu’en est-il de la volonté du conjoint immunodéprimé vis-à-vis de l’autre? Serait-il prêt à accepter le risque encouru par son conjoint qui devrait se faire vacciner? Il n’y a là pas de réponse simple et directe.

La décision vaccinale est ainsi un labyrinthe éthique qui nous pousse à l’humilité et celui-ci nous encourage à ne pas la rendre équivalente, de façon bien trop simpliste (voire manichéenne), à une question dont la réponse binaire universelle serait : «La vaccination c’est bien» et «la non-vaccination c’est mal».

10. Conclusion

C’est entre autres pour ces neuf raisons que nous trouvons déraisonnable et dommageable pour le corps du Christ que certains puissent affirmer sans nuance et de façon erronée que le fait d’aimer son prochain doive se manifester nécessairement et exclusivement dans un acte vaccinal. Un tel lien de nécessité et d’exclusivité ne peut être démontré. 

La vaccination actuelle contre le Covid-19 ne peut être une conséquence nécessaire exclusive à la pratique de l’amour de notre prochain car nous avons pu voir que : 

  1. [Points n°1-3,9] Il n’est pas démontré scientifiquement que le seul fait de ne pas être vacciné représente un potentiel danger sanitaire. Au contraire, vaccinés et non-vaccinés peuvent représenter une « menace dangereuse potentielle ». De plus, dans certains cas, la balance bénéfices-risques de la vaccination n’étant pas positive, c’est le vaccin lui-même qui peut se transformer en une menace dangereuse potentielle pour la personne vaccinée.
  2. [Point n°8] Il n’est pas démontré rationnellement que nous ne possédons aucun autre moyen alternatif (autre que la méthode préventive du vaccin) pour empêcher le caractère inévitable de ce danger. En effet, il existe d’autres alternatives pour prendre soin de la santé de notre prochain. La vaccination n’est donc pas la démonstration nécessaire et exclusive de notre amour du prochain face au danger de le Covid-19. Prendre soin de son prochain pour l’aimer est une réalité plurielle qui tire sa source dans les motivations de notre cœur et qui peut se manifester de diverses manières. 
  3. [Point n°9] Nous avons pu voir que la question de la vaccination ne peut être comprise de façon bien trop simpliste comme une question binaire universelle. L’éthique propre à l’acte médical de la vaccination est un vrai labyrinthe qui nous pousse à l’humilité et rend ainsi totalement illégitime cette approche altruiste excessive qui voudrait rendre égale «vaccination» et «amour du prochain».

Nous croyons donc que l’Eglise locale se doit de manifester avec humilité la liberté dans l’amour de Dieu et de son prochain. L’un ne détruit pas l’autre, mais les deux sont appelés à s’accorder «coram deo» dans la poursuite d’un profond «soli deo gloria». 

Nous croyons aussi que l’Eglise ne doit jamais oublier qu’aimer l’autre au sein de notre société est avant tout de lui annoncer la bonne nouvelle du Christ mort et ressuscité. C’est en effet uniquement en lui qu’a été inaugurée cette nouvelle création libérée du mal et de la souffrance, une nouvelle création dont nous attendons la pleine manifestation lorsque lui, Jésus-Christ, reviendra.  D’ailleurs, la recherche éperdue d’un hypothétique paradis sanitaire hygiéniste au sein de cette terre brisée par le mal et la souffrance ne serait-il pas, au mieux, un désir bien trop hâtif du renouvellement de cette terre, au pire, une idolâtrie… celle de notre santé.

Jean Rama (nom d’emprunt, connu de la rédaction)

Centre de vaccination à Paris, en juin 2021
Centre de vaccination à Paris, en juin 2021

Annexe

Déclaration de la Commission d’éthique protestante évangélique publiée le 5 août 2021

Pour l’amour de Dieu et de votre prochain, faites-vous vacciner !

La gravité de la situation sanitaire, provoquée par cette nouvelle vague du Covid, le niveau de désinformation véhiculée sur les réseaux sociaux, y compris par des chrétiens, le degré d’animosité qui règne sur ce sujet qui porte atteinte à la fraternité chrétienne dans les Églises et humaine dans notre pays nous amènent nous, Commission d’éthique protestante évangélique, à sortir de notre réserve, à lancer un appel à se faire vacciner d’urgence contre le Covid-19 et à faire un certain nombre de mises au point théologiques, éthiques, et fraternelles.
Nous appelons d’abord les chrétiens à ne pas nier la gravité de cette maladie ni l’efficacité, prouvée, de la vaccination pour en éviter les formes graves. Nous les appelons aussi à pratiquer sur ce sujet un dialogue guidé par l’amour, où nous pouvons dire nos peurs et nos craintes, voire nos colères, sans nous laisser enfermer dans des monologues anti-vaccinations qui ne portent pas l’empreinte de la sagesse selon Dieu, qui est porteuse de paix.

Oui, aujourd’hui, se faire vacciner est un acte qui relève de l’amour de Dieu, car il relève de l’amour du prochain : les deux commandements sont semblables.

«L’amour ne fait pas de mal au prochain» dit Paul. Or ne pas se faire vacciner, c’est être aujourd’hui une menace potentielle réelle pour notre prochain.

Non, l’obligation vaccinale n’est pas la marque d’une dictature. Le BCG et le vaccin contre la polio sont obligatoires et n’ont pas changé notre régime politique démocratique. En revanche, ils ont permis l’éradication de deux maladies redoutables : la tuberculose et la polio. Interrogeons nos anciens qui ont encore la mémoire de ces fléaux.

Oui, le «passe sanitaire» pose des problèmes éthiques de discrimination des personnes, de respect de la vie privée et nous chrétiens, avec d’autres, nous devons rester attentifs et veiller à l’équilibre entre liberté et sécurité sanitaire.

Mais non, se faire vacciner ou adopter le passe sanitaire, ce n’est pas recevoir la «marque de la bête». Ce contre quoi l’Apocalypse de Jean mettait en garde les chrétiens du premier siècle, c’est un acte d’allégeance à un pouvoir qui prend la place de Dieu. Le mot «marque» en grec est le même que celui désignant le sceau de l’empereur romain de l’époque. Oui ce danger existe encore aujourd’hui sous plusieurs régimes, mais l’obligation vaccinale dans notre pays n’entre pas dans ce cadre.

Nous chrétiens qui sommes vaccinés, et qui bénéficions du passe sanitaire, nous n’avons fait allégeance à aucun pouvoir et nous n’adorons personne d’autre que Dieu. Nous avons simplement fait preuve de bon sens et d’amour de notre prochain.

Non, se faire vacciner ne s’oppose pas à la proclamation de l’Évangile. Au contraire, car la vaccination favorise une libre circulation des personnes, favorable à la circulation de l’Évangile !

Oui, on peut avoir des craintes, des réticences par rapport à une innovation biotechnique comme les vaccins à ARN, mais parlons-en à notre médecin traitant, qui doit nous donner une information juste et sincère, et faisons-lui confiance, d’autant qu’il existe plusieurs solutions vaccinales dans notre pays.

Non, se faire vacciner aujourd’hui, ce n’est pas être un cobaye, car de nombreux essais cliniques ont été menés en amont de la commercialisation de ces vaccins.

Oui il y a suffisamment de recul, y compris sur les vaccins à ARN, quand des millions de personnes ont été vaccinées.

Oui, aujourd’hui la pandémie de Covid frappe gravement des non-vaccinés, y compris des jeunes voire des  enfants  (Brésil)  et  les  populations  des  pays  qui ne bénéficient pas de vaccins. En France les services de réanimation sont actuellement en voie de saturation par des malades non-vaccinés, qui représentaient, au 11 juillet 2021 près de 85 % des malades hospitalisés pour Covid-19.

Oui cette pandémie est mondiale et appelle à un devoir de solidarité entre les pays pour la juguler par des vaccins fiables, sûrs et économiquement accessibles à tous. C’est pourquoi nous sommes éthiquement favorables à la levée des brevets sur ces vaccins, et à une libéralisation de l’accès aux moyens de les fabriquer, d’autant que le coût de leur recherche-développement par les laboratoires a été financé par les États.

Alors, nous qui le pouvons, faisons-nous vacciner pour l’amour de Dieu et de notre prochain.

Pasteur Luc Olekhnovitch (UEELF), président, Pasteur Louis Schweitzer (FEEBF), professeur d’éthique, ancien membre du CCNE, Pasteur Erwan Cloarec (FEEBF), Pasteur Marjorie Legendre (UEEL), professeur d’éthique, Dr Joël Petitjean (UNEPREF), Alain Lombet, ancien chercheur à l’INSERM, représentant du CNEF, Frédéric de Coninck, sociologue.

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