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Le problème d’une Eglise post-covid habituée au canapé

Petit groupe étudiant la Bible
© iStock
La pandémie a chamboulé le rapport des chrétiens à l’Eglise. Les lieux de culte ne se remplissent plus autant qu’avant et les célébrations par écran sont devenues des habitudes qui après le frémissement des débuts, finissent par lasser. Enquête à l’heure d’un début de retour à la normale.
David Métreau

«Après les multiples confinements, les couvre-feux, les distanciations et les jauges imposées, l’Eglise n’est plus la même. Au cœur de mon ministère, j’ai su que plus rien ne serait comme avant et que notre vieille façon de fonctionner était révolue.» Tels sont les mots du pasteur Joseph Pierre dans le dernier chapitre de son ouvrage Vivre l’Eglise autrement (éd. RDF). Selon lui, ces événements semblent avoir une raison bien précise visant à «l’édification de l’Eglise, à son perfectionnement et à sa préparation d’épouse céleste».

Hausse de la consommation

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«Il y a potentiellement entre 30 et 50% de chute de fréquentation dans les Eglises évangéliques en Europe francophone. C’est une crainte que j’entends un peu partout», déclare Eric Zander, pasteur de la Communauté chrétienne alternative à Gembloux près de Namur, en Belgique. 

Lui ne cède pas à ce vent de panique et voit même la pandémie comme un événement «extrêmement providentiel pour les Eglises, car il oblige à réfléchir». «La pandémie crée un espace privilégié pour une remise en question plus profonde.» Entamée avant la crise, sa réflexion, il l’a vécue pratiquement au sein de son assemblée locale avant de la mettre sur papier, dans le livre L’Eglise sans les murs (éd. Maison de la Bible), publié au printemps.

«La pandémie a mis en avant un accent assez fort sur une Eglise de consommateurs avec l’essor des cultes en ligne dont le nombre de vues a explosé. Cela peut être pratique, mais c’est aussi un grand danger. On peut zapper la prédication, passer les chants en boucle. Mais ce n’est pas l’Eglise. Etymologiquement, l’Eglise c’est l’assemblée, le groupe de personnes réunies pour adorer Dieu», note l’auteur.

Plaidoyer pour une Eglise «participative»

Face au modèle d’Eglise «consommation», Eric Zander prône une Eglise «participative». Il compare les Eglises à des magasins, dont certaines ressemblent à des épiceries de centre-ville et d’autres à des hypermarchés en périphérie. «Techniquement, les deux modèles peuvent cohabiter, mais sur le plan éthique ou des valeurs, qu’est-ce qu’on garde, le circuit court? C’est la même chose pour l’Eglise. Est-ce que Dieu veut des disciples ou des consommateurs? Qu’est-ce qui est bon pour le Royaume de Dieu?»

Un tri est en train de se faire, d’après Joseph Pierre, entre les consommateurs qui veulent qu’on s’occupe d’eux et les disciples qui veulent être l’Eglise s’engageant à être «l’expression de Dieu sur la terre». Entre Eglises de maison et Eglises Internet «par écrans interposés et sans contact», le pasteur normand a l’humilité de dire qu’il ne sait pas de quoi l’avenir sera fait: «Une chose est sûre, Dieu sait ce qu’il a prévu. Il n’est jamais pris au dépourvu.» Comme dans une barque en pleine tempête, il encourage les chrétiens à d’abord faire confiance en Dieu, à rechercher sa face. 

Favoriser les petits groupes?

De son côté, le pasteur et conférencier Luc Henrist ne comprend pas pourquoi on devrait se précipiter pour se revoir physiquement en grande assemblée. Il note que les gens ont pris l’habitude de ne plus se déplacer. «Dans le Nouveau Testament, l’Eglise n’est jamais une dénomination, mais un rassemblement de personnes, réparties dans différents groupes de maisons, qui passaient du temps ensemble, “rompaient le pain ensemble”.» Il regrette que bien des chrétiens ne soient que trop attachés à l’une de leurs 40 000 dénominations, plutôt qu’à des relations fraternelles de proximité.  

La mise en pause de nombreuses activités d’Eglise est une occasion pour lui de réfléchir à des questions d’éternité. «Peut-être que nous avons fait fausse route. Au lieu d’adorer Dieu en Esprit et en vérité, peut-être avons-nous adoré nos pasteurs, nos responsables…» Selon Luc Henrist, l’Eglise post-covid ou le futur de l’Eglise n’est pas ballotté par l’air ambiant du monde mais plutôt une Eglise «qui revient à ses racines, qui se rapproche du peuple de Dieu et d’Israël». 

Encourager le chrétien actif et responsable

A plus large échelle, pour répondre à une vague de persécution, les petites communautés seraient par exemple plus pertinentes que de grands rassemblements, note Eric Zander. Le choix entre le modèle de consommation et de participation est pour lui plus que déterminant: «Ce dont on ne se rend pas compte, c’est que la manière dont on vit l’Eglise façonne un certain type de disciple.»

Le spectateur attendrait une performance, mais même une bonne prédication et d’excellents chants de louange feront tout de même de lui un chrétien passif, décrit le responsable de la bien nommée Communauté chrétienne alternative; un chrétien consommateur qui, lorsqu’il aura une question, la posera à son pasteur plutôt que de chercher par lui-même, dans sa Bible, par la prière. Et le pasteur d’illustrer son propos: «C’est typiquement le profil qui va demander: “Est-ce qu’un chrétien peut fumer, danser?” On va créer - le mot est fort - un profil “d’assisté”.» 

Eric Zander en est convaincu, cette Eglise post-covid ne peut donc pas faire l’impasse sur la responsabilité, mais pas non plus sur la convivialité. «Quand on vit cette convivialité, cette fraternité en Eglise, on ne peut plus revenir en arrière.» Une convivialité qui a manqué, une place et des responsabilités non prises - ou non déléguées - expliquent selon lui la hausse croissante du courant des “désaffectés”: ceux qui aiment Jésus mais qui n’en peuvent plus de l’Eglise. Une tendance, comme bien d’autres, que le covid n’a pas inventée, mais amplifiée. Seul quelque chose de vrai, d’authentique et de responsable pourra les faire revenir. Un beau défi pour les Eglises, non? 

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Juillet- Août 2021

Dossier: Eglise post-covid

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