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«Je volais pour survivre»

Richmond Wandera
© Richmond Wandera - Compassion
Après une enfance passée dans la pauvreté extrême en Ouganda, Richmond Wandera est aujourd’hui titulaire de deux doctorats et à la tête d’un ministère international. Il appelle les chrétiens à une action concrète et imminente. Portrait.
David Métreau

L’assassinat de son père et la trahison d’un oncle qui récupère les biens que le premier avait laissé après son décès plongent soudainement Richmond Wandera et sa famille dans l’extrême pauvreté. Le garçon ougandais, sans perspective, réduit à voler de la nourriture pour survivre, est aujourd’hui un pasteur multi-diplômé et reconnu, formateur de responsables. Un changement de cap qui a commencé par un simple parrainage.

Une chute dans la pauvreté

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Quand on lui demande quels sont ses premiers souvenirs d’enfance, Richmond Wandera, 37 ans, marié et père d’une fille, en évoque deux. Le premier, c’est son père, fan de football, à qui ses enfants profitaient de l’euphorie de la victoire de son équipe favorite à la télévision pour lui demander de nouvelles fournitures scolaires et des sucreries: «Il nous donnait tout ce que nous voulions, mais il ne fallait pas aller le voir un soir de défaite», évoque Richmond Wandera les yeux brillants. Le deuxième souvenir est plus sombre. Le pasteur ougandais se revoit errant dans les rues avec sa sœur un jour de canicule. «Nous avions faim et personne ne s’en préoccupait. Il faisait chaud, je n’étais qu’un enfant de huit ans et pour la première fois, je me suis senti invisible.»

Entre le premier et le deuxième souvenir, la vie de Richmond Wandera a basculé. Son père a été assassiné et sa mère et ses frères et sœurs avaient été contraints de déménager dans l’un des pires bidonvilles du pays. De plus, au moment où la famille avait le plus besoin d’aide, le frère du père les a trahis et s’est emparé de leurs biens restants. La chute était inexorable. 

Encouragé, il se relève

Comment un orphelin de père, vivant dans un bidonville ougandais, luttant pour sa propre survie, peut obtenir deux doctorats et diriger un ministère pastoral touchant des milliers de personnes? «L’absence de parent est une immense montagne à surmonter. Les enfants ont besoin d’un environnement qui les encourage. C’est difficile dans un bidonville infesté par les moustiques et le paludisme et dont beaucoup d’enfants meurent du sida», souligne Richmond Wandera. «La confiance en soi est détruite par la pauvreté.» Pour survivre, l’enfant vole parfois de la nourriture et des vêtements pour les revendre. 

Richmond Wandera a dix ans quand sa mère frappe à la porte de l’Eglise baptiste locale pour demander de l’aide. Heureusement, celle-ci est partenaire de l’ONG Compassion et de son programme de parrainage. Une adolescente américaine parraine Richmond Wandera et paie un montant mensuel pour que l’enfant puisse manger, aller à l’école et suivre des enseignements bibliques. «Grâce à des repas réguliers, ma santé a été meilleure. J’ai pu suivre des cours et progresser au niveau scolaire. Grâce aux encouragements du personnel et des bénévoles de Compassion, mon estime personnelle a été reconstruite», relate le pasteur. 

Rencontre avec le père des orphelins

A quatorze ans, lui qui jusqu’alors écoutait les partages bibliques d’une oreille distraite, comprend que Dieu est son père et qu’il lui pardonne. «Le pasteur Peter a prêché avec beaucoup d’amour. Je savais qu’il m’aimait, il est devenu comme un père pour moi. Il racontait l’histoire de Joseph qui a traversé toutes les difficultés; mais il aimait Dieu et lui faisait confiance. J’avais fait des milliers de péchés et je me sentais coupable. J’ai décidé de demander pardon à Dieu. En découvrant que Jésus avait payé pour mes péchés, je me suis senti libre.» Il rencontre ce Dieu «père des orphelins, défenseur des veuves» (Ps. 68, 5) et en est transformé. «J’étais le premier chrétien de ma famille.» 

Deux ans plus tard, cinq de ses frères et sœurs se tournent vers Jésus, suivis de sa mère trois ans après. «Ma maman avait noté un changement chez moi depuis ma conversion.» Au sein de la famille, l’impensable se réalise: alors qu’il était impossible pour la mère de Richmond Wandera de pardonner à l’oncle qui a trahi la famille, ce dernier est tombé malade d’un cancer. «Nous sommes allés à l’hôpital. Ma mère lui a dit qu’elle lui pardonnait, elle s’est occupée de lui et l’a mené à Christ, deux jours avant sa mort.»

Richmond Wandera a poursuivi ses études avec brio et est devenu pasteur de l’Eglise-même où il a été parrainé. Aujourd’hui titulaire de deux doctorats, il est à la tête d’un réseau de plusieurs milliers de pasteurs en Afrique. De passage en Suisse en mai, il sensibilise son audience au parrainage d’enfants. «Le temps n’a jamais été aussi critique qu’en cette période de pandémie. Les gens doivent prier maintenant, pas demain. La procrastination a un coût élevé.» Il sait de quoi il parle. 

Article initialement mis en ligne le 7 juin

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Juin 2021

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