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Les mémoires d’une instit’ au grand cœur

Marie Theulot
© DR
Marie Theulot, en plus d’être auteure et conférencière, a aussi été institutrice. Son livre raconte les mémoires de Clémence, une institutrice qui s’apprête à partir à la retraite. Retour sur sa vocation.
David Métreau

«J’avais toujours pensé qu’un jour j’écrirais sur mes souvenirs d’institutrice mais je ne savais pas comment», confie Marie Theulot. Auteure de romans en lien avec la Shoah, cette institutrice à la retraite, fille et petite-fille de Justes parmi les nations, signe Dernière récréation (éd. Ourania), un livre quasi-autobiographique. Cet ouvrage, dont une ébauche était parue sous forme de nouvelle dans le Christianisme Aujourd’hui en 2018 et 2019 dépeint les souvenirs de Clémence, institutrice, quelques heures avant la fin de sa carrière professionnelle. Cette dernière évoque sa foi chrétienne, les questions existentielles soulevées par les enfants, les peines et les joies, la laïcité et surtout son amour pour ses élèves et sa soif de transmission.

«La rédaction du Christianisme Aujourd’hui, m’avait contactée pour rédiger une nouvelle sur un sujet libre qui me tenait à cœur. J’avais déjà écrit plusieurs romans, mais jamais de nouvelle. J’ai pensé à mes souvenirs d’institutrice, dans le but aussi de m’exprimer sur la laïcité, loin des polémiques stériles», déclare Marie Theulot. Selon elle, il faut absolument introduire le dialogue à l’école, dès le plus jeune âge tout en respectant les lois. «A l’école, Dieu ne peut pas être interdit. On ne peut pas empêcher l’enfant qui vient de dire “mon chien est mort, il est au paradis” de s’exprimer, par exemple.»

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Elle prie pour ses élèves

Si l’institutrice (la vraie comme le personnage) a régulièrement prié pour ses élèves, «je ne leur ai jamais dit que j’étais chrétienne, mais j’ai essayé de le vivre». Ce qui ne l’a pas empêchée de partager en privé avec leurs parents. «De toute façon, il y a quand même des vérités bibliques universelles: ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse, c’est biblique. De même que le pardon et la réconciliation.» 

Les quatorze chapitres du livre sont autant de souvenirs marquants d’école, tantôt légers, tantôt tristes - rapports aux parents, à la mort, à la diversité et à l’identité, au regard des autres - qui remuent Clémence, suscitent parfois son incompréhension mais l’encouragent à toujours respecter la croyance et la conscience de chacun. 

«Je suis ce que je suis, ce que je regarde, ce que je lis»

«Je prie toujours pour entrer dans les œuvres que Dieu a préparées d’avance (Eph. 2, 10)», glisse Marie Theulot, satisfaite d’avoir été exaucée et d’avoir pu avoir un impact concret sur des centaines d’élèves. Bien que tenue par son devoir de réserve, l’institutrice à la retraite, récompensée par les prestigieuses palmes académiques, n’a jamais eu le sentiment d’avoir été brimée dans sa foi. «On nous demande d’être. Je suis ce que je suis, ce que je regarde, ce que je lis… Pas une personnalité qui serait celle de la pensée unique.» Elle déclare néanmoins avoir été confrontée pendant sa carrière à des personnages très anticléricaux, «des laïcards», ce qui l’a encouragée à aborder ce sujet de la laïcité, en proposant une autre approche. «J’avais envie de parler avec les enfants de comment on peut réconcilier les choses, écouter.» 

A l’heure des débats sur la laïcité, Marie Theulot propose une ligne de crête sensible et pleine d’amour que ne renierait pas le géographe Elisée Reclus cité en préface. S’adressant à une jeune enseignante lui demandant conseil (en 1881), il lui avait écrit: «La théorie de la marche, c’est de marcher. La théorie de la bonté, c’est d’être bon. Et vous comment leur enseignerez-vous qu’il faut passer sa vie à aimer? Aimez-les.» 

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Juin 2021

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