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En accompagnant les personnes homosexuelles, les chrétiens marchent sur des œufs

© Istockphoto
Suite à une motion déposée le 2 mars dernier au canton de Vaud, les thérapies dites de conversion sont sous les feux de la rampe. En accompagnant et conseillant les personnes homosexuelles, que visent les Eglises? Analyse.
David Métreau

Le dépôt de la motion «Les thérapies de conversion doivent être interdites» le 2 mars, auprès du Grand Conseil vaudois, remet le sujet en lumière. Le député socialiste Julien Eggenberger, à l’origine du texte, souhaite bannir du territoire vaudois les approches «psychothérapeutiques, médicales ou religieuses» visant à «guérir de l’homosexualité».

Une promesse déplacée

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L’élu local reconnaît que l’expression «thérapies de conversion», largement utilisée dans les médias, est floue. Lui préfère parler de «pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle et affective ou l’identité de genre d’une personne». Plusieurs organisations évangéliques sont citées dans sa motion dont Torrent de vie, Courage International et l’Eglise évangélique Lazare de Bussigny.

«Ils ne cachent pas que l’objectif de leurs formations est de relier les pulsions d’une personne avec son identité religieuse. Ce que Torrent de vie revendique sur son site devrait être interdit», souligne Julien Eggenberger. «Si une personne vient et dit “j’aimerais qu’on prie pour moi pour que je ne sois plus homosexuel”, le prêtre ou le pasteur devrait pouvoir prier pour que la personne soit davantage en phase avec son identité, mais pas lui promettre de changer d’orientation sexuelle. Ces éléments liés à la doctrine pastorale devraient être régulés par les Eglises elles-mêmes. Ce que la motion souhaite interdire, c’est l’existence de programmes ou de traitements visant explicitement à une modification de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre.»

Que dit la loi?

Bien que l’Eglise dont il est pasteur principal soit citée dans la motion, Christophe Saez, de l’Eglise évangélique Lazare de Bussigny, se dit serein. «Nous rejetons toutes formes de manipulation ou dénigrement de personnes à cause de leur orientation sexuelle. Nous respectons le droit à l’autodétermination.»

Les faits évoqués dans le texte du député remontent à 2012, soit un an avant l’arrivée du pasteur. «En aucun cas nous ne pratiquons la thérapie de conversion telle qu’elle est décrite dans la motion», déclare Christophe Saez, par ailleurs président du Réseau évangélique lausannois. «Nous respectons chaque individualité. Cela fait partie des valeurs de notre Eglise. Mais si quelqu’un a le désir d’être accompagné, nous allons l’accueillir en étant de la même manière dans le respect de la personne que dans celui des valeurs bibliques.»

Une interpellation intitulée «La Suisse, refuge des “guérisseurs d’homos”» avait été déposée en juin 2020 au niveau fédéral. Le Conseil fédéral avait estimé en septembre que la base légale était suffisante et avait répondu qu’il n’y avait «pas de vide juridique en cas de préjudice concret démontré» par les victimes potentielles d’une thérapie individuelle dite de conversion. Le sujet a donc été repris au niveau cantonal, à l’instar du Canton de Genève dont une motion similaire a été déposée puis adoptée.

Une question de définition

Le Réseau évangélique suisse (RES), par la voix de son directeur adjoint et porte-parole Stéphane Klopfenstein, reconnaît une certaine «légitimité à vouloir protéger les personnes de pseudo-thérapies qui promettraient de changer ou même de guérir une orientation sexuelle». A sa connaissance, aucune plainte au niveau pénal et juridique pour des thérapies de conversion en Suisse romande ne concerne des organisations évangéliques. Le RES souhaite d’ailleurs participer à une définition des termes qui soit la plus claire et la plus adaptée. «Nous ne souhaitons pas que cela empêche un suivi pastoral, une relation d’aide pour des personnes qui peuvent être hésitantes quant à leur orientation sexuelle et affective», précise Stéphane Klopfenstein.

Au delà des thérapies de conversion, c’est tout le rapport des Eglises à l’homosexualité qui risque d’être mis en question. Sur lesdites thérapies, le RES s’aligne sur la position du Conseil fédéral et - en l’absence de jurisprudence - estime le droit existant suffisant pour sanctionner les abus dont les actes de contrainte ou de mise en danger de la santé d’autrui. Une nouvelle législation risquerait selon la faîtière des évangéliques romands de «limiter le droit à l’autodétermination sexuelle qu’elle voudrait précisément mieux protéger». Enfin, toujours selon le RES, une loi risquerait de stigmatiser les courants de pensées et les minorités religieuses qui portent un regard critique sur l’homosexualité et notamment les évangéliques, les catholiques, les musulmans et les orthodoxes. Affaire à suivre.

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Mai 2021

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