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«Je me suis baptisé»… et toutes ces autres phrases à moitié fausses

Schinnen, Pays-Bas - 16 mai 2013. Cérémonie de baptême dans une Église pentecôtiste.
© iStock
Avec le temps, certaines expressions courantes tirées de la pensée biblique ont su trouver une place parmi nos conversations. Sont-elles justes pour autant? Auteurs et théologiens se mobilisent pour rendre aux Evangiles leur intention initiale.

Passées dans le langage courant, de nombreuses expressions telles que «Aide-toi et le ciel t’aidera» ou «Dieu aime le pécheur, mais pas le péché» s’utilisent et s’entendent fréquemment entre chrétiens au point de s’imposer comme références. Or si elles ressemblent à des versets de la Bible, reflètent-elles avec justesse le message des Ecritures?

Un appel qui se répète

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Nicolas Fouquet, président des WET (Week-ends théologiques) a décidé de passer ces fameuses phrases à la loupe et s’interroge sur leur pertinence dans le nouvel ouvrage Parlons mieux! 13 théologiens décryptent 13 expressions à la lumière de la Bible (éd. BLF/WET). «Chaque génération de théologiens est appelée à examiner l’héritage qui lui est laissé à la lumière de la Bible et à garder le bon et laisser le moins bon voire le mauvais», plaide David Richir, professeur de Nouveau Testament à la HET-PRO. «Toutes les théologies chrétiennes ont leurs lieux de prédilection et angles morts qu’elles doivent généralement à leur histoire et aux combats qu’elles ont dû mener. Un tel livre pourrait être réécrit au sujet d’autres expressions par la génération suivante», concède-t-il.

A la question «Ces expressions sont-elles bibliques?», Matthieu Sanders, pasteur, chargé de cours à la Faculté Libre de Théologie Evangélique (FLTE) et à l’Institut Biblique de Nogent (IBN), co-rédacteur du livre lui préfère une réflexion connexe. «Pourquoi est-il important de mieux parler? Ces paroles ou ces affirmations ne peuvent être taxées ni de fausse doctrine ni de déformation complète de la vérité biblique, qu’il s’agisse de la personne de Jésus ou des Evangiles. Il s’agit plutôt d’expressions en partie fausses ou trompeuses que l’on pourrait mieux exprimer.»

Qui accepte qui?

Un sondage réalisé fin février auprès de plus de 500 chrétiens réunis lors d’un webinaire consacré à ce sujet plaçait les énoncés «La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation avec Jésus», «Dieu aime le pécheur mais pas le péché» et «Tu dois accepter Jésus dans ton cœur» en tête des formulations les plus fréquemment entendues par les votants parmi les treize expressions du livre.

Matthieu Sanders s’est d’ailleurs penché sur cette dernière expression dans un chapitre du livre. Selon lui, le Nouveau Testament n’emploie pas le vocabulaire de l’«acceptation» pour décrire la démarche de foi du croyant. L’unique référence qui s’en approche, en Jean 1, 12 («à tous ceux qui l’ont reçue») renvoie plutôt à l’idée d’un accueil de ce qui est révélé.

«Le champ lexical de l’acceptation – ou de l’invitation – peut laisser entendre que l’œuvre de Dieu dépend de notre réponse et place le curseur du côté de la volonté de l’homme. Or si celle-ci est impliquée dans la démarche de foi, la Bible ne raisonne pas en ce sens. L’idée que nous “acceptons” Jésus réduit Dieu à l’état d’objet face à l’homme sujet et ne respecte pas l’équilibre biblique», ajoute-t-il. «Le verbe accepter est assez fort pour être réservé à celui qui a pris la décision première: Dieu en Jésus Christ, qui accepte le pécheur.»

Eviter un effet emprisonnant

Le pasteur plaide donc en faveur d’une recherche dans le langage biblique, sans jeter l’opprobre sur toutes les expressions courantes de notre jargon. Il propose plutôt de les examiner bibliquement et, lorsque c’est souhaitable, de «privilégier de meilleures expressions».

David Richir y souscrit. «Notre travail est de visiter la face cachée de ces mots couramment employés: » qu’évoquent-ils réellement? Cela vaut aussi bien pour nos prières que pour nos paroles parfois répétitives. Le risque serait d’attribuer à une formule une valeur intrinsèque jusqu’à tomber dans une pratique magique et superficielle qui va à l’encontre de la pensée biblique. Les mots peuvent être des prisons et des idoles.

Le professeur de Nouveau Testament à la HET-PRO relève par ailleurs l’usage fréquent de ces deux expressions: «Je me suis baptisé» et «Lorsqu’on sera au ciel». Dans la première proposition, le théologien y voit l’influence de la valeur de l’individualisme et celle d’une conception du baptême perçu comme un acte avant tout personnel. «Cette vision très présente chez les évangéliques répond à l’importance de la décision individuelle: “Ce n’est pas ma famille qui définit mon appartenance religieuse, mais c’est moi qui décide de me baptiser.” Or cette dernière formulation est absente de la Bible. On ne se baptise pas, mais on se fait baptiser. Cela implique l’intervention d’une autre personne en dehors de l’individu.»

Oser l’auto-critique

Pour le théologien, la démarche vise d’abord à conformer sa manière de penser à celle de Dieu. «Mais veillons à ne pas confondre les “mots” et les “concepts” qu’ils représentent. Ce sont ces derniers qui importent, et non les mots eux-mêmes qui pourraient être utilisés pour se rassurer ou s’octroyer une légitimité biblique.» S’interroger, se questionner puis ouvrir une Bible d’études, un dictionnaire ou un commentaire biblique est encouragé par le professeur David Richir. Les bénéfices sont non négligeables: un rafraîchissement dans sa piété et dans sa relation à Dieu ainsi qu’un examen de ses habitudes intérieures. «Car mal nommer les choses, selon Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde. Ne pas nommer les choses, c’est nier notre humanité», ajoute-t-il.

Une petite erreur n’est pas dramatique mais s’interroger permet une saine auto-critique. Gardons-nous aussi d’en faire un sujet d’exclusion», conclut-il. Enfin, Matthieu Sanders précise que «le choix des mots pour parler de Dieu, de ses projets, de sa volonté, est l’expression, tout simplement, d’une marque d’amour pour lui». Une invitation à se replonger dans la Bible pour comprendre plus profondément la richesse de son message et retrouver une joie et une adoration renouvelées en Dieu seul.

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Avril 2021

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