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Un Jésus noir et révolté à la tête des migrants

La Révolte de la dignité et le Nouvel Evangile dirigée par Milo Rau
© Fruitmarket/Langfilm/IIPM/Armin
Le dernier long-métrage «Le nouvel Evangile» du Bernois Milo Rau présente une figure christique étonnante mais fidèle aux Evangiles. De quoi interpeller les chrétiens.
David Métreau

Présenté à la Mostra de Venise en septembre 2020 et sortant online le 31 mars, le «Nouvel Evangile» du réalisateur suisse Milo Rau présente un Jésus noir, activiste «dont la cause dépasse la religion». Filmé dans la région italienne du Basilicate, notamment dans la ville de Matera, célèbre pour avoir déjà servi de décor à «La Passion du Christ» de Mel Gibson (2004) ou à «L’Evangile selon saint Matthieu» de Pier Paolo Pasolini (1964), l’œuvre est singulière. Elle est à la fois un film sur Jésus – avec de vraies scènes, globalement fidèles à la Bible – mais aussi un documentaire engagé et une performance artistique. Tout ça à la fois.

Deux univers en un

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Comme dans un making-of, Milo Rau filme et se filme en train de diriger des acteurs professionnels et des activistes dans une reconstitution de la Passion. Il met en scène la «Révolte de la dignité», dirigée par l’activiste camerounais Yvan Sagnet, qui joue son propre rôle et incarne aussi Jésus. Le mouvement qu’il fédère se bat pour les droits des migrants venus en Europe – principalement d’Afrique – pour être réduits en esclavage dans les champs de tomates du sud de l’Italie et vivre dans des ghettos dans des conditions inhumaines.

Surprenant plus par sa forme -on passe des scènes à ses coulisses; Jésus qui porte sa croix est par exemple suivi par une vraie foule qui filme avec son smartphone- que par son fond, le film interpelle. Que prêcherait Jésus au 21e siècle? Qui seraient ses disciples?

Les incohérences -un Jean-Baptiste vieillard, la couleur de peau de Jésus et de la plupart de ses disciples, le baptême dans la mer à la place du Jourdain- n’en sont pas vraiment car «Le nouvel Evangile» ne se veut pas un film «classique» de plus sur Jésus. C’est aussi un documentaire social sur la question de la dignité de l’homme. Pourtant, ce sont bien les paroles de la Bible qui rythment le film.

Un rappel aux chrétiens

Si le réalisateur a confié dans un entretien ne pas croire en la Résurrection – et donc met de côté la dimension divine et spirituelle de Jésus – il valorise son sens de la justice, son intérêt pour les pauvres et les rejetés. En cela, le film est intéressant et stimulant pour les chrétiens. Loin d’être un nouvel Evangile, l’œuvre montre un Evangile déjà connu, vrai mais partiel. Seule la dimension «révolutionnaire» du Fils de l’homme et son rejet de toutes formes d’hypocrisie apparaissent en effet.

Cette dimension sociale du Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, manque parfois cruellement de nos jours. Ce film peut être un rappel salutaire pour les chrétiens. Oui, si Jésus était né au 21e siècle en Italie, il aurait probablement dénoncé le Caporalato, cette forme d’esclavage dans l’agriculture moderne, contrôlée par des organisations mafieuses qui contraint des migrants à travailler dans des conditions inhumaines non contrôlées et sous-payés. Tout cela au grand désespoir des agriculteurs qui subissent une concurrence déloyale.

«Le nouvel Evangile» est aussi la démonstration qu’on peut utiliser la Bible et des figures aussi «sacrées» que celles de Jésus et des apôtres à des fins artistiques ou sociales, sans pour autant tomber dans l’irrespect et l’outrage.

Sortie le mercredi 31 mars 2021.

Compte tenu de la prolongation de la fermeture des cinémas, le film sort online et les billets sont accessibles au public sur le site du film.

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Avril 2021

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