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Les sanctions internationales contre la Syrie pénalisent les plus vulnérables

Des réfugiés syriens en Grèce
© iStock
Plus de trente Etats, dont la Syrie, sont actuellement sanctionnés par les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations Unies. Alors que ces sanctions sont censées aider la population sur le plan politique, elles causent des dégâts injustifiables. Parti pris.
Wissam al-Saliby
Juriste de formation, Wissam al-Saliby est chargé de plaidoyer pour l’Alliance évangélique mondiale auprès des Nations-Unies à Genève

Si un homme a faim et vient à l’Eglise pour se nourrir, celle-ci peut-elle le repousser s’il figure sur la liste des sanctions des Etats-Unis?

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Cette incroyable question hante aujourd’hui de nombreux ministères chrétiens au Liban et en Syrie. Au milieu des conflits, de la crise économique et des déplacements massifs, les Eglises et les œuvres chrétiennes sont au service des pauvres et des réfugiés. Cependant, elles font face à de nouveaux dilemmes à cause des sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne contre plusieurs centaines de Syriens et d’entités syriennes. Peuvent-elles refuser une aide essentielle à quelqu’un qui en a besoin afin de se conformer aux sanctions?

En outre, les transferts bancaires de l’étranger vers le Liban peuvent être bloqués pour le simple fait que le nom d’une dénomination com- porte le mot «Syrie» (pour des rai- sons historiques, de nombreuses dénominations religieuses ont «Li- ban et Syrie» dans leur nomenclature). De même, les banques au Li- ban ont refusé d’ouvrir des comptes bancaires pour les réfugiés syriens employés par des œuvres chrétiennes (et pour tout ressortissant syrien au Liban).

Des centaines d’oeuvres évangéliques concernées

Toutes les sanctions sont assorties d’exemptions et de dérogations. Toutefois les banques appliquent peu les exceptions. Au contraire, pour éviter de consacrer des ressources à la vérification de l’identité de leurs clients syriens, elles ont tendance à les refuser systématiquement. C’est le problème de la sur-adaptation (overcompliance). Et pour les centaines d’Eglises et œuvres évangéliques et protestantes, demander une exemption à Washington D.C. n’est pas possible au vu de leurs modestes ressources et de leur manque de relais. Et même si leurs efforts étaient couronnés de succès, les banques et les sociétés de transport restent hésitantes à aider les organisations qui ont reçu des exemptions.

Dans ce contexte, l’Alliance évangélique mondiale (AEM), Caritas Internationalis, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) et d’autres organisations chrétiennes ont fait une déclaration au Conseil des Droits de l’homme en septembre 2020 (accessible sur un.worldea.org). Celle-ci déclare que «les sanctions unilatérales non seulement rendent difficile
pour les pays de fournir un soutien humanitaire adéquat à leur population, mais ont également un impact négatif sur la capacité des organisations humanitaires et des institutions ecclésiastiques à atteindre efficacement
les personnes dans le besoin et à leur fournir une aide vitale, en particulier dans des contextes humanitaires complexes et difficiles.»

Puis la déclaration se poursuit en indiquant que «des rapports provenant du terrain indiquent que des articles essentiels comme la nourriture, l’eau, les médicaments et les équipements médicaux contre le Covid-19 n’ont pas pu être livrés à temps, ce qui a affecté les familles et les personnes vulnérables dans le besoin en conséquence directe des sanctions». Avant cette déclaration commune, des représentants des Eglises syriaque orthodoxe, grecque melkite, arménienne évangélique et presbytérienne
en Syrie et au Liban s’étaient également prononcés contre les sanctions.

Un impact disproportionné

Plus récemment, en février 2021, les deux œuvres chrétiennes Portes Ouvertes et World Vision ont émis des recommandations appelant ment à examiner et à reconsidérer les sanctions sur la Syrie au vu de leur impact négatif sur les civils. Christian Solidarity International a par ailleurs adressé une lettre signée par 90 dirigeants du monde entier au président américain Joe Biden, appelant explicitement à «lever les sanctions économiques qui tuent, déplacent, appauvrissent et nuisent de toute autre manière à la population civile de Syrie».

Aujourd’hui, plus de trente Etats sont sanctionnés par les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations unies. Les sanctions peuvent inclure des interdictions de voyager, des gels d’actifs, des embargos sur les armes et des restrictions commerciales. Selon le Conseil des relations étrangères, les sanctions sont devenues l’un des outils les plus utilisés par les gouvernements pour répondre aux défis de la politique étrangère.

L’AEM est aujourd’hui inquiète de l’usage des sanctions dites de «pression maximale» sur plusieurs Etats. Elles renforcent la souffrance des populations qu’elles prétendent vouloir aider et aggravent la situation humanitaire, à l’image de ce qu’on peut voir en Syrie, en Iran, au Venezuela et dans d’autres Etats. Ces sanctions ne font pas de discrimination entre les auteurs de crimes graves et la population en général. Leur impact n’est pas proportionnel à leurs objectifs déclarés. Elles sont devenues immorales, injustes et injustifiables.

Impératif moral

Pour ces raisons, et en écoutant leurs Eglises et partenaires dans les pays concernés, l’AEM, le COE et Caritas ont appelé, dans leur déclaration commune de l’année dernière, à «la levée des sanctions unilatérales, ou du moins à leur assouplissement significatif, dans un souci de prise en charge de la population», ajoutant qu’il «est un impératif juridique et moral de permettre à l’aide humanitaire d’atteindre les personnes dans le besoin sans retard ni entrave, y compris dans le cadre de l’actuelle pandémie du Covid-19 et d’atténuer l’impact social et économique sur les populations civiles». Il s’agit ici de plaider pour que la protection de l’être humain, créé à l’image de Dieu, reste au centre des relations internationales.

Wissam al-Saliby

Chargé de plaidoyer pour l’Alliance évangélique mondiale auprès des Nations-Unies à Genève

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Avril 2021

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