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Les prophéties de l’Apocalypse, comment les interpréter ?

Jean sur l'île de Patmos, gravure publiée en 1877.
Les prophéties de l’Apocalypse pourraient-elles s’appliquer au 21e siècle? En pleine crise de la pandémie, la tentation est forte d’interpréter l’Apocalypse pour y déceler une explication aux événements actuels. Regards croisés.
David Métreau

Le sujet principal est Jésus

Katie Badie est directrice éditoriale de l’Alliance biblique française et des éditions Bibli’O

Katie Badie est directrice éditoriale de l’Alliance biblique française et des éditions Bibli’O

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Le livre de l’Apocalypse est magnifique mais étrange et nécessite du temps et de l’attention de la part du lecteur moderne. Il est facile de s’y perdre et il est important de se rappeler des points de repère. Le livre de l’Apocalypse ne dit pas autre chose que le reste du Nouveau Testament et notamment que les «mini-apocalypses» des Evangiles (Matthieu 24, Marc 13 et Luc 21).

Comme dans ces discours, l’appel de l’Apocalypse adressé aux croyants est à la persévérance et à la vigilance. Le sujet principal du livre de l’Apocalypse est Jésus le Christ, mort et ressuscité: on le trouve au début, dans la vision du ressuscité qui tient dans sa main les sept Eglises et on l’attend à la fin, l’étoile brillante du matin à qui on dit «Viens!»; on le découvre avec l’agneau sur le trône, et la parole de Dieu qui juge avec justice.

L’Apocalypse n’est pas à mettre en image

L’interprétation des chapitres du milieu du livre doit s’accorder avec les préoccupations des messages adressés aux Eglises dans les trois premiers chapitres, de fidélité à la vérité de l’Evangile dans des contextes hostiles et trompeurs. Ceci posé, je m’y aventure, avec une conviction forte qui peut surprendre: malgré son langage imagé, le livre de l’Apocalypse n’est pas à mettre en image. Ce n’est pas un scénario de film. En cela, ni la célèbre Tapisserie de l’Apocalypse du château d’Angers ni les BD ne lui rendent justice. On ne demande pas au lecteur d’imaginer les scènes, mais d’avoir des oreilles pour «écouter». Tout comme le temple du livre d’Ezéchiel ne tiendrait pas debout si on essayait de le construire: la description est symbolique et théologique.

Mais comment déchiffrer le sens? En entrant dans le monde de l’Apocalypse et en suivant le déroulé de son drame interne, pas en essayant de connecter constamment les détails à notre monde. Le scénario d’une porte ouverte dans le ciel permet aux chrétiens de se rappeler la réalité céleste afin de résister au découragement et à l’embrigadement du totalitarisme humain.

Le rideau n’a pas été tiré pour montrer les complots humains mais pour rappeler que le Dieu créateur est souverain et que le projet de salut de l’humanité se trouve en Jésus, le ressuscité. Attention donc aux allusions aux textes de l’Ancien Testament et au symbolisme, mais surtout à la logique interne des personnages, aux répétitions, aux refrains, tout en notant que l’organisation n’est pas chronologique dans le détail, mais surtout thématique.

Katie Badie

L’Apocalypse, une annonce de la fin?

Pierre Mbali Lusasa est pasteur, aumônier et auteur de Bientôt l’Apocalypse? (éd. l’Oasis)

Pierre Mbali Lusasa est pasteur, aumônier et auteur de Bientôt l’Apocalypse? (éd. l’Oasis)

Le regard sur le temps présent permet de constater une accélération des choses avec une cadence et une gravité croissantes, notamment au niveau des réformes sociétales, de la géopolitique internationale, des sciences et des technologies. En même temps, la planète semble chanceler et être proche de la rupture. Face à l’ampleur de la crise multiforme, les gouvernements sont incapables d’apporter des réponses, la science tâtonne et les peuples doutent. L’humanité croit se suffire et n’avoir pas besoin de Dieu. La science, la technologie, la puissance financière, la force mili- taire et la diplomatie internationale sont autant de tours de Babel dans lesquelles les nations mettent leur confiance.

Des crises insurmontables

Dans un futur proche, les crises insurmontables au niveau des entités nationales feront que les pays ressentiront un besoin d’unification et de coordination supranationale efficace, ce qui préparera le terrain au gouvernement mondial dirigé par un dictateur planétaire. La planète convulse, on est en plein commencement des douleurs, qui précèdent la fin (Mat. 24,6-14).

Comme tous les autres livres inspirés consignés dans la Bible, l’Apocalypse ne se lit pas comme un livre profane. La lettre tue, l’Esprit vivifie. C’est dans une attitude d’humilité, de méditation, de dépendance à Dieu que nous en saisirons la substance, avec l’aide de l’Esprit-Saint. Il convient aussi de se référer aux autres livres de la Bible. Ce livre fait peur à ceux qui sont dans l’ignorance, au point que pour un large public, apocalypse est synonyme de cataclysme! Mais pour d’autres, le livre de l’Apocalypse est un livre magnifique car il révèle le Roi des rois.

Pierre Mbali Lusasa

L’Apocalypse consolide l’espérance

Claude Baecher, théologien et enseignant mennonite

Claude Baecher, théologien et enseignant mennonite

On lira l’Apocalypse différemment si on se rend compte qu’il s’agit d’abord, tout entier, d’une épître adressée à des Eglises réelles du 1er siècle, vivant des circonstances difficiles. L’épître de l’Apocalypse de Jésus-Christ est un écrit de relation d’aide pour des chrétiens dans la détresse de la persécution. Il révèle à ces chrétiens que la souffrance qui résulte d’une fidélité au Christ et du refus de la compromettre par un culte à un autre pouvoir (l’Empereur divinisé) a un sens, que ce ne sont pas les «monstres» qui ont le dernier mot, mais l’Agneau et que celui-ci est engagé avec les siens. Ils goûtent alors à nouveau au culte centré sur Dieu et l’Agneau, qui, lui, tient les temps dans sa main.

En se décentrant de leur situation précaire, ils se voient en compagnie des anges, des croyants antiques, des morts en Christ qu’ils pleuraient et d’une foule internationale énorme. Cela a pour effet de consolider leur espérance. Lorsqu’on a l’impression que Dieu ne parle plus, Dieu donne à voir… Cela fait de nous à nouveau des témoins alors que nous étions tentés par le reniement, la compromission, la révolte violente ou la dépression spirituelle.

Relation d’aide du Christ lui-même

Il s’agit bien de relation d’aide du Christ lui-même, non absent de ce qui se passe, mais vivant et intervenant. Le livre révèle une situation finale où Jésus-Christ et ceux qui en témoignent dans les tribunaux et ailleurs sont associés, vainqueurs dans la cité de Dieu – celle qui vient du ciel sur terre! -, là où enfin la justice habite et où la mort n’a plus de place. L’Apocalypse n’a pas, telle une boule de cristal, pour fonction de dire en avance ce qui viendra, mais de nommer le mal, de dire qu’il est et sera jugé et que de ce fait, certaines souffrances comptent. Bref, l’espérance est redressée.

Lorsque je suis devenu chrétien, on m’a dit que le chapitre quatre et les suivants annonçaient des événements encore à venir. Depuis, j’ai vérifié bien des choses: il s’agit d’une prophétie à application récurrente dans l’histoire des disciples. Cette approche me libère. Les vérités qu’elle renferme sont indispensables pour quiconque suit le Christ vivant. Alors, en attendant la venue du «grand jour du Seigneur» que présidera Jésus-Christ, introduisant le règne de Dieu dans sa plénitude, l’Esprit-Saint nous aide à poser les signes concrets de ce règne dans le temps que nous vivons: viens Seigneur Jésus!

Claude Baecher

Peuple de Dieu, repens-toi!

Pierre Amey est un pasteur réformé à la retraite, conférencier et doctorant
en sciences et foi

Pierre Amey est un pasteur réformé à la retraite, conférencier et doctorant
en sciences et foi

Malgré tant de prières, la pandémie s’amplifie. Pour certains le verdict est sans appel. Les musiciens célestes ont embouché les trompettes de l’Apocalypse. Oui elles sonneront. Mais est-ce vraiment l’heure? Au lieu de se réjouir de la fin et du jugement des infidèles, interrogeons-nous! Si les fléaux de l’Egypte ont épargné les enfants d’Israël, la chrétienté subit quant à elle le Covid-19 comme toute l’humanité, parfois la maladie et la mort, pour tous, les confinements et leurs conséquences sociales et financières.

Une situation semblable à celle du temps de Jérémie

Notre situation est semblable à celle du temps de Jérémie le prophète. L’Eternel en avait assez de la religiosité idolâtre. Alors Jérémie a parlé. «Votre monde va changer, je vais déporter la jeunesse à Babylone, mettre fin aux institutions civiles et religieuses corrompues. Je vais anéantir votre temple rempli d’idoles et détruire vos murailles sécuritaires.» Ne pouvant croire cela, rois, prêtres, prophètes et peuple ont jeté Jérémie dans une citerne.

Persuadés que Dieu ne leur ferait jamais ça, ils ne pouvaient recevoir des paroles encore plus insensées. A Babylone, construisez, cultivez et enfantez (Jérémie 29, 5,7). Pire encore! Jérémie a versé de l’huile sur le feu de la révolte populaire. Le tyran et envahisseur Nebucadnetsar est le serviteur de Dieu pour amener le peuple à la repentance (Jérémie 27, 6). Que s’est-il passé? Au temps de David, le peuple aimait l’Eternel et respectait sa parole. La bénédiction touchait d’abord la vie spirituelle puis la nourriture, la santé, les troupeaux, la sécurité et l’emploi.

Mais il y a eu un glissement fatal. 400 ans plus tard, bien manger et faire la fête suffisait à leur bonheur et c’est la reine du ciel qui pourvoyait (Jérémie 44, 17)! Et aujourd’hui? 400 ans après la Réforme, l’abondance des Trente Glorieuses a aussi conduit l’Occident chrétien à confondre les fruits de l’humanisme idolâtre avec les bénédictions de la fidélité à l’Eternel. Oui, le Covid déporte notre monde. Alors, peuple de Dieu, repens-toi et lève-toi. Construis, cultive, enfante, proclame et vis l’Evangile.

Pierre Amey

Mettre l’Apocalypse en pratique aujourd’hui

Gordon Campbell est professeur de Nouveau Testament à l’Union Theological College de Belfast
Gordon Campbell est professeur de Nouveau Testament à l’Union Theological College de Belfast

Qui dit «prophétie» peut penser à l’annonce préalable de choses encore à venir. Seulement, lorsque Jean prononce «heureux» celui qui lit à haute voix sa prophétie, ce qui prime, c’est semble-t-il le temps présent ou qui se présente à ses destinataires. La raison à cela est explicite: le Dieu qui donne sa grâce et sa paix et qui se dit l’A à Z, c’est celui qui est, qui était et qui vient.

Cet énoncé triple est répété: d’abord bénédiction, au verset 4, il sert ensuite de description du Dieu qui se dit maître du temps au verset 8. Par deux fois, l’accent est mis sur la rencontre avec ce Dieu éternel. Ce que vit ou doit vivre maintenant l’auditoire, c’était déjà la préoccupation et la priorité des grands prophètes de l’Ancien Testament, lorsqu’au nom de Dieu ils rappelaient le peuple de l’Alliance, souvent défaillant, à une fidélité ou obéissance renouvelée et authentique.

Dans une disposition d’adoration

Le lecteur contemporain de l’Apocalypse n’aurait-il pas raison de se demander: à quelles fins utiles servira mon temps passé avec ce texte? Quelle sera, au fond, la pertinence de l’Apocalypse pour ma vie quotidienne? Comment donc mettre l’Apocalypse en pratique dans les temps que nous vivons? Je propose une seule piste: observer, au chapitre premier, l’effet sur Jean lui-même de ce qu’il a vu et entendu, appelé aussi «parole de Dieu et témoignage de Jésus-Christ», dont il fait le récit; puis en tirer conséquence pour nous.

Quant à Jean, d’abord: à l’écoute et à la vue de la figure qui lui transmet cette parole (1, 12-16), Jean tombe comme mort à ses pieds, avant de reprendre courage (1, 17). Cette réaction, foncièrement cultuelle, caractérise quiconque à qui Dieu, pour se révéler, adresse sa Parole. Quant à nous, ensuite: à nous, ses frères et compagnons d’aujourd’hui (1,9), de rencontrer à notre tour celui qui a fait tant de choses pour nous (1,5-6) et d’écouter parler le Ressuscité (1,17-18), dans une disposition d’adoration avant tout. Puis face à son dévoilement, qui nous rénove l’esprit et le cœur, ce sera notre privilège et notre devoir d’en vivre et d’en témoigner.

Propos recueillis par David Métreau

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Mars 2021

Dossier: Lire l'Apocalypse

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