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Ils sont jeunes, nés dans des familles évangéliques… et convertis à l’islam

Image d'illustration - Un jeune musulman priant dans sa maison
© iStock
Dans un article du «Point» publié fin novembre, le pasteur Saïd Oujibou dénonçait le nombre de conversions à l’islam en hausse de jeunes issus de familles évangéliques. Nous avons contacté Michael, 28 ans. Un témoignage rare.
David Métreau

«L’islam est incompatible avec la démocratie. A la télé ils mentent: l’islam modéré n’existe pas. J’ai pas honte de dire que l’islam, c’est conquérant», déclare Michael (prénom d’emprunt), né dans une famille pentecôtiste du sud de la France et converti à l’islam sous sa forme conservatrice depuis six ans. Le jeune homme a pourtant reçu une éducation chrétienne «classique», avec des parents aimants qui lui ont enseigné la Bible et lui ont parlé de Jésus. Enfant, il assiste à l’école du dimanche puis se rend aux scouts durant son adolescence. Son cheminement spirituel l’amène même à se faire baptiser. On est loin du schéma parfois cliché d’une famille dysfonctionnelle.

L’islam s’intéresse à nos enfants

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«Ce phénomène de conversion touche tous les milieux évangéliques et toutes les couches de la société, là où il y a une forte dominance musulmane», explique le pasteur Saïd Oujibou. «J’essaie de réveiller les consciences. Je suis face à une réalité qui me dépasse», poursuit le pasteur, qui déclare recevoir chaque semaine des appels de familles chrétiennes dont des proches, majoritairement des filles, se sont convertis à l’islam. Il ajoute: «L’islam est en train de s’intéresser à vos enfants et vos petits-enfants.» Si plusieurs spécialistes ont nuancé la portée du phénomène mis en lumière par le pasteur -lui, né dans une famille musulmane et converti au christianisme dans sa jeunesse- son interpellation n’en demeure pas moins à propos. Le parcours de Michael en témoigne.

Des réponses faciles et logiques

Sa conversion à l’islam s’est faite progressivement. Au lycée technique, malgré sa petite taille, il ne se laisse pas marcher sur les pieds par de plus grands que lui: «Je voulais garder mon honneur.» Sa bravoure est remarquée par un jeune d’origine tchétchène avec qui il va se lier d’amitié. Michael va, au fur et à mesure, s’intégrer parmi ces musulmans originaires du Caucase, une communauté réputée pour le rigorisme de sa pratique religieuse et pour son esprit de clan, de solidarité. Lui qui depuis tout petit prie Dieu le mettre sur le droit chemin commence à poser des questions à son nouvel ami. Ce dernier, qui n’estime pas avoir assez de connaissance pour y répondre, le renvoie vers un imam. «On a discuté. Je lui posais une question et il y répondait de façon logique, carré, mathématique.»

A la recherche d’une vérité

Depuis son enfance, Michael se pose beaucoup de questions sur la foi chrétienne. «Je voulais trouver la vérité, même si ce n’était pas la religion de mes parents. De ce que j’entendais à la télé, l’islam me faisait peur.» Le jeune homme, toujours en cheminement, s’engage dans l’armée, où il reste quelques mois, avant de travailler dans le milieu de la sécurité.

Un déclic se produit alors qu’il est dans un bus, en route vers un centre de vacances dans les Alpes où il se rend dans le cadre de son travail. «J’écoutais des nasheeds (des chants religieux musulmans polyphoniques, ndlr) et j’admirais le paysage. Et d’un coup j’ai compris que l’islam était le droit chemin, mais que je pouvais dire non. J’ai accepté. C’est comme si on m’ôtait un voile du visage et que je voyais pour de vrai.»

Une base commune?

Craignant la réaction de ses parents, Michael cache dans un premier temps sa foi nouvelle. Ces derniers finissent par la découvrir. «On en a discuté. Je savais que ça les attristait, mais ils ne m’ont pas rejeté. Ma mère me dit toujours qu’elle prie pour moi.»

Le jeune homme est persuadé d’avoir suivi le droit chemin. «Je ne me suis pas converti à l’islam par mode ou parce que j’y ai trouvé une fille.» Lui qui déclare avoir été croyant, chrétien, déclare beaucoup respecter le christianisme dans son expression évangélique: «Finalement, entre le protestantisme et l’islam, on n’est pas si loin que ça.Il y a une base commune. Les différences notables sont la prière qui, dans l’islam est un acte d’adoration régulier, et la personne de Jésus.»

Avant même d’être musulman, la personne de Jésus comme fils de Dieu suscitait le doute chez Michael. «J’avais toujours appris que Dieu était un dieu jaloux et que la gloire ne revenait qu’à lui seul, pourtant il devait la partager avec son fils.» Face à la «complexité» théologique chrétienne avec la notion de grâce, de Trinité, il défend la logique de l’islam: «Je ne prie que Dieu.» Dans le christianisme il déclare avoir trouvé des incohérences. Pas dans l’islam.

Au sein des tensions et des peurs qui traversent la société française, Michael se veut «rassurant» pour les chrétiens. Il avance: «Vous devez savoir que dans le Coran vous êtes mentionnés et que les musulmans ont l’obligation de vous protéger comme les gens du Livre.» Saïd Oujibou voit quant à lui dans l’Oumma musulmane – la communauté musulmane (spirituelle, politique et humaine) – une force capable de renverser la République.

La vocation et le rôle de l’Eglise

Rémi Gomez, pasteur et auteur du livre La divinité du Christ face à l’islam (éd. BLF), nuance un peu le tableau noir dressé par Saïd Oujibou: «Le phénomène de conversion à l’islam n’est pas spécifiquement lié au christianisme évangélique. Il y a vraisemblablement chez mon frère Saïd Oujibou un prisme déformant dû à ses nombreux contacts en lien avec ces conversions. Du reste, il y a un déni dans beaucoup d’Eglises sur ces questions et sur l’évangélisation des musulmans.»

Pour cet apologète, éducateur de formation, l’annonce de l’Evangile aux musulmans et/ou l’accompagnement pastoral de familles dont des membres sont attirés par l’islam «n’est pas un ministère spécifique, mais la vocation de l’Eglise». Davantage de communion fraternelle et une apologétique mieux maîtrisée sont déjà des clés pour enrayer le phénomène.

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