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Les Eglises équilibrées rassemblent toutes les générations

Schinnen, Pays-Bas, 2 septembre 2018 Louange lors d'un concert d'adoration à l'Eglise pour le début de la nouvelle saison
© iStock
A l’heure où l’activisme et la productivité sont prônés dans nos sociétés, nos Eglises ont-elles tendance, elles aussi, à privilégier la place de la jeunesse, en dépit de celle accordée aux aînés? Pour quelles conséquences? Une vie d’Eglise équilibrée est essentielle. Dossier.
Nicolas Fouquet

Le milieu évangélique se démarque des autres courants religieux par son dynamisme et par la relative jeunesse de ses membres. Cette frange de l’Eglise se trouve d’ailleurs plutôt choyée dans l’ensemble. La plupart des communautés ont su mettre en place un certain nombre de groupes ou d’activités à destination de leurs jeunes. Des structures nationales ont même orienté un pan de leurs activités dans leur direction (Portes Ouvertes jeunes, réseau jeunesse du CNEF, etc.). Cet accent sur la nouvelle génération est-il sain ou se fait-il au détriment des autres classes d’âge?

D’un extrême à l’autre

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Que ce soit dans le monde de l’entreprise, du rapport que l’on a au corps ou de la place laissée à nos aînés, nos sociétés contemporaines sont marquées par une forme de «jeunisme». De quoi s’agit-il précisément? On évoque généralement par là une «volonté de donner une place excessive aux jeunes ou aux notions liées à ces derniers (dynamisme, performance, etc.)». L’Eglise est-elle perméable aux excès de la société dans laquelle elle prend place ou aborde-t-elle ce sujet avec sagesse?

«Une Eglise équilibrée, c’est une Eglise qui rassemble toutes les générations. Chacune d’elles doit pouvoir trouver sa place», rappelle en préambule Patrick Nussbaumer. Le directeur de Jeunesse pour Christ France ne pense pas qu’il y ait un problème majeur sur ces questions, même s’il reconnaît qu’il peut y avoir ici ou là de rares exceptions. «J’ai souvenir d’une Eglise qui avait axé toute sa stratégie sur la jeunesse au point que ça a occasionné son implosion mais c’est le seul cas que je connaisse.»

Ancien directeur de l’Institut biblique Emmaüs et pasteur retraité de la FREE, Marc Lüthi se rappelle, lui, de règlements d’Eglises trop stricts dans lesquels il était stipulé qu’au-delà de soixante-cinq ans une personne ne pouvait plus être nommée à un poste à responsabilités.

Sans aller jusqu’à ces situations extrêmes, il peut y avoir néanmoins des cas de figure qui témoignent d’un fossé grandissant entre les générations. La louange est l’un de ces marqueurs forts. «Il y a une tendance à être monolithique dans les styles musicaux. On va davantage vers la nouveauté que vers ce qui est ancien», observe Etienne Lhermenault, directeur de l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne. Marc Lüthi partage ce constat: «Si l’on souhaite chanter un vieux cantique, on nous dit que ce n’est pas possible car on ne le connaît plus.» Dès lors, il peut arriver qu’une partie de l’assemblée, généralement plus âgée, ait de la peine à s’identifier à la manière d’exprimer la louange lors du culte.

Gare aux dangers d’une société trop activiste

Le milieu évangélique se caractérise également par son «activisme», pour reprendre l’un des quatre critères de l’historien britannique David Bebbington. «Comme on est très axé sur l’engagement, il peut y avoir le risque que l’on épouse certaines valeurs de notre société, comme l’obsession de la productivité, et que l’on n’accorde pas suffisamment de place à ceux qui sont fragiles, malades ou encore âgés», explique Etienne Lhermenault.

Le premier président du Conseil national des évangéliques de France souligne qu’agir dans ce domaine nécessite d’être totalement désintéressé. «S’occuper de personnes âgées demande du temps et de la patience pour un pasteur et, en contrepartie, cette catégorie de membres d’Eglises est peu mobilisable pour un engagement autre que la prière.» Si la situation est donc loin d’être catastrophique, les responsables d’Eglises doivent continuer à veiller à bien intégrer toutes les générations, à plus forte raison dans la période de pandémie actuelle où le recours accru aux nouvelles technologies peut facilement exclure certaines personnes. «Selon la place que l’on donne aux aînés, ils peuvent être un poids ou une bénédiction pour l’Eglise», estime Marc Lüthi. Les retraités ont du temps et de l’expérience dont ils peuvent faire bénéficier la communauté. Il s’agira donc de prendre garde à ne pas les marginaliser: «Il faut tenir compte de leur santé, c’est sûr, mais on peut leur confier des responsabilités adaptées!»

Garder la bonne perspective

La dimension intergénérationnelle doit aussi être recherchée. Les jeunes se trouvent généralement édifiés quand de plus âgés sont invités à partager leur témoignage au sein de leurs rencontres.

Si les Eglises évangéliques peuvent toujours prendre du recul sur leur pratique et les réajuster, elles se trouvent néanmoins sur la bonne voie. Etienne Lhermenault rappelle ainsi qu’il s’agit toujours d’une bonne chose que d’investir dans la jeunesse. «Il y aurait un problème si on ne faisait que ça, mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas», confie-t-il.

Pour Patrick Nussbaumer, l’Eglise devrait continuer à encourager et à valoriser les jeunes mais elle devrait être vigilante à le faire de la bonne manière. «C’est super qu’un groupe de jeunes anime un culte mais sont-ils toujours prêts à le faire?», interroge-t-il. «Ce n’est pas simplement parce qu’une personne est jeune qu’elle doit chanter devant. Quel est l’état de son cœur? Quelles sont les motivations des responsables?» Attention donc à garder la bonne perspective.

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui Février 2021

Dossier: Eglise intergénérationnelle

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