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La pandémie a fait évoluer la valeur du travail

© Istockphoto
La crise économique et sanitaire redistribue les cartes des préoccupations. Le sens de la valeur «travail» est remis en question. Entre spectre du chômage et avènement du télétravail les codes sont bousculés. Pour une plus juste place accordée au travail? Analyse.

Quelques semaines seulement après le déconfinement, plus d’un Français sur deux ne voyait plus son travail de la même manière, d’après une enquête de l’Ifop. 74% des sondés estimaient qu’il y aurait bien un avant et un après Covid-19. La moitié des salariés interrogés aspiraient à une meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle. 41% évoquaient le souhait de changer de rythme et 30% celui de pratiquer le télétravail.

Vie sociale réorganisée

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Cet appel au changement est surtout plébiscité par la nouvelle génération qui pourrait renverser les codes. David Brown, ancien pasteur et président des Groupes bibliques universitaires (GBU) reste toutefois sur sa réserve. «Les patrons français font malheureusement les frais d’une méfiance traditionnelle au niveau politique et syndical, et cela risque de ralentir cette évolution. Le télétravail, en revanche, pourrait devenir pérenne», analyse-t-il, non sans quelques adaptations logistiques et familiales.
En Suisse, de récents chiffres démontraient que 57% des employeurs envisageaient le home office pour une partie du temps de travail de leurs collaborateurs quand 17% seraient prêts à le proposer à temps plein. En creux, c’est bien la qualité de vie professionnelle et personnelle du salarié qui est remise en question. «Cette réorganisation de la vie sociale peut même aller plus loin», souligne David Brown. «Un homme d’affaires parisien me partageait avoir déménagé en Charente-Maritime, m’expliquant qu’il peut tout aussi bien diriger son entreprise à distance qu’en restant à Paris.»

Changement des valeurs


En Alsace, Philippe Roser dirige une entreprise d’une soixantaine d’ingénieurs et techniciens. Il est également le président de Chrétiens témoins dans le monde (CTM). S’il a pu poursuivre ses activités sans coups d’arrêt, il a par ailleurs été témoin de situations plus déstabilisantes. «J’ai vu des techniciens très vulnérables, à la merci du contexte et des décisions gouvernementales. Aller travailler ou rester à la maison? C’est vivre dans une forme de crainte et d’instabilité qui enlève toute sérénité au travail.»
En cette période de crise, la hiérarchie des valeurs s’est inversée. Un sondage BVA révélait récemment une régression de la valeur «travail» au profit de la valeur «famille» pour 72% des Français interrogés, gagnant huit points de plus qu’il y a quatre ans.


En Suisse, Olivier Favre, pasteur et sociologue, n’observe pas les mêmes bouleversements. Si les amis et la famille apparaissent comme des valeurs plus sûres en contexte de crise, «les Suisses vont continuer à vouloir travailler et s’assurer un emploi durable, sans engager de remise en question plus profonde. Chez les jeunes, la recherche de sens est plus forte. Mais les enjeux sont différents dès que l’individu doit assumer sa famille.» Le travail s’impose comme une valeur forte, très valorisée dans la culture protestante suisse, rappelle le chercheur. «J’ai le sentiment que les Suisses aspirent à retrouver une certaine normalité plutôt que de se lancer dans de nouvelles aventures. Ce qui est significatif en revanche, c’est la crainte du chômage.»
Près d’un cinquième des travailleurs suisses craint en effet d’être licencié, contre un Français sur trois en mai dernier. Philippe Roser doit quant à lui sa force «à l’assurance que Dieu est là en toute circonstance». «Cela nous donne une sérénité déjà anormale en temps normal. Elle devient beaucoup plus évidente en situation compliquée», ajoute-t-il.

Vers quelle éthique?

Face au risque de reconfinement, David Brown invite les responsables des Eglises à préparer les chrétiens à la réalité de l’Eglise dispersée: «C’est rester “chrétien” dans tout ce que nous faisons, tout au long de la semaine. Cela s’applique à tout ce que l’on fait comme au temps passé au travail. C’est là que l’on sert Dieu, son employeur, ses collègues et ses clients (au sens large) environ 1 600 heures par an! C’est là que le chrétien peut être sel et lumière et permettre à un collègue de cheminer vers la foi en Jésus-Christ», invite l’ancien responsable de la Commission évangélisation du CNEF. Y aurait-il une éthique du travail à privilégier?


Pour le pasteur David Brown, le texte biblique invite le chrétien à s’engager dans une démarche, non pas liberticide, mais de service. «L’exemple de Jésus lavant les pieds des disciples est un paradigme qui correspond au deuxième commandement: “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”».


Enfin, le sociologue et pasteur Olivier Favre met l’accent sur la notion de vocation, en référence à la pensée protestante de Luther. «Au-delà de la rémunération, le travail est une part de service pour Dieu. Je ne le verrai pas comme moins noble que la famille et les loisirs. Chaque activité a sa juste place.»

Dossier: Entreprises
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