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Etats-Unis : au coeur des élections, le débat religieux

Une Bible ouverte devant le drapeau des Etats-Unis
© iStock
Alors que le 3 novembre, date de l’élection présidentielle, approche, les candidats Joe Biden et Donald Trump enchaînent les allusions religieuses, espérant gagner ainsi un électorat évangélique. Analyse.
David Métreau

Preuve s’il en fallait que le vocable religieux est au cœur de la campagne électorale américaine, le 20 août lors de la Convention nationale démocrate (CND), le candidat Joe Biden a promis être «un allié de la lumière» après la «saison des ténèbres» qu’a été le mandat du président Donald Trump. Cette allusion, qui semble inspirée par le prologue de l’Evangile de Jean, n’a pas tardé à faire réagir dans le camp des républicains.

Quel parti Dieu soutient-il?

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«Joe Biden a dit qu’il apporterait la lumière, qu’il enlèverait les ténèbres, mais Jésus-Christ a dit: “Je suis la lumière du monde pour que ceux qui me suivent soient retirés des ténèbres”», a répliqué Cissie Graham Lynch, fille de Franklin Graham, sur Fox News. Dans son discours tenu lors de la Convention nationale républicaine (CNR) la jeune femme a insisté sur le fait que «la vision Biden-Harris pour l’Amérique ne laisse aucune place aux croyants». La petite-fille de Billy Graham a tancé les démocrates qui n’ont pas ouvert leur convention par la prière – «la CND a enlevé Dieu» – contrairement à la CNR «qui n’a pas honte de Dieu». «Je suis tellement reconnaissante pour le président Donald Trump et son audace, et je n’ai pas honte de sa foi en Dieu», a encore déclaré Cissie Graham Lynch.

Conflit chez les Graham

Ces paroles contrastent avec la prise de position anti-Trump de sa cousine Jerushah Duford, fille de Gigi Graham, la même semaine. Dans une tribune publiée par USA Today le 27 août, cette autre petite-fille de Billy Graham a évoqué un tiraillement en voyant les agissements du 46e président des Etats-Unis.

Ma foi et mon Eglise sont devenues une risée


Jerushah Duford

Ce «tiraillement» est devenu un véritable choc lorsque Donald Trump a brandi une Bible en réponse à des émeutes raciales. «Il tenait une Bible, quelque chose de si sacré pour nous tous, mais il la traitait avec une insensibilité qui offenserait quiconque connaît intimement les mots qu’elle contient. (…) Ma foi et mon Eglise sont devenues une risée, et toute tentative de ses membres de défendre les actions de Donald Trump en ce moment semble creuse et peu sincère.»

Cet affrontement autour de l’héritage de Billy Graham est bien plus qu’anecdotique. Il est désormais de notoriété publique que les évangéliques sont faiseurs de rois au pays de l’oncle Sam. Ou plus précisément faiseurs de présidents. «Pour son élection en 2008, le candidat Barack Obama avait fait un effort concerté pour atteindre les évangéliques, que Hillary Clinton n’avait pas fait en 2016», souligne Micah Watson, professeur de sciences politiques à la Calvin University. Donald Trump, lui, l’a très bien compris: s’il perd le soutien évangélique, il ne sera pas réélu. En publiant le 9 septembre une liste de candidats potentiels -conservateurs- à la Cour suprême, le président entend consolider son électorat.

L’art de flatter son électorat

Donald Trump, qui ne s’est jamais étendu sur sa piété personnelle – «Tu peux croire ces conneries?», aurait-il réagi après avoir prié aux côtés de dirigeants évangéliques lors d’une rencontre à la Trump Tower, selon les révélations de son ancien avocat Michael Cohen – a su s’entourer de pasteurs qui viennent régulièrement prier pour lui dans le Bureau ovale.

De son côté, Joe Biden, le catholique, a fait «plus d’efforts que Hillary Clinton pour intégrer le langage et les thèmes religieux dans son message», observe Micah Watson. Dans un clip de campagne en février il témoignait que «la foi est ce qui (lui) a permis de traverser des moments difficiles dans (sa) vie», y compris la mort de sa première épouse et de sa fille aînée dans un accident de voiture puis de son fils Beau d’un cancer du cerveau.

«Cela dit, sur le fond, je ne pense pas que les démocrates aient fait des ouvertures aux évangéliques modérés ou conservateurs sur les questions d’avortement, de genre, etc.», analyse Micah Watson. «A propos de l’avortement, le président Bill Clinton a appelé à ce qu’il soit “sûr, légal et rare”. La partie “rare” est un clin d’œil à la prise de conscience que même de nombreux citoyens pro-choix sont gênés par l’avortement. Pourtant vous ne trouverez aujourd’hui pas de trace du mot “rare” parmi les politiciens démocrates de premier plan au niveau national.»

Connus pour leur soutien à Donald Trump

Selon le directeur exécutif de l’Institut Henry pour l’étude du christianisme et de la politique, il y aura peut-être des évangéliques modérés à conservateurs qui seront incités à voter pour Joe Biden, «pas tant parce qu’ils sont d’accord avec la plate-forme démocrate, mais parce qu’ils sont convaincus que le président Donald Trump a été très mauvais pour le pays et a créé un environnement nocif pour les évangéliques.» Aux USA, ces derniers sont en effet désormais plus connus pour leur soutien au président Donald Trump que pour leur partage de l’Evangile ou leur soin des plus démunis

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui octobre 2020

Dossier: Elections Etats-Unis 2020
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Professeur titulaire au département d’études théologiques à l’université Concordia à Montréal, André Gagné est l’auteur du livre «Ces évangéliques derrière Trump» qui vient de paraître aux éditions Labor et Fides. Entretien.

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