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Albinos et maltraité, Rémy a été parrainé

Remy Compassion
© DR
Rejeté à sa naissance, Rémy a grandi avec les animaux dans sa famille d’adoption au Rwanda. Maltraité et mis de côté pendant des années, il consacre sa vie à l’intégration des personnes albinos dans la société.
Christian Willi

«J’ai partagé ma couche avec les animaux dans l’étable. Parfois, on me lançait une assiette de nourriture. Parfois non. Parfois on me lavait sommairement, parfois non.» Les quatre premières an-nées de la vie de Rémy ont été traumatisantes pour ce Rwandais dont le «tort» a été de naître albinos.

Traité comme un objet

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Rejeté à la naissance, adopté par une famille qui l’a placé avec ses animaux, Rémy s’en est pourtant mieux sorti que d’autres. En effet, au début des an- nées 90, les enfants souffrant d’albinisme étaient perçus comme des signes des dieux de l’arrivée d’une malédiction. Le plus souvent, ils étaient tués à la naissance ou amputés d’un bras, d’un aux sorciers comme «grigris».

De passage en Suisse en septembre dernier pour témoigner de son histoire hors du commun, Rémy a eu ces mots: «J’ai encore tous mes membres et je suis là pour raconter mon histoire.» Ceci dit, les premières années de sa vie lui ont infligé d’intenses souffrances physiques – avec une peau ravagée et la malnutrition – et de souffrances intérieures – avec un profond sentiment de rejet et une dépression constante. «Je n’étais pas traité comme un humain, mais comme une chose.»

J’ai compris les paroles du Christ sur le pardon

Il a appelé à l’aide

Un an après le génocide du Rwanda, l’ONG Compassion a ouvert un centre d’accueil pour les enfants démunis, en collaboration avec une Eglise près de chez lui. «Leurs collaborateurs sociaux sont passés de maison en maison pour proposer aux familles les plus vulnérables un parrainage pour leur enfant. Lorsqu’ils ont frappé à la porte de ma famille adoptive, mes parents ont dit que personne n’en avait besoin!»

Le jour où le centre d’accueil a ou- vert ses portes et que les enfants retenus ont été invités à s’y rendre, Rémy s’est glissé dans la foule bruyante qui passait tout près de chez lui. A leur arrivée, les enfants recevaient de nouveaux habits et une paire de chaussures, avant d’être pris en photo pour leur dossier. Malheureusement pour lui, Rémy ne figurait pas sur la liste. Les collaborateurs l’ont repoussé en lui disant qu’il n’y avait plus de place disponible. «Mais j’avais cruellement besoin d’aide. Je pleurais et les implorais de me donner à moi aussi de nouveaux habits.» Un collaborateur a été attiré par le bruit des pleurs et des appels répétés de Rémy. Il lui a demandé son nom, l’a pris dans ses bras et lui a dit: «Rémy, je t’aime et Dieu t’aime aussi.»

Du statut de rejeté à celui de premier élève de la classe

Par la suite, Rémy a intégré le programme de parrainage. Les collaborateurs ont convaincu ses parents que l’albinisme n’était pas une malédiction et qu’il avait sa place dans la maison de la famille. Ils ont alimenté le jeune garçon puis lavé et enduit de lotion sa peau dévastée. «Ils m’ont répété qu’ils m’aimaient, ont passé du temps avec moi, m’ont chanté des chants pour m’apaiser et m’ont même appris à rigoler.» Une année entière a été nécessaire pour que le garçon soit «en état» d’aller à l’école. Sa vie n’est pas devenue parfaite pour autant.

«Mes professeurs me décourageaient de venir à l’école. Personne ne voulait s’asseoir ou jouer avec moi. Et sur le chemin de l’école, les moqueries continuaient.» Heureusement, au centre d’accueil, Rémy avait des amis.

Heureusement aussi, la famille de parrains qui a décidé de le soutenir a pris soin de Rémy. «Ils m’ont considéré comme leur fils, m’écrivant régulière- ment des paroles de bienveillance et d’encouragement. Je me sentais faire partie de leur famille alors qu’ils vi- vaient à des milliers de kilomètres.»

Rémy s’est accroché, il a travaillé et a terminé chaque année scolaire dans les cinq premiers de sa classe. Candidat pour une bourse universitaire, il a même terminé premier parmi plus de cinq cents étudiants.

Il s’engage auprès des personnes albinos

Après des études de psychologie cli- nique, Rémy a rejoint Compassion. Il a par ailleurs lancé OIPPA, une organisation pour la promotion et l’intégration de personnes albinos dans la société. «Je suis passé du rejeté à quelqu’un que l’on respecte dans la communauté», témoigne-t-il. Conscient de son privilège, il s’engage désormais pour l’enfance dans son pays. Ironie du sort, Rémy soutient aujourd’hui sa famille biologique. «Un jour, j’ai compris les paroles du Christ: “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont fait du mal”.» Rémy a donc fait le premier pas. Il est allé les trouver et leur a accordé son pardon.

Christian Willi

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui octobre 2020

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