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A la tête de la FEEBF, elle mettra en évidence ce qui unit ses membres

© DR
Joëlle Razanajohary succède à Marc Derœux en septembre 2020 en tant que secrétaire générale de la Fédération baptiste (FEEBF). Elle devient ainsi la première femme à la tête d’une union d’Eglises évangéliques en France. Entretien.
Nicolas Fouquet

En quoi consiste le poste de secrétaire générale pour lequel vous avez été annoncée depuis septembre 2019?
Le poste de secrétaire générale est hybride à la fédération baptiste. Il y a une part d’administratif, une part de soutien aux Eglises et au corps pastoral, et une autre de représentation, mais il y a aussi une grande liberté d’action et d’impulsion. Chaque secrétaire général a marqué son passage de son empreinte. Le conseil national réfléchit à l’avenir de la fédération et effectue un travail de discernement. La proposition m’a été faite plusieurs mois avant l’annonce de ma nomination. Après un temps de prière, j’ai accepté le poste. Il y a eu une période de tuilage depuis le mois de janvier 2020. Je rentre doucement dans le costume du secrétaire général… qui aura des talons cette fois-ci!

Avez-vous une feuille de route pour votre mandat?
Le conseil national donne un cahier des charges général. Ensuite, il y a de l’espace pour le développement d’une vision personnelle. Les idées sont déjà là; je ne peux pas tout vous dire, évidemment. Surtout qu’une particularité de la fédération baptiste est de travailler dans une grande collégialité. Il y a néanmoins un élément que je peux déjà annoncer. Marc Derœux travaillait par mots d’ordre qu’il déclinait sur une temporalité triennale. Je vais reprendre ce fonctionnement. «Unis pour…» sera le slogan des trois prochaines années. Chaque année, il y aura un mot pour remplacer les points de suspension.

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Cela signifie-t-il qu’il y a un risque pour l’unité de la fédération?
Absolument pas, il n’y a aucun risque de quelque ordre que ce soit. Cette orientation est issue d’une réflexion actuelle: l’histoire particulière de la fédération baptiste a conduit à la permanence, dans la même famille, d’Eglises d’expressions de foi différentes, de positionnements théologiques différents là où d’autres fédérations vivaient des schismes. Suite à la décision de l’Eglise Protestante Unie de France de bénir les couples de même sexe en 2015, quelques Eglises ont souhaité quitter la FEEBF parce qu’elle est restée membre de la Fédération protestante de France. Il y a une prise de conscience que quelque chose n’avait pas encore été travaillé et devait maintenant l’être; le besoin de réfléchir et de rendre explicite ce qui nous unit s’est révélé à travers cette période.

Estimez-vous que votre nomination peut également être clivante?
Oui. On ne va pas faire comme si ça n’était pas le cas. Certaines de nos Eglises ne sont pas favorables aux places d’autorité pour les femmes. Pour elles, ma nomination va forcément poser problème. Cela dit, je sais travailler avec des personnes qui pensent autrement que moi. Je l’ai fait pendant des décennies. Il va falloir que l’on apprenne à s’écouter et à travailler ensemble malgré nos différences théologiques. Comme nous avons pu le faire avec succès par le passé autour de la question charismatique. Et si vraiment ma personne est irrecevable, il y a toujours la présidence de la fédération qui reste, elle, masculine.

Comment accueillez-vous le fait d’être la première femme à un tel poste de responsabilité dans le milieu évangélique français?
Je suis très ambivalente par rapport à ça. Il y a toute une partie de moi qui ne s’arrête pas à ça. C’est quelque chose qui ne m’intéresse pas, de même que la couleur ou l’âge des gens. D’un autre côté, je ne peux pas empêcher le fait que ce soit une première et que ce soit quelque chose d’important pour un grand nombre de personnes. Ne rien dire ce serait faire comme s’il n’y avait pas de problème. Or il y a un problème!

Avez-vous eu des remarques désobligeantes suite à votre nomination?
Bien sûr. «La fédération veut faire le buzz». Comme si je n’avais été nommée que pour faire le buzz (rires). La plus fréquente: «On t’a nommée parce que tu es une femme et que ça fait bien en ce moment.» Ces propos peuvent me blesser, selon de qui ils viennent, mais ça ne m’arrête pas. Je suis suffisamment enracinée dans qui je suis et ce que je pense avoir à faire pour avancer malgré tout.

Pensez-vous que votre nomination va avoir une incidence dans les relations avec les autres unions d’Eglises?
Les relations avec les autres familles d’Eglises se passent bien pour l’instant. Je connais la plupart des responsables des unions les plus proches de la fédération baptiste comme l’UEEL ou l’Unepref. En plus, ce sont des dénominations qui acceptent les ministères d’autorité pour les femmes, donc il n’y aura aucun problème. Le siège a reçu de rares courriers de certaines unions d’Eglises au niveau européen et mondial qui ont signalé leur difficulté par rapport à cette nomination mais il n’y a pas de refus à travailler avec la FEEBF.

Vos nouvelles fonctions restreindront-elles votre liberté de parole, notamment sur Twitter?
Ça, ça va être dur (rires). Je suis une personne très spontanée. Il va falloir que je trouve la bonne mesure. Je n’envisage pas de me taire. Je suis qui je suis: une locomotive. A côté de ça, le poste exige du recul et une certaine consensualité. Il va falloir apprendre à, peut-être, mettre certaines choses en berne pour pouvoir avancer tous ensemble.

Comme votre soutien, aux côtés de Cécile Duflot ou Noël Mamère, à la candidature d’Anne Soupa à l’évêché de Lyon?
Effectivement. C’était un coup de cœur. J’ai grandi dans l’Eglise catholique et même si je n’y suis plus, soutenir une démarche comme celle-là était naturel et normal au vu de mon histoire. Cette initiative est vouée à l’échec mais pour moi, c’était essentiel de la soutenir parce qu’elle fait réfléchir. Je ne le regrette pas mais c’est le genre de choses que je ne ferai plus. Ça a été et ce sera mon dernier éclat (rires). Je me calmerai, pour le bien de ma famille d’Eglises, que je veux servir. 

Propos recueillis par Nicolas Fouquet

Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui septembre 2020


Marc Derœux, fidèle et dévoué

Secrétaire général de la fédération baptiste depuis 2011, le pasteur Marc Derœux passe le relais. «Il aura largement contribué au développement des Eglises de la fédération ainsi qu’à son rayonnement autant dans le paysage national qu’à l’international», salue la fédération dans un communiqué. Elle souligne la fidélité et le dévouement de l’ancien directeur de la Ligue dans sa mission. Depuis le 1er janvier, Marc Derœux dirige le centre des Cèdres à Massy, une école chrétienne pour l’apprentissage du français.

David Métreau

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