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Un soir comme je les aime

© "Forgiven Much" Keith Johnson - Facebook
C’est un soir comme je les aime, un soir chaud et doux, autour d’une table grassement garnie. Le vin coule le long des ridules au coin de la bouche des grands messieurs et les miettes de pain s’accrochent aux poils de leurs barbes. Les rires retentissent dans la pièce. Lui, il parle, il rit, il mange. Je ne peux m’empêcher de le regarder. Depuis qu’il est entré dans nos vies, maman et papa lui dépeignent un visage sérieux, un doigt qui pointe, un sermonneur de plus, en somme. Mais un sermonneur qui manie les foules et imbibe les esprits d’un poison pire que la ciguë, un mensonge éhonté. Il serait fils de Dieu. Avec quelques amis, au début, on se moquait de ce que l’on nous racontait de lui, le voyant comme un homme étrange qui se serait cogné la tête un peu trop fort, déblatérant ainsi des folies inacceptables pour papa. Seulement, depuis quelque temps, ce dernier n’a plus le même regard fier et sûr, lorsque cet inconnu s’exprime, il l’écoute, sans l’interrompre. Il le mêle même à ses invités! L’autre jour, j’ai vu des fines gouttelettes perler sur son visage alors que l’étranger parlait avec assurance à une foule muette. Mais les jours passent et papa se déride peu à peu en sa présence. Je ne crois pas qu’il comprenne tout ce que l’homme clame mais il est suspendu à ses lèvres. Je ne peux que le comprendre, les yeux de l’homme me rappellent la douceur du vent qui frôle ma peau; sa voix, elle est si tendre, comme une mie de pain chaud qui invite à se nourrir de ses mots. Maman et papa ne mentent jamais, mais, cette fois-ci, ils ont eu tort; l’homme que l’on me décrivait, il y a quelques jours, n’existe pas. Celui qui se trouve attablé dans notre demeure est animé de quelque chose de plus que les grands messieurs qui discourent sur la Torah. Lui, il parle de ces récits comme de sa propre vie, avec émotion. Il nous décrit celui qui serait son père d’une façon que je n’avais jamais entendue! Alors que je me perds dans mes pensées, à observer les expressions de l’étranger, écouter ses mots, une femme entre en trombe dans la maison. Maman, paniquée, me couvre les yeux! J’écarte ses doigts, et distingue sa silhouette; elle est indécente, de la sueur coule sur sa peau, elle tremble. Elle tient dans ses mains une jarre. Tout se passe très vite, je n’y comprends rien. Tout le monde semble indigné, deux hommes la somment de sortir et se lèvent. Mais l’étranger les arrête. Il la regarde. Alors, la femme tombe à genoux et lui parle dans un flot de paroles que je ne comprends pas. Ses larmes se mêlent à ses mots. Elle verse le contenu de sa jarre sur les pieds de l’homme, après avoir essuyé ses pleurs avec sa chevelure en bataille. Papa devient pivoine. Dans sa maison, une femme de petite vertu, comme dit maman, est entrée et a souillé son sol! Mais l’étranger la relève et déclare: «Tes péchés sont pardonnés. Va et ne pèche plus!» Elle le remercie, pleine d’émotion et sort, comme vivifiée de ces quelques mots. A l’intérieur, c’est le calme plat. Maman me fait sortir. C’est l’heure de dormir, apparemment. En sortant, je peux entendre l’étranger parler, encore. Et, je vois papa, l’écouter, retrouver son calme, tremblant.

C’est un soir comme je les aime, un soir chaud et doux, autour d’une table grassement garnie. Le vin coule le long des ridules au coin de la bouche des grands messieurs et les miettes de pain s’accrochent aux poils de leurs barbes.
Les rires retentissent dans la pièce.
Lui, il parle, il rit, il mange. Je ne peux m’empêcher de le regarder.
Depuis qu’il est entré dans nos vies, maman et papa lui dépeignent un visage sérieux, un doigt qui pointe, un sermonneur de plus, en somme. Mais un sermonneur qui manie les foules et imbibe les esprits d’un poison pire que la ciguë, un mensonge éhonté. Il serait fils de Dieu.
Avec quelques amis, au début, on se moquait de ce que l’on nous racontait de lui, le voyant comme un homme étrange qui se serait cogné la tête un peu trop fort, déblatérant ainsi des folies inacceptables pour papa. Seulement, depuis quelque temps, ce dernier n’a plus le même regard fier et sûr, lorsque cet inconnu s’exprime, il l’écoute, sans l’interrompre. Il le mêle même à ses invités!
L’autre jour, j’ai vu des fines gouttelettes perler sur son visage alors que l’étranger parlait avec assurance à une foule muette. Mais les jours passent et papa se déride peu à peu en sa présence. Je ne crois pas qu’il comprenne tout ce que l’homme clame mais il est suspendu à ses lèvres. Je ne peux que le comprendre, les yeux de l’homme me rappellent la douceur du vent qui frôle ma peau; sa voix, elle est si tendre, comme une mie de pain chaud qui invite à se nourrir de ses mots.
Maman et papa ne mentent jamais, mais, cette fois-ci, ils ont eu tort; l’homme que l’on me décrivait, il y a quelques jours, n’existe pas. Celui qui se trouve attablé dans notre demeure est animé de quelque chose de plus que les grands messieurs qui discourent sur la Torah. Lui, il parle de ces récits comme de sa propre vie, avec émotion. Il nous décrit celui qui serait son père d’une façon que je n’avais jamais entendue!
Alors que je me perds dans mes pensées, à observer les expressions de l’étranger, écouter ses mots, une femme entre en trombe dans la maison. Maman, paniquée, me couvre les yeux! J’écarte ses doigts, et distingue sa silhouette; elle est indécente, de la sueur coule sur sa peau, elle tremble. Elle tient dans ses mains une jarre. Tout se passe très vite, je n’y comprends rien.
Tout le monde semble indigné, deux hommes la somment de sortir et se lèvent. Mais l’étranger les arrête. Il la regarde. Alors, la femme tombe à genoux et lui parle dans un flot de paroles que je ne comprends pas. Ses larmes se mêlent à ses mots. Elle verse le contenu de sa jarre sur les pieds de l’homme, après avoir essuyé ses pleurs avec sa chevelure en bataille.
Papa devient pivoine. Dans sa maison, une femme de petite vertu, comme dit maman, est entrée et a souillé son sol! Mais l’étranger la relève et déclare: «Tes péchés sont pardonnés. Va et ne pèche plus!»
Elle le remercie, pleine d’émotion et sort, comme vivifiée de ces quelques mots. A l’intérieur, c’est le calme plat. Maman me fait sortir. C’est l’heure de dormir, apparemment.
En sortant, je peux entendre l’étranger parler, encore. Et, je vois papa, l’écouter, retrouver son calme, tremblant.

Lydie Guerne

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Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui mai 2020

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