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Souvenirs d’Afghanistan

Serge Martorana a été pendant quatre mois aumônier des troupes françaises. Retour sur une expérience forte et enrichissante
Joël Reymond

Le 13 août, une colonne de véhicules militaires français progressait dans une vallée du district de Saroubi, au centre-est de l’Afghanistan. Descendue à pied pour reconnaître un col, la troupe a été surprise par des Talibans. La nuit même, la femme aumônier du camp est restée à l’écoute de chaque blessé tout en soutenant le personnel médical et les camarades des soldats tombés.
Depuis le début de l’engagement français en Afghanistan, dans le cadre du mandat des Nations Unies, des pasteurs assurent un accompagnement moral et spirituel des troupes pour un période de quatre mois, quittant famille, paroisse et sécurité. En effet, les bases de l’International Security Assistance Force (ISAF) ne sont pas à l’abri des tirs. De plus, il n’est pas rare que les aumôniers accompagnent convois et manoeuvres. «L’aumônier aurait pu se retrouver à Saroubi. Moi, je sortais du camp trois à quatre jours par semaine», indique Serge Martorana (photo, en médaillon), pasteur aumônier qui a achevé son mandat à Kaboul en juin dernier. «La seule présence de l’aumônier en patrouille est souvent rassurante pour le personnel.
Il m’est arrivé aussi de donner un coup de main aux travaux de manutention – tout ce qui peut nous rapprocher des hommes, nous faire partager leur quotidien…»
–CREDIT–
Son ministère d’aumônier, le pasteur de l’UERF (Union des Églises Évangélique du Réveil, membre de la FPF) en parle avec conviction. «Au travers de l’aumônerie, c’est l’Église qui va vers les gens». Serge Martorana se dit beaucoup mieux accepté dans cette fonction que dans le civil. «J’ai aussi témoigné sur les marchés en tant que pasteur de paroisse. Mais dans le contexte de l’armée, le respect qu’il y a pour notre fonction, le danger et le stress permanents facilitent les contacts. C’est ce qu’on attend des aumôniers : de pouvoir parler d’autre chose que de la pluie et du beau temps». De tels contacts informels, à côté des cultes et du casuel, sont la partie la plus importante de son ministère, et celle qui a sa préférence.Et de citer, entre autres interlocuteurs, ce jeune soldat qui a renoué avec la foi de son adolescence et qui modifiait ses tours de garde pour pouvoir assister au culte ; un officier, marqué par un divorce et qui se posait trente-six mille questions à l’heure de rentrer au pays ; on encore de ce soldat d’origine musulmane qui est revenu le voir plus d’une fois parce qu’il avait prié avec l’aumônier et reçu une balle en plein casque le lendemain, sans être blessé. «J’ai la certitude d’avoir été conduit bien des fois vers des gens en recherche», confie Serge Martorana.L’aumônier a aussi vécu, dit-il, une conscience très forte de la protection et de la bienveillance divines.
Il en veut pour preuve une série d’incidents évités trop nombreux pour être le fruit du hasard. «J’ai prié pour la protection divine, pour les hommes,
pour moi-même, pour la famille restée au pays. Ensuite, pour que mes contacts puissent aider des gens sur le chemin de leur foi. Souvent aussi, j’ai prié pour la paix, pour le pays, les habitants. On ne peut qu’être concernés par la misère de ces gens.»Interrogé sur toutes les questions éthiques liées au soutien qu’il apporte à des troupes combattantes, Serge Martorana répond : «Il nous faut être là où les hommes connaissent le stress et risquent leur vie. Les soldats sont des hommes que Dieu aime et qu’il cherche. Dans ma prière, je ne m’occupe pas de la responsabilité des uns et des autres». L’aumônerie militaire a par ailleurs créé un groupe de réflexion qui travaille les questions de «guerre juste» dans le contexte des formes de violences liées au terrorisme et à l’intégrisme.Finalement, Serge Martorana évoque son propre positionnement par rapport à la mort : «Sur un théâtre d’opération comme l’Afghanistan, la question prend une autre ampleur. Est-ce que je suis prêt à partir ? Ma foi est-elle une réelle et sereine assurance ou du verbiage ? J’ai fait mon examen de conscience et renouvelé mon engagement auprès de Dieu.»Aujourd’hui en poste à Nîmes, Serge Martorana considère ses quatre mois d’Afghanistan comme un réel approfondissement. «C’était aussi dur d’en revenir que de reprendre un service en métropole après quatre années d’Outre-mer !», conclut-il. C’est dire l’intensité vécue dans cette région du monde.

Joël Reymond

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Christianisme Aujourd'hui

Article tiré du numéro Christianisme Aujourd’hui – Octobre 2008

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