Le post de Jean-Luc Gadreau

Et tout commence par la grâce

Et tout commence par la grâce
 
14.05.14 - En ouverture de ce 67ème Festival de Cannes, le nouveau film d'Olivier Dahan GRACE est proposé, hors compétition, ce matin à la presse avant d'être présenté lors de la cérémonie officielle ce soir dans le Théâtre Lumière. Un film qui a déjà largement fait parler de lui, avant même sa sortie, en raison des réactions conflictuelles de la famille princière monégasque.
Ouvrir le festival avec un film portant ce titre est un véritable cadeau fait à la presse. Les rédacteurs des "Unes" peuvent s'en donner à coeur joie pour rivaliser d'ingéniosité en cherchant les jeux de mots les plus appropriés. Alors pourquoi m'en priverais-je ?... D'autant plus sur ce blog où se mêlent différentes choses avec une tentative constante de porter un regard empreint de foi. Et pour un protestant de surcroit, commencer par la "grâce" prend alors une valeur supplémentaire. Bon, vous me répondrez sans doute : "Si ce n'est qu'une affaire de vocable, quelque peu tirée par les cheveux de plus, pas la peine d'en faire autant..
." Et vous n'aurez pas tort, sauf que, finalement peut-être, la grâce est peut-être l'invitée surprise de ce premier long métrage cannois.

Grâce de Nicole Kidman, magnifiquement filmée avec une approche intimiste rendue par une proximité presque constante de la caméra par un Olivier Dahan inspiré... Grâce d'une histoire où des valeurs et une grande humanité viennent donner de l'intensité aux événements... Grâce enfin de permettre à un artiste d'être libre et de se dégager d'une histoire authentique pour laisser libre cours à l'imagination de la fiction. Car c'est tout de suite le point nécessaire à préciser comme le film d'ailleurs le signale dès le début : Il ne s'agit pas d'un biopic mais d'une oeuvre de fiction inspirée de faits réels. Et si Olivier Dahan précise aussi en interview qu'il n'est pas historien mais un artiste, ce n'est pas moi non plus en historien spécialiste des histoires de couronnes que j'écrirai mais juste en spectateur séduit par un film beau et touchant.

C'est au travers de quatre mots clés que j'aimerai vous parler maintenant de GRACE. Et le premier sera...

COMBATS

Si Hollywood est le point de départ de cette histoire, avec Grace Kelly finissant de tourner une scène emblématique de son oeuvre, c'est dans la principauté de Monaco que tout se joue. Nous retrouvons ainsi Grace six années plus tard devenue l'épouse de celui qu'elle qualifiera elle-même de prince charmant, et devenue elle-même Son Altesse Sérénissime Grace de Monaco. Mais le charme du conte de fées a bel et bien initié un combat intérieur éprouvant pour notre héroïne. Surtout quand la maître Hitchcock vient en ajouter en venant lui proposer un retour sur les écrans l'ayant choisie pour jouer le rôle de Marnie dans son prochain film.

Si les combats intérieurs de cette femme sortent de l'ordinaire pour le commun des mortels, nous sommes finalement tous aussi concernés par les nôtres qui nous hantent et nous font peur. Envies, tentations, frustrations... peines, enfermements... que nous soyons princesse, femme de chambre ou cadre moyen le coeur humain est toujours le même. De ces combats intérieurs va surgir un autre combat, et c'est là sans doute une leçon qui nous est donnée. Un combat que Grace va pouvoir mener à cause de ses...

CHOIX

Voilà un mot qui revient plusieurs fois comme un leitmotiv. Choisir... Acte au combien difficile, impliquant renoncement, mais devenant souvant libérateur. L'histoire que nous livre Olivier Dahan le souligne avec force.

Plusieurs personnages autour de Grace seront déterminants dans cette histoire. (L'occasion là de rappeler sans doute que si les choix sont personnels, l'accompagnement, l'entourage peuvent aussi avoir du bon ou à l'inverse nous engluer un peu plus dans nos interrogations.) Le père Francis Tucker sera aux côtés de la princesse torturée pour lui rappeler ses choix et l'amener à en faire d'autre tout en lui laissant sa liberté. Pour Grace son choix alors sera déterminant... Choix d'une position, d'un homme, d'un peuple, d'une histoire... Un choix qui n'est pas de tout repos, qui ne la conduit pas à l'abandon mais au contraire à la...

DETERMINATION

Voilà un sentiment et même plus, une attitude, qui se dégage du personnage joué par Nicole Kidman. Une femme déterminée à mener à bien son choix jusqu'au bout et quoiqu'il en coute. La situation de crise Franco-Monégasque au coeur du récit, et l'affrontement entre De Gaulle et Rainier, lui donne de se positionner contre toute attente. La faible actrice va pouvoir devenir un élément-clé. Mais pour y arriver, encore faut-il se relever les manches, faire acte de courage et décider de se battre, apprendre, écouter et enfin agir. Rainier lui en laissera finalement la possibilité et il ne le regrettera pas.

Cette détermination qui accompagne le choix est sans doute aujourd'hui encore extrêmement parlante. Nous pouvons tous nous laisser interpellé à chaque fois ou la tentation est de baisser les bras, d'abandonner. Mais la détermination a aussi besoin d'être souvent alimentée. Plusieurs façons existent... la haine, la peur, la rancœur... mais là c'est une énergie positive qui en sera le carburant...

AMOUR

De la Grace à l'Amour, pourrait être un sous-titre possible à notre histoire. Sans en dire trop, comment ne pas être charmé par le discours final de notre princesse ayant pris enfin sa place ? Surtout quand cela se produit après avoir écouté quelques notes de La Callas... Un véritable hymne à l'amour façon Dahan ou façon Kidman. Une sorte de paraphrase du texte biblique de la première épitre aux Corinthiens chapitre 13 (L'hymne à l'amour façon apôtre Paul pour les non-initiés) ou l'Amour est plus fort et l'emporte sur tout ce qui voudrait détruire ou emprisonner. Le sort en est jeté... Monaco une fois encore résistera... après Louis XIV, après Bonaparte, c'est au tour de De Gaulle d'abdiquer... et en plus devant une actrice (whouaa... quand même Description : sarcastic) !



Grace au bal de la croix rouge

La première séance de presse s'est terminée dans un mélange d'applaudissements et de sifflements. Normal sans doute pour un film comme celui-là. On peut ne pas plaire à tout le monde, surtout dans ce registre. Mais pour ma part ce festival commence bien agréablement avec de beaux moments et aussi de quoi réfléchir, à condition bien sûr d'accepter de voir un peu plus loin... La journée n'est pour autant pas finie, et c'est dans un registre totalement autre, tout à l'heure, que l'écran noir s'animera à nouveau, avec TIMBUKTU, un film mauritanien en compétition, qui raconte le combat silencieux de femmes et d'hommes face à l'humiliation et aux sévices.

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Crédits
Illustration/Photo: © Alliance Presse
 
L'auteur
Pasteur, artiste et critique cinéma, Jean-Luc Gadreau suit la scène culturelle de près.

Envoyé spécial du Christianisme Aujourd'hui à Cannes, il nous fait vivre cet événement au quotidien et reviendra sur l'événement dans les colonnes du Christianisme Aujourd'hui.
 
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