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Vingt-cinq ans après, l’Eglise a un rôle à jouer

Vingt-cinq ans après, l’Eglise a un rôle à jouer
 
20.05.19 - Vingt-cinq ans après le génocide au Rwanda, les Eglises sont appelées à être des sentinelles. Entretien avec Paul Rutayisire.
Paul Rutayisire est professeur d’histoire à l’Université nationale du Rwanda, spécialiste de l’Histoire des Eglises dans le pays, du génocide contre les Tutsis et du rôle des religions dans les génocides. Entretien.

En 1994, plus de 800 000 personnes - principalement des Tutsis - ont été tuées par des miliciens hutus, selon les chiffres de l’ONU. Quel a été le rôle des Eglises dans ce génocide?
Certains membres de l’Eglise catholique, dont une partie du clergé, ont été impliqués dans des massacres. D’autres ont été observateurs, faisant preuve de non assistance à personne en danger. Beaucoup de chrétiens figurent parmi les victimes. Au niveau des individus, les chrétiens ont été à la fois victimes et bourreaux.
Au niveau de l’institution, les Eglises n’ont pas incité à quoi que ce soit, selon le discours officiel. Mais c’est un débat de dupes, car faire la distinction entre les individus et l’institution, c’est un peu facile.
Du côté catholique, les choses se sont clarifiées depuis que le pape François a demandé pardon au nom de l’Eglise en 2017 pour le rôle tenu par celle-ci et certains de ses membres pendant le génocide. Cela a débloqué le débat.

Comment expliquer cette faillite des Eglises, il y a vingt-cinq ans?
Le génocide est une faillite totale des différents intervenants dans une société: l’Etat et ses institutions en premier lieu, puis les organes affiliés, dont les Eglises. Les Eglises chrétiennes ont légitimé, poussé et animé le long processus génocidaire. Celui-ci a démarré à partir de l’année 1959 et la légitimation de violences à caractère éliminatoire. Ce processus d’escalade de la violence n’a pas été interrompu. Si on remonte plus loin, ce phénomène de discrimination commence avec le système colonial dans lequel l’Eglise a joué un rôle de pilier. Parmi les responsables religieux, certains se sont pourtant opposés à ce processus génocidaire, à titre individuel. Mais c’étaient des voix criant dans le désert réduites au silence par l’esprit du temps: une philosophie de discrimination.

Quel est l’esprit du temps aujourd’hui?
La philosophie affichée est celle de l’unité et de la réconciliation. Les confessions se sont mises au pas d’une réconciliation à l’initiative de l’Etat. Comme l’Eglise catholique était puissante sociologiquement et économiquement, les accusations ont fusé de partout. Ces critiques l’ont laissée longtemps inerte et passive.
(...)
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