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Un pays mûr pour l’Evangile

Un pays mûr pour l’Evangile
 
14.09.10 - Timothée Paton est missionnaire auprès des petits chiffonniers de Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Il évoque les progrès des Eglises et la nouvelle stratégie qu’il a mise au point pour sortir ces gamins de la rue
Bonjour, Timothée Paton. Comment le dit-on au Cambodge?
«Tchoum riap souah». Quand on veut être familier, «soussadaï». On joint les mains, on touche le nez, mais on ne fait pas de courbette, comme au Japon. On ne regarde pas dans les yeux. On ne se touche pas. On touche pas la tête des enfants. Il ne faut pas montrer le dessous de ses souliers, ne pointer la plante des pieds en direction de quelqu’un

Vous parlez khmer.
Il m’a fallu deux ans pour l’apprendre.
Mais je l’apprends toujours. Chaque soir, j’ai une heure de lecture de la Bible en khmer, avec une prof. Quand on arrive ici, on a envie de se mettre au tout de suite, quand on voit la misère. Mais ce n’est plus l’Indochine française. On ne veut pas en faire l’Indochine anglaise.

Aujourd’hui, la mission s’anglicise beaucoup. Et il y a des missionnaires qui sont là depuis aussi longtemps que moi - quinze ans - et qui ne parlent pas la langue. Nous venons de pays de cultures récentes dans un pays de culture millénaire. Les ONG laïques françaises reprochent aux missionnaires de venir imposer leur culture : ils n’ont pas toujours tort. Il faut écouter la langue, la culture.

Pour travailler avec les enfants des rues, il faut le khmer. Les Cambns ont un bel héritage qui a failli disparaître. Les gens ont un complexe parce que leur langue n’est parlée nulle part, par rapport aux grandes langues que sont l’anglais, le français ou le chinois. Mais aussitôt qu’un étranger parle leur langue, ils écoutent. C’est valorisant. Les gens écoutent ce qu’on a à dire.

Les Eglises du Cambodge, en deux mots ?
Toutes les Eglises ont disparu dans le génocide. En 1979, il n’y avait plus que trois pasteur cambn. Il y a eu une certaine liberté religieuse. Puis en 1991, un traité de paix a été signé à Paris, sous l’égide de François Mitterrand, qui a marqué la fin du régime. Dès lors, les Eglises ont été moins timides. Elles ont explosé. La croissance est extraordinaire, encore maintenant.

Rendez-vous compte : il y a aujourd’hui cinq mille lieux de culte évangélique au Cambg, plus de deux fois plus qu’en France, pour 13 millions d’habitants. Cela s’est fait en vingt ans seulement. Les responsables évangéliques se sont retrouvés récemment au niveau national et ils se sont fixé comme objectif de voir une Eglise dans chaque village en 2021. Je pense qu’ils peuvent y arriver.

C’est tellement différent des pays voisins : au Vietnam et au Laos il n’y a aucune liberté religieuse ; en Thailande, ce n’est pas facile non plus. Au Cambog, les gens ont tellement souffert qu’ils sont ouverts à l’Evangile. C’est l’heure du Cambodge, vraiment.

Y a-t-il un système traditionnel ou philosophique qui se heurte à l’Evangile ?
Tout a été rayé pendant la guerre ? Le bouddhisme n’est pas très fort. Un Thaï est forcément bouddhiste, mais pas un Cambodgien. L’hindouisme a précédé le bouddhisme. Aujourd’hui, les jeunes ont vu que le communisme n’a pas marché et que le bouddhisme ne remplit pas le cœur. Et on ne voudrait pas que le christianisme soit le suivant sur la liste ! Je dis souvent dans les Eglises : «Je ne souhaite pas que vous suiviez le christianisme, mais le Christ !».

La culture cambnne ressemble à celle dans laquelle Jésus vivait. Aux ONG française laïques et humanistes qui critiquent notre travail, je dis trois choses : un, la foi chrétienne est née en Orient. Deux, le bouddhisme a aussi été imposé ici et il vient d’Inde. Et trois, en Occident, on peut découvrir et même choisir d’autres traditions religieuses. C’est une bonne chose. Pourquoi ne pas offrir cela ici aussi?
(...)
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«Paoun» arraché à la rue

Naren était un de ces petits chiffonniers. Sa spécialité était de travailler de nuit. C’était plus risqué, parce que la nuit, il n’y a plus de loi, mais il y avait aussi moins de concurrents. Naren tirait sa petite charrette de tas d’ordures en tas d’ordures. C’est lors d’une de ses veilles qu’il a été percuté par une camionnette folle. Ce n’est que plusieurs heures plus tard qu’il a été ramené chez lui, dans sa cabane de tôle, par son grand frère.
(...)
 

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