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Un fragile vent de liberté souffle sur l’Algérie

Un fragile vent de liberté souffle sur l’Algérie
 
19.04.19 - En Algérie, les chrétiens espèrent une ère nouvelle. Quels sont les enjeux, dans un pays où la foi chrétienne n’est pas acceptée?
Commencé le 16 février en réponse à la candidature du président Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat, le mouvement protestataire en Algérie ne s’est pas arrêté à la démission de ce dernier le 2 avril. Pour les manifestants, c’est tout le «système» qui doit quitter le pouvoir.
Cette libération concernera-t-elle aussi les chrétiens, de plus en plus nombreux dans le pays? L’avenir nous le dira. En attendant, voici venu le temps du bilan de vingt ans de présidence Bouteflika et de ses conséquences sur l’Eglise en Algérie.

Tolérés, mais pas encore acceptés
«Il se dessine une nouvelle donne, pour nous les chrétiens. Nous espérons que nos droits ne vont pas reculer», avance prudemment Mustapha Krim, pasteur évangélique à Béjaïa, en petite Kabylie, sur le rivage méditerranéen. L’ancien président de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA) - association qui représente la plupart des Eglises protestantes dans le pays - estime qu’avec le désormais ex-président, les chrétiens ont bénéficié d’un «semblant de reconnaissance et de tolérance», mais d’une légitimité tout de même. «Pour l’instant, nous sommes tout juste tolérés mais pas encore acceptés», abonde Salah Chalah, l’actuel président de l’EPA. Pasteur à Tizi-Ouzou, il déplore les difficultés liées à la mise en conformité de l’association qui existe pourtant depuis 1974.
«Nous voulons travailler sereinement comme toutes les associations nationales.»

La loi de 2006 pèse encore
L’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en 1999, pendant la guerre civile algérienne ou «décennie noire» avait suscité chez les chrétiens un espoir de changement. Néanmoins, pour Mustapha Krim comme pour Salah Chalah, le deuxième mandat d’Abdelaziz Bouteflika a constitué un tournant. «Avec l’ordonnance 06-03 de 2006 qui restreint les conversions vers le christianisme nous avons, en gros, le droit de nous taire», déclare Mustapha Krim, qui regrette l’accès fermé pour les chrétiens aux médias nationaux et une pression administrative constante. «Aujourd’hui, trois églises sont encore fermées dans mon département», ajoute-t-il. «Qui décide? Nous ne savons jamais. Nous ne savons pas sur quel pied danser. En général, personne n’a le courage de prendre position pour la réalité et pour nos droits.»
Pourquoi l’ex-président algérien a-t-il promulgué cette loi de 2006? Salah Chalah émet l’hypothèse d’un marchandage avec les islamistes. «Le président avait dû subir des pressions.» La «décennie noire» qui s’est achevée en 2002 pour certains - en 2005 pour d’autres - a fait des dizaines de milliers de morts dans les affrontements entre l’armée et les islamistes du Front islamique du salut (FIS) et du Groupe islamique armé (GIA) notamment.

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