L'article

Servir, c’est souffrir

 
17.08.10 - Si l’apôtre Paul a connu la fatigue, la colère et l’anxiété dans son ministère, qu’est-ce qui nous fait penser que nous pourrions les éviter dans le nôtre?
Les chrétiens nord-américains ont prêté une attention particulière à la souffrance des chrétiens de l’hémisphère sud depuis 1996, lorsqu’une coalition d’activistes catholiques, protestants et juifs a commencé à attirer leur attention sur la persécution des chrétiens en dehors de l’Occident. Lorsque les chrétiens, particulièrement en Occident, ont manifesté leur préoccupation pour la persécution des croyants, ils ont souvent choisi de la faire par le biais des droits de l’homme. Dans cet article, le pasteur et évangéliste sri-lankais Ajith Fernando nous aide à voir la souffrance comme une partie essentielle de la formation de disciple chrétienne, en particulier pour les personnes appelées à prendre des responsabilités dans l’église.

J’écris ces quelques lignes peu après mon retour d’une semaine de formation pour pasteurs dans le sud du Sri Lanka. L’expérience de ces pasteurs démontre que, lorsque des personnes démarrent un travail pionnier dans des régions non-atteintes, ils attendent en général entre douze et quinze ans pour voir des fruits importants et une diminution de l’hostilité de la part des habitants de ces régions. Pendant ces années, ils sont assaillis et accusés faussement ; des pierres sont jetées sur leurs toits ; leurs enfants vivent des temps difficiles à l’école ; et ils ne voient que peu de conversions authentiques. De nombreux pionniers renoncent après quelques années. Mais ceux qui persévèrent portent beaucoup de fruits pour l’éternité. Je suis humilié et honteux en pensant à la façon dont je me plains de problèmes qui sont minimes par rapport aux leurs.

Lorsque je rentre d’un voyage de ministère en Occident, mes sentiments sont très différents. J’ai alors pu « utiliser mes dons » et passer la majorité de mon temps à faire des choses que j’aime. Mais lorsque je me retrouve en tant que leader dans la culture moins efficace du Sri Lanka, la frustration me gagne. La transition du rôle d’orateur en Occident à celui de leader au Sri Lanka est difficile. En tant que leader, je suis l’esclave (doulos) du peuple que je conduis (2 Cor. 4.5). Cela implique que mon emploi du temps est davantage façonné par leurs besoins que par les miens.

L’épanouissement professionnel dans le Royaume de Dieu possède une caractéristique distincte, différente de l’épanouissement professionnel dans la société. Jésus a dit, « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4.34). Si nous faisons la volonté de Dieu, nous serons heureux et épanouis. Mais pour Jésus, et pour nous, le fait de faire la volonté de Dieu inclut la Croix. La Croix doit être un élément essentiel dans notre définition de l’épanouissement professionnel.

Les jeunes chrétiens qui reviennent au Sri Lanka après avoir étudié en Occident luttent avec cela. Ils sont hautement qualifiés, mais notre pauvre nation ne peut se permettre de leur donner la reconnaissance qu’ils estiment mériter pour leurs qualifications. Ils ne peuvent utiliser leurs dons pleinement parce que nous n’avons pas besoin de purs spécialistes. Ils luttent contre la frustration. Certains finissent par quitter le pays après quelques années. D’autres démarrent leur propre organisation pour réaliser leur « vision ». D’autres deviennent consultants, offrant des formations et des conseils dans leur domaine d’expertise. D’autres, finalement, paient le prix de s’identifier avec notre peuple et finissent par avoir un profond impact sur le pays.

J’essaie d’expliquer à ces étudiants que leur frustration pourrait être le moyen d’aiguiser leur perspicacité. Je leur explique que des hommes comme Jean Calvin et Martin Luther avaient une somme de responsabilités vertigineuse, et qu’ils ne pouvaient utiliser leurs dons que dans la brume de la fatigue. Pourtant, les fruits de leur travail en tant que leaders et auteurs continuent de bénir l’église aujourd’hui.

Frustration et épanouissement
La théologie de Paul met l’accent sur la nécessité d’endurer la frustration avec patience, car nous vivons dans un monde déchu dans l’attente de la rédemption de la création. Paul explique que nous gémissons à cause de cette frustration (Rom. 8.18-27). Je crois que nous avons oublié d’inclure cette frustration dans notre compréhension de l’épanouissement dans notre vocation. Une église qui a une mauvaise compréhension de l’épanouissement pour ses collaborateurs va certainement tomber malade. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles l’église manque tant de profondeur. Nous avons mesuré le succès d’après les standards du monde et n’avons pas pu défier le monde avec un chemin biblique, radicalement différent, vers l’épanouissement.

L’accent contemporain sur l’efficacité et les résultats mesurables rend la frustration encore plus difficile à gérer. Au cours des quatre derniers siècles, le développement industriel et technologique en Occident a fait de l’efficacité et de la productivité les valeurs ultimes. Avec un développement économique rapide, des choses qui étaient autrefois considérées comme des luxes sont non seulement devenues des nécessités, mais aussi des droits, même dans la pensée des chrétiens. Dans cet environnement, l’idée chrétienne d’engagement a été durement éprouvée.

Nous appelons nos églises et nos organisations chrétiennes des « familles », mais les familles sont des organisations hautement inefficaces. Dans une famille saine, tout s’arrête lorsqu’un membre a de gros besoins. Nous ne sommes souvent pas prêts à avoir ce type d’engagement pour une vie de corps chrétienne.

Engagement et communauté
Le modèle biblique de vie communautaire se trouve dans le commandement de Jésus de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés – c’est-à-dire que des membres meurent pour d’autres membres (Jean 15.12-13). Le modèle du leadership chrétien est celui du Bon Berger mourant pour ses brebis, ne les abandonnant pas lorsque la situation devient dangereuse (Jean 10.11-15). Lorsque Dieu nous appelle à le servir, il nous appelle à mourir pour les gens que nous servons. Nous ne repoussons pas les gens quand ils ont des problèmes et ne peuvent plus accomplir leur tâche normalement. Nous les servons et les aidons à sortir de leurs problèmes. Nous ne disons pas aux gens de trouver un autre lieu de service lorsqu’ils se rebellent contre nous. Nous travaillons avec eux jusqu’à ce que nous trouvions un accord ou que nous soyons d’accord d’être en désaccord.
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