L'article

Pourquoi le Jura bernois est une terre évangélique

Pourquoi le Jura bernois est une terre évangélique
 
18.06.12 - La proportion de chrétiens évangéliques dans le Jura bernois est l’une des plus élevées d’Europe. Quels facteurs historiques expliquent cette réalité ? Et comment ces évangéliques sont-ils aujourd’hui perçus par les autorités et la population locale ? Enquête
«Le Jura bernois est le principal bastion des Eglises évangéliques en Suisse romande». Cette affirmation de la Radio Suisse Romande (RSR), lancée dans une émission «Juste Ciel» du début de l’année, rappelle une fois encore que le Jura bernois est un cas religieux particulier. D’une part parce que la proportion d’évangéliques y est importante, parmi les plus hautes d’Europe : ils sont 10% dans l’ensemble de la région et 25% à Tramelan, dont on dit volontiers qu’il y a plus d’Eglises que de bistrots. D’autre part parce que la diversité des communautés évangéliques est impressionnante.

Le Jura bernois attise la curiosité des médias
En 1973 déjà, la Télévision Suisse Romande (TSR) consacrait un Temps Présent aux évangéliques de Tramelan. Et rebelote en 2011. «La forte présence évangélique dans le Jura bernois est étonnante. On en trouve partout : dans les banques, à la poste, dans les magasins, etc.», confirme Marc Lüthi, natif de Tavannes, pasteur à Reconvilier pendant sept ans et ancien directeur de l’Institut biblique et missionnaire Emmaüs.
Mais comment expliquer ce phénomène ?
Marc Lüthi parle d’une «conjonction de diverses influences».

Les anabaptistes ont ouvert la voie
Historiquement, l’immigration mennonite, ou anabaptiste, constitue une première explication, selon le sociologue Olivier Favre. Nées dans les années 1520, les communautés anabaptistes ont rapidement été persécutées pour leur distanciation d’avec les doctrines classiques de la Réforme, vue comme trop molle. «Les Bernois nous traitaient de mauvaise herbe. Dès 1650, ils ont serré la vis et engagé des chasseurs d’anabaptistes, les contraignant à l’exode», rapporte Michel Ummel, théologien et pasteur mennonite au Sonnenberg.

Les autorités du catholique Evêché de Bâle, qui comprenait alors le Jura bernois actuel, ont offert la possibilité aux anabaptistes de s’installer à plus de 1000 mètres d’altitude. «Les mennonites ont ouvert la voie, ils ont été parmi les premiers à s’installer dans le Jura bernois», rappelle Michel Ummel.

Population favorable à la Réforme et au Réveil de Genève
Marc Lüthi estime que ces districts du Sud de l’Evêché de Bâle étaient perméables à l’extérieur : «Cette mentalité a permis une ouverture pour la Réforme, qui est venue par l’influence bernoise et les visites de Guillaume Farel.»

Puis au 19e siècle, le Réveil de Genève profite lui aussi de cet état d’esprit. César Malan, Ami Bost et Félix Neff parcourent l’actuel Jura bernois dans le premier quart du siècle. «L’accent est mis sur les cultes de maison et sur la doctrine de la grâce, avec l’idée qu’on ne naît pas chrétien, mais qu’il faut le devenir», poursuit Marc Lüthi.

Commander ce numéro S'abonner

Alliance Presse est un groupe de presse indépendant, spécialisé dans la presse chrétienne.

Pour accomplir sa mission d'information de façon professionnelle, Alliance Presse dépend de la générosité de celles et ceux qui apprécient ses magazines et ses sites internet.

Je manifeste mon soutien à Alliance Presse en ajoutant un don de
    
 
Une faute d'orthographe, une erreur ou un abus dans les réactions: signalez-le à la rédaction.


Pas de réactions pour l'instant: soyez le premier à réagir sur cette page.

Saisir votre réaction

Se connecter/S'inscrire pour réagir
 
Crédits
Source/Agence: Christianisme Aujourd'hui
Illustration/Photo: © Alliance Presse
 
En savoir plus

Toute la palette d’Eglises

Assemblée évangélique, baptistes, Brüderverein (Eglises pour Christ), darbystes, mennonites, pentecôtistes et on en passe: on trouve de tout dans le Jura bernois. De quoi embrouiller peut-être le citoyen lambda. Pierre-Alain Brenzikofer observe cette diversité, pas seulement dénominationnelle: «Certains ne frayent pas beaucoup avec les membres de la société civile et ont une conception de la vie qui rappelle un peu “La petite maison dans la prairie”. D’autres, par contre, fréquentent les discos et les concerts rock, fument et boivent.»

Marc Lüthi voit les choses un peu autrement: «En dépit des apparences, il y a une vraie unité, un élan de travail commun». Pour Michel Ummel, le Jura bernois, c’est une «cohabitation religieuse fragile mais réelle: nous avons une culture de dialogue».
 

Facebook
 
éditeur

Un site
d'Alliance Presse



 

x