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ONG: Selon la directrice de MEDAIR, «le travail humanitaire n’est plus protégé»

ONG: Selon la directrice de MEDAIR, «le travail humanitaire n’est plus protégé»
 
23.08.16 - A quoi ressemble le travail humanitaire aujourd’hui? Quels sont les nouveaux défis des ONG? Entretien avec Jules Frost, la nouvelle directrice internationale des opérations de Medair.
Quels sont les principaux défis de l’aide d’urgence aujourd’hui?
La complexité des conflits que nous vivons, additionnée à l’augmentation de l’amplitude des catastrophes naturelles qui touchent de plus en plus les grandes villes, font que nous vivons des temps difficiles. Mais environ 80% du travail humanitaire vise des besoins consécutifs aux conflits armés.
Là où le travailleur humanitaire était protégé par son emblème, il ne l’est plus. On le voit dans les attaques d’écoles ou d’hôpitaux. Le travail humanitaire est politisé et militarisé, alors qu’il ne devrait pas être vu comme une solution aux problèmes politiques. Il importe de protéger le principe même de l’aide humanitaire, qui veut que nos actions soient indépendantes, impartiales et neutres. Nous ne défendons pas un agenda politique.

Comment gérez-vous les obstacles qui vous empêchent d’apporter de l’aide aux populations ?
Nous engageons le dialogue avec tous les acteurs des conflits.
Ainsi, nous espérons pouvoir assurer notre impartialité à toutes les populations. Nous sommes là pour aider les plus nécessiteux, les plus vulnérables, sans regarder à leur religion ou aux origines ethniques. Il faut du courage et de la persévérance... ainsi qu’une qualité d’organisation qui assure la continuité de l’accès une fois qu’il est obtenu. C’est notre préoccupation au Soudan du Sud. Nous devons y garder le contact avec les deux parties en conflit, pour maintenir nos équipes et pour aider les civils coincés sur le théâtre de ces affrontements.

Vous arrive-t-il d’être confrontés à la corruption sur le terrain? Ou à des tentatives d’enlèvement?
Nous ne payons pas de pots-de-vin pour accéder à une région et ne donnons pas assistance à une communauté qui n’est pas dans le besoin. Medair est attentif à la mise en oeuvre de ces principes.
Les kidnappeurs pensent souvent qu’ils ont l’occasion de faire de l’argent en s’en prenant à des Occidentaux ou à des travailleurs humanitaires locaux. Nous connaissons ce risque et organisons notre travail avec sagesse, aussi bien dans la composition de nos équipes que dans le choix des lieux d’intervention. Nos équipes sont entraînées sur les questions de sécurité. Par exemple, nous ne demandons pas aux équipes de risquer leur vie pour sauver un véhicule s’ils sont menacés. Mais le risque zéro n’existe pas. Nous disposons d’une équipe de gestion des crises, joignable en tout temps. Si besoin, nous ferions tout ce qui est en notre pouvoir pour obtenir une libération.

Les ONG deviennent-elles réticentes à prendre des risques?
Nous avons conscience des risques encourus dans certaines zones, mais il est important pour nous d’être présents: si nous n’y allons pas, qui ira? Et comment nous assurer que les crises oubliées ne le soient plus?

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