L'article

On ne m'ôtera pas ma liberté de penser

On ne m'ôtera pas ma liberté de penser
 
21.09.15 - Puis-je invoquer ma conscience pour désobéir à l’Etat? Pour éviter d’en arriver là, nous avons besoin de clauses de conscience.
Les chrétiens seront-ils bientôt emprisonnés en Suisse et en France parce qu’ils écoutent leur conscience et refusent de pratiquer certains actes dans l’exercice de leur profession? «Oui, il est même plus tard que vous ne le croyez», avertit Franck Meyer, initiateur du Collectif des maires pour l’enfance en France. Pour éviter une telle issue, les chrétiens, et d’autres, se battent pour obtenir une clause de conscience: la possibilité d’exercer leur liberté de conscience dans des situations inconfortables. «C’est l’une des questions les plus fondamentales auxquelles les Etats occidentaux sont confrontés», assène le politologue Jean-Pierre Graber.

Pressions multiples
Discours alarmiste? Laissons parler les faits. Deux domaines posent surtout problème, remarque Nancy Lefèvre, juriste du CNEF. Le premier est lié au mariage homosexuel. En France, le Collectif des maires pour l’enfance attend que le Conseil d’Etat se prononce sur ses deux recours, car un maire qui refuse de marier des homosexuels peut être condamné jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Incompréhensible, pour Franck Meyer, d’autant que François Hollande avait promis une clause de conscience pour les maires: «Les moyens juridiques sont là, pas la volonté politique».
Aux Etats-Unis par exemple, une greffière évangélique a été emprisonnée cinq jours pour son refus de délivrer des certificats de mariage à des couples gays. Quant aux boyscouts, ils ont été contraints d’accepter les homosexuels dans leurs équipes d’encadrement.
Deuxième domaine «chaud»: la branche médicale. En France, une clause de conscience existe, mais des députés demandent qu’elle ne soit plus applicable lorsqu’il s’agit de pratiquer un avortement. Surtout, il n’est pas certain que les professionnels de la santé voient leur clause étendue à la nouvelle loi sur la fin de vie, avec le risque qu’un médecin soit contraint de «tuer» un malade contre son gré. Nancy Lefèvre lance un appel: la clause de conscience doit s’ajuster constamment aux évolutions de la société, de la science et de ses techniques.

Jouer au totalitarisme
Pour Jean-Pierre Graber, il est urgent pour les chrétiens d’obtenir une clause de conscience, puisque «nous vivons dans des sociétés postchrétiennes dont la pensée unique est toujours plus rétive aux enseignements bibliques, et où cohabitent des opinions très dissemblables. Le défi du vivre-ensemble sera donc de plus en plus conflictuel». Dans ce contexte, insiste Nancy Lefèvre, la clause de conscience ne vient pas demander qu’une loi soit révoquée, elle ne fait que dire que «cette loi de la majorité ne doit pas écraser la conscience de tous. Il faut une soupape de sécurité permettant d’éviter des tensions dans la société. Pour des sujets aussi majeurs que le mariage et la vie, on ne peut pas jouer au totalitarisme». Sur le plan individuel aussi, une clause est indispensable: «Des études montrent un lien entre les cas de conscience et le burn-out professionnel. Trahir sa conscience a un impact sur le psychique.»
Jusqu’à quel point faut-il généraliser la mise en place de clauses de conscience? Ancien député au Grand Conseil vaudois, Maximilien Bernhard estime que «dans l’idéal chacun devrait pouvoir en bénéficier dans son métier. Mais le défi est de convaincre la population de soutenir la création d’une base légale dans ce domaine». Lui-même avait demandé l’introduction d’un droit à l’objection de conscience dans le domaine médical. Sans succès. «Les gens partageaient ma préoccupation sur le fond. Mais sur la forme, ils ne voulaient pas d’un régime d’exception, craignant un recours massif à ce droit pour refuser de pratiquer certains actes au nom de convictions religieuses ou politiques».
(...)
Lire la suite Commander ce numéro S'abonner

Alliance Presse est un groupe de presse indépendant, spécialisé dans la presse chrétienne.

Pour accomplir sa mission d'information de façon professionnelle, Alliance Presse dépend de la générosité de celles et ceux qui apprécient ses magazines et ses sites internet.

Je manifeste mon soutien à Alliance Presse en ajoutant un don de
    
 
Une faute d'orthographe, une erreur ou un abus dans les réactions: signalez-le à la rédaction.


Pas de réactions pour l'instant: soyez le premier à réagir sur cette page.

Saisir votre réaction

Se connecter/S'inscrire pour réagir
 
Crédits
Illustration/Photo: © Alliance Presse
 
En savoir plus

Pourquoi de telles attaques contre la liberté de conscience?

La liberté de conscience est une liberté absolue dans les constitutions de nos Etats. Présente dans les grands textes universels, par exemple la Déclaration des droits de l‘homme et du citoyen, elle fait aussi l’objet d’une Charte mondiale de la conscience. Bref, cette liberté est la première de toutes, une valeur éthique au-dessus des lois, qui existe en soi, explique Charles-Eric de Saint-Germain. Et pourtant, elle est mise à mal: «On observe un glissement de la liberté à la restriction», regrette Nancy Lefèvre.

Dans une zone de vigilance
A des degrés différents selon les pays, cependant.
(...)
 

Facebook
 
éditeur

Un site
d'Alliance Presse



 

x