L'article

Nous sommes tous dopés

Nous sommes tous dopés
 
19.11.12 - L’affaire Lance Armstrong a fait grand bruit. Mais elle n’est que la pointe de l’iceberg d’un phénomène plus général: nous vivons dans une société dopée, où Dieu n’est plus considéré que comme un «produit dopant» parmi d’autres.
«Le sport est un miroir de la société. Il n’est donc pas étonnant que le dopage soit devenu un fait de société». Cette analyse de Claude-Louis Gallien, vice-président de la Fédération internationale du sport universitaire, nous conduit à ce constat : la révélation du cas Lance Armstrong n’est que la pointe de l’iceberg d’un phénomène répandu non seulement dans le monde du sport, mais aussi dans le quotidien de bon nombre de nos contemporains.
Si le cas Lance Armstrong a fait parler de lui, c’est surtout parce qu’il est allé «au bout du système», selon Claude- Louis Gallien : «Travailleur et sportif hors pair, il a aussi tiré le meilleur parti financier en utilisant toutes les possibilités du dopage». Le sociologue Frédéric de Coninck y voit donc un symptôme d’une société capitaliste, dans laquelle «seul le résultat compte, tous les moyens étant bons pour y parvenir».

Le dopage, un moyen d’être performant
Dans la vie comme dans le sport, la poursuite de la performance et l’interdiction de l’échec conduisent à tout mettre en oeuvre pour dépasser ses limites. «Et pour être “plus que soi”», ajoute Frédéric de Coninck : «Le sociologue Alain Ehrenberg a montré que le modèle du sportif de haut niveau est devenu une référence de base pour penser la compétition qui tisse notre quotidien». Les petits sportifs n’hésitent plus à consommer des substances plus ou moins licites pour être les meilleurs là où ils sont. Même au lit, la performance est devenue la panacée : sinon, pourquoi les ventes mondiales de stimulants sexuels se monteraient-elles à 4,5 milliards de dollars ? Et pourquoi certaines pharmacies proposeraient-elles, sur leur site internet, sept plantes pour stimuler la libido ?


Peur de l’échec
Le pendant de la recherche de la performance, c’est la peur d’échouer. «Les gens sont énormément sous pression et ont peur de l’échec, peur de perdre leur emploi, peur de la honte», analyse Nicolas Farelly, professeur à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. Pour supporter -ou pour oublier- ce stress et cette pression, la consommation de produits dopants se généralise, se banalise. «La consommation d’alcool pour supporter la tension et les pressions émotionnelles n’est pas nouvelle. Mais avec la sophistication de la société, surtout dans le domaine scientifique, de nouvelles solutions plus ou moins licites sont envisageables», remarque Pascal Chapuis, coach à Nouveaux Horizons.

Les dopés sont partout
Un article paru dans la Lettre des juristes d’affaires en 2009 révélait ainsi que les avocats français et anglais, soumis à des pressions toujours plus fortes, consomment des amphétamines ou de la cocaïne pour tenir le coup : «C’est le signe d’un malaise général, dû notamment à une ambiance de compétition», commentait la directrice de la publication, Claire Barszcz.
«Il est connu aussi que les artistes prennent de la drogue pour augmenter leur créativité et que les hommes politiques sont de grands usagers des anxiolitiques, qui leur permettent de supporter la pression des décisions qu’ils doivent prendre», souligne Frédéric de Coninck. La consommation de bêta-bloquants se généralise : ils sont ouvertement recommandés pour vaincre la timidité ou le bégaiement et pour diminuer les effets physiques de l’émotivité tels que l’accélération du coeur ou la transpiration. On ne s’étonnera donc pas que les étudiants les consomment fréquemment. En 2002, le magazine Science et Vie rapportait déjà qu’un étudiant sur cinq se dopait avant ses examens.

Commander ce numéro S'abonner

Alliance Presse est un groupe de presse indépendant, spécialisé dans la presse chrétienne.

Pour accomplir sa mission d'information de façon professionnelle, Alliance Presse dépend de la générosité de celles et ceux qui apprécient ses magazines et ses sites internet.

Je manifeste mon soutien à Alliance Presse en ajoutant un don de
    
 
Une faute d'orthographe, une erreur ou un abus dans les réactions: signalez-le à la rédaction.


Pas de réactions pour l'instant: soyez le premier à réagir sur cette page.

Saisir votre réaction

Se connecter/S'inscrire pour réagir
 
Crédits
Illustration/Photo: © Alliance Presse
 

Facebook
 
éditeur

Un site
d'Alliance Presse



 

x