L'article
Les enjeux de juin 2010
18.05.10 - La rédaction vous propose une sélection de sujets d'intérêts pour le protestantisme évangélique en condensé
Un diable sorti de sa boite
FAITS Les médias ont offert une visibilité nationale à Nicolas «Abdullah» Blancho, président du Conseil Central Islamique Suisse (CCIS). Le jeune suisse converti à l’islam a fait la «Une» de plusieurs magazines et journaux du pays. Les premiers coups de projecteurs ont fait montre de curiosité, la seconde vague d’articles de méfiance.
ENJEUX Les médias généralistes ont réalisé tardivement qu’en offrant une telle audience à Nicolas «Abdullah» Blancho, ils lui donnaient une importance que celui-ci n’avait même pas espérée. Le risque collatéral est de pousser l’intéressé à prendre ou défendre des positions qu’il ne maîtrise pas forcément.
En majorité, les représentants des musulmans de Suisse jugent Nicolas Blancho extrême et dérangeant. Médias et politique semblent être à nouveau tombés dans le panneau en mettant en avant un islamiste non représentatif. L’effet de loupe médiatique, sur un personnage controversé qui plus est, peut nuire à la culture de dialogue dans le domaine religieux, en Suisse.
La burqa divise
FAITS La Belgique l’interdit. La France envisage de l’imiter. En Suisse, le débat sur la burqa est lancé. Celui-ci traverse la société de long en large. Pour l’interdire, arguments sécuritaires, dignité de la femme et réflexes anti-islamisation font front commun. Dans le camp adverse, le tout petit nombre de femmes concernées est mis en avant, ainsi que la liberté religieuse.
ENJEUX Premier constat, la burqa semble pour certains de ses défenseurs non musulmans moins problématique que le port d’une croix autour du cou. En gros, il s’agit d’autoriser la première au nom de la liberté religieuse et d’interdire la second pour ne pas offusquer non-croyants et adeptes d’autres religions.
Mais le débat autour de la burqa constitue une nouvelle démonstration des limites d’une laïcité qui pense pouvoir confiner la foi à la sphère privée. Le hic, c’est qu’à force de légiférer sur chaque situation de façon individuelle, les Etats finissent forcément par se contredire, ancrant des inégalités dans la Constitution ou les recueils de lois.
Combien de temps les politiciens tiendront-ils cette ligne de conduite avant d’associer, plus clairement, les représentants des religions à leur réflexion sur le meilleur cadre à la fois à la liberté religieuse et à la démocratie?
Le crash qui réconcilie Russes et Polonais
FAITS Le leadership polonais, pas moins de 95 représentants officiels, ont disparu dans un accident d’avion le 10 avril alors qu’ils s’apprêtaient à commémorer un massacre hautement symbolique survenu pendant la Deuxième Guerre mondiale. La fine fleur de cette nation a péri quasiment au même endroit qu’il y a 70 ans, lorsque les troupes de Staline ont massacré les officiers de l’armée polonaise, à Katyn. La profonde sympathie manifestée par la classe dirigeante russe à l’égard des Polonais a marqué un tournant historique.
ENJEUX Pour les frères conservateurs Kaczinski qui dirigeaient la Pologne, Katyn était un sujet sensible doublé d’un contentieux avec le grand frère russe. Et la Pologne est un pays stratégique pour Washington, dans sa stratégie d’affaiblissement de la Russie. Loin de rouvrir la blessure, la nouvelle tragédie de Katyn a mené a contrario à une réconciliation des frères slaves.
Cet événement bizarre est-il de nature à modifier la trajectoire d’une nation, dans le sens d’un recentrage de la Pologne à l’Est? Les prochaines élections, le 20 juin, le confirmeront (ou non).
En avril 2004, les attentats de Madrid avaient également changé le cours d’une nation, consacrant contre toute logique l’avènement du gouvernement Zapatero et la refondation morale de l’Espagne.
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