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Le retour des totalitarismes?

Le retour des totalitarismes?
 
20.06.16 - Auteur de «Danser sur un volcan» (éd. Albin Michel), l’économiste et historien Nicolas Baverez juge que 2017 pourrait être la dernière chance pour réformer la France sans violence. Entretien.
2017 constitue selon vous la dernière chance pour la France de se réformer sans violence. Pourquoi ?
Ce qui se passe en France est inquiétant. On nous présente une fausse réforme du travail, qui provoque des blocages et tétanise le gouvernement. Face aux mouvements de grève et de violence, le gouvernement cède au clientélisme et tente d’acheter la paix sociale.
Cette situation unique en Europe menace la fragile reprise. En parallèle, l’exil des contribuables, des cerveaux et des entreprises se poursuit ; chaque année, l’éducation laisse sur le carreau 160 000 jeunes qui ne savent ni lire ni compter. Et l’endettement s’est envolé de 20% à 97% du PIB en trente-cinq ans.
On ne peut aujourd’hui exclure que les élans de colère se coalisent pour déboucher sur une violence de grande ampleur.

Un scénario comme celui des années 30 ne vous paraît pas improbable.
..

Le monde actuel est différent de celui de 1930. Il est placé sous le signe de la mondialisation, avec la disparition de l’Union soviétique et des idéologies du 20e siècle. L’Europe n’est plus au centre du monde. Le capitalisme est devenu universel.
Mais le monde a subi plusieurs chocs et présente des similitudes avec celui des années 30. La déflation consécutive à la crise de 2008 a entraîné une déstabilisation de la classe moyenne en termes d’emploi, de revenus et de patrimoine, avec peu de perspectives d’avenir pour les enfants. En écho, on constate une déstabilisation, une paralysie des institutions démocratiques et une montée du populisme. Ce choc est doublé d’un désarroi identitaire et d’une remontée des risques sécuritaires intérieurs et extérieurs.
On a longtemps cru que l’avènement de la démocratie de marché serait définitif. Or, on voit aujourd’hui revenir deux passions politiques, la première nationaliste et la seconde religieuse. En ce qui concerne le nationalisme, on observe le retour des empires chinois, russes et turcs, ou encore des démocraties non libérales comme la Hongrie. La démocratie est donc loin d’être le modèle politique universel. Des formules alternatives refleurissent, avec notamment un culte de l’homme fort.
La seconde passion, religieuse, apparaît sous la forme du fanatisme et de l’extrémisme islamique. Elle déstabilise le Moyen-Orient, s’étend à l’Afrique du Nord et opère en Europe, terrain de violences et base de recrutement. En réaction à ces deux mouvements, nos démocraties se crispent et entraînent une montée du populisme de l’extrême droite. Avec la renaissance des murs sur les frontières et le retour des tentations protectionnistes à la Donald Trump.
Dernière similitude, la désunion des démocraties. Dans les années 30, la France et l’Angleterre se sont montrées incapables d’adopter une politique commune face à Hitler ou Mussolini. On retrouve le même phénomène parmi les Etats européens face à l’Etat islamique, la Russie ou la Turquie d’Erdogan.

L’essayiste Jean-Pierre Graber avait écrit que le totalitarisme était plus proche de la nature humaine que la démocratie, fragile par définition...

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